Denis Terrien, directeur général du groupe 3SI : « Nous poursuivons notre mutation »

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Denis Terrien
Denis Terrien© DR

Cachez ces 3 Suisses que je ne saurais voir ! À entendreDenis Terrien, le directeur général du groupe 3SI, on a trop l'habitude de réduire le groupe nordiste à son métier de vépéciste traditionnel. Fâcheux, car l'image est un peu datée et les 3 Suisses sont l'une des rares activités à ne pas être rentable dans le groupe. Il faut dire que 3SI a accompli une profonde mutation depuis l'arrivée en 2009 de Denis Terrien, qui est, rappelons-le, celui qui a lancé Amazon en France, une sacrée référence et une expérience dont il reste fier. Tout comme son parcours chez 3SI, d'ailleurs. Après trois années passées à réorganiser l'ex-3 Suisses, « le retournement est en marche », assure-t-il. Denis Terrien présente à LSA le nouveau visage et les orientations du groupe, rebaptisé 3SI depuis octobre et réparti pour moitié dans l'e-commerce et pour moitié dans les services. Un groupe qui aspire à respecter la parité avec des comités de direction déjà composés à 40% de femmes, et qui affirme avoir réduit son impact carbone de 17% en deux ans.

 

LSA - Quelle est la situation du groupe 3SI aujourd'hui ?

Denis Terrien - Le groupe 3SI a réalisé 24 millions d'euros de profits en 2011, contre 10 millions en 2010. Nous sommes, à ce jour, le troisième groupe français d'e-commerce et le deuxième groupe de services à l'e-commerce en France, avec un chiffre d'affaires de 1,9 milliard d'euros en 2011 et une présence dans trente pays. Nous poursuivons notre mutation profonde liée à internet. Cela a nécessité un projet ambitieux mis en place avec mon équipe depuis 2009 en e-commerce et en services à l'e-commerce.

 

LSA - Que représente le site des 3 Suisses ?

D. T. - 3 Suisses est le deuxième site français de mode-déco. Il représente 450 personnes sur les 7 000 du groupe et autour de 400 M E de chiffre d'affaires. 3 Suisses n'est pas profitable depuis plusieurs années, mais nous travaillons pour qu'il le devienne, grâce notamment à une offre « différenciante » imaginée en interne par nos créateurs. Le site est positionné sur un marché du textile terriblement difficile, en décroissance depuis quatre ans et avec tout un tas d'acteurs. Internet est le seul canal où le textile progresse, mais 60% des produits qui y sont vendus le sont en promotion. Ce n'est pas tenable.

 

LSA - Avez-vous fini de « nettoyer » le groupe ?

D. T. - Il a fallu faire des choix pour assainir la situation financière du groupe et lui permettre d'affronter les nouvelles donnes économiques et concurrentielles. Nous avons ainsi cédé Bleu-Bonheur, spécialisé dans la mode senior, en 2010 et cessé l'activité de la place de marché 2xmoinscher qui était très déficitaire [relancée depuis par l'ancienne directrice financière, NDLR]. Par ailleurs, certaines de nos filiales ont adapté leurs organisations à l'e-commerce. Ainsi 3 Suisses a fermé ses 35 espaces de consultation catalogues qui perdaient 10 M E par an et ne correspondaient plus, à l'heure d'internet, aux habitudes de consommation.

 

LSA - Dont des salariés vous attaquent aux prudhommes...

D. T. - Je ne souhaite pas commenter une procédure en cours chez 3 Suisses France. Malgré ses fortes pertes, l'enseigne a consacré plusieurs dizaines de millions d'euros à l'accompagnement des salariés concernés. Nous avons mis en oeuvre une série d'actions (reclassement, accompagnement personnalisé, formations, ....) pour aider chacun. En huit mois, 82% ont déjà trouvé une solution qui correspond à leurs besoins ; nous continuons à accompagner les autres. Par ailleurs, nous avons fait des efforts sans précédent sur la formation dans l'ensemble du groupe, avec cent mille jours de formation délivrés depuis 2009. C'est un travail en profondeur.

 

LSA - En dehors des 3 Suisses, quelles activités constituent le pôle e-commerce ?

D. T. - La moitié de nos effectifs travaillent dans nos activités de e-commerce. Pour le BtoC, outre 3 Suisses, nous avons une dizaine d'enseignes dans l'univers mode et déco, dont les plus importantes en France sont Blancheporte, premier site d'habillement sur le segment des jeunes seniors, et Becquet dans le linge de maison qui ont parfaitement réussi leur mutation. Nous avons également une activité BtoB avec notamment Bruneau en France et Otto Office en Allemagne dans la fourniture de bureau, tous les deux leaders dans leur pays respectifs sur le web.

 

LSA - Et le m-commerce ?

D. T. - Je crois davantage aux tablettes qu'aux smartphones. Pour moi, l'avenir est surtout dans l'u-commerce, le commerce ubiquitaire. Internet annule la distance et le temps. Il faut savoir comment adapter cette ubiquité au commerce. Les tablettes y joueront un rôle important et on en voit déjà la pertinence. À titre d'exemple, 4% des ventes de Blancheporte se font déjà dessus.

 

LSA - Vous avez beaucoup étoffé la partie services. Est-ce aujourd'hui votre principal axe stratégique ?

D. T. - Il n'y aura pas d'e-commerce sans services innovants à l'e-commerce. Le développement de l'activité services s'inscrit en effet dans une mutation qui concerne l'ensemble du Groupe 3SI, puisque tous ces services sont désormais ouverts à l'ensemble des acteurs de l'e-commerce. Le pôle services, qui emploie la moitié de nos collaborateurs, réalise 55% de son chiffre d'affaires avec plus de 2500 e-commerçants concurrents de nos enseignes.

Nos entités de services couvrent toute la chaîne de services à l'e-commerce, allant de la production de contenus numériques (Quaisde l'image, Naos), de la relation client (Mezzo), de l'information adressée (Taylormail), de la préparation de commandes (Dispeo) et de la livraison de colis (Mondial Relay) jusqu'aux services financiers (assurance avec Direxi, recouvrement avec Contentia, crédit avec Cofidis Participations). Taylormail a démarré en juin et compte déjà 12% de clients extérieurs au groupe. Dispeo, le plus grand centre français de préparation de colis ouvert aux e-commerçants démarrera en janvier 2013.

 

LSA - Quels sont vos projets pour 2013 ?

D. T. - Cette année, nous allons atteindre nos objectifs. En 2013, nous allons commencer à bénéficier de nos investissements en logistique et en informatique (plus de 100 M€ depuis 2010). Par ailleurs, nous allons renforcer le pôle services, et les concepts en commerce en ayant conscience que l'économie va être difficile.

LES CHIFFRES

  • 1,9 Mrd € Le chiffre d'affaires groupe en 2011
  • 24 M€ Le résultat net
  • 7 000 Le nombre d'employés

Source : 3SI

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Article extrait
du magazine N° 2255

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