Des chasseurs de «promos» sachant chasser

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Ils ne cherchent pas uniquement à faire des économies. Pour eux, trouver «la» bonne affaire est une gymnastique. Et même un défi. Une nouvelle génération de «promophiles» est née.


«Quelqu'un pourrait me dire comment récupérer des bons de réduction sans aller les chercher en hypermarchés. Merci ! », signé PulpFiction 64. «Du 26 novembre au 1er décembre chez Auchan, pour 80 € d'achat, on obtient un bon de réduction de 10 € à utiliser dimanche 10 décembre sur tout le magasin», annonce publiée par Anka, le 27 novembre.

Des messages de ce genre, il y en a des milliers chaque jour sur la Toile. Les sites et les forums dédiés aux promotions s'y comptent par dizaines. Les internautes s'y échangent les bons plans, les affaires à ne pas louper, les astuces pour acheter moins cher ou...ne pas payer du tout!

La chasse aux promos est devenue un sport national, avec des pratiquants dont le profil ne se réduit plus aux seuls foyers modestes. D'après une enquête réalisée par TNS Media Intelligence, 62% des CSP+ ou des catégories intermédiaires ont recours aux bons de réduction.

«Lorsque Lidl propose un lecteur DivX à 24 €, avec une garantie de trois ans, pourquoi l'acheter plus cher?», interroge Florent, acheteur dans la fonction publique. Sollicitée sur un forum dédié à la consommation, Josiane partage le même avis: «Il est ridicule de payer le prix fort ce que l'on peut obtenir moins cher avec un peu de patience et d'organisation [...]. Je suis économe, mais certainement pas radine. Acheter des produits en promotion me permet d'en acquérir plus, et de me faire plaisir plus souvent.»

Des Français au fait des mécanismes économiques

Face à la stagnation -supposée ou réelle- de leur pouvoir d'achat, «le savoir-acheter des Français se développe», analyse le sociologue Gérard Mermet. Même si le facteur économique n'est pas la seule motivation de cette nouvelle génération de «promophiles».

«Au-delà de la fonction ludique, acheter en promotion est une façon de marquer sa capacité de revendication, développe Philippe Ingold, conseil en stratégie promotionnelle. Beaucoup de gens se sentent écrasés par l'économie de marché. À défaut de pouvoir le faire avec leur employeur, c'est à travers la consommation qu'ils se rebellent.» Croulant sous les offres, sollicités de toutes parts, les consommateurs jouent les divas. «Dis-moi ce que tu m'offres, je te dirai si j'achète.» Tel est le nouvel adage.

Marge, prix de revient et coûts cachés n'ont plus de secret pour des acheteurs mieux renseignés et, surtout, plus méfiants. Un exemple? «Si vous barrez le prix d'un produit que vous aviez déjà en magasins, les clients ont le sentiment de s'être fait avoir », assure Bertrand Guillemont, directeur du marketing France de Planète Saturn.

Pire, chez certains, plus les remises sont importantes, plus les réticences sont fortes. «Personne ne vend à perte », assure Olivier, 39 ans. À l'origine du site promoconso.net, créé en 2003, et sur lequel sont référencés la plupart des prospectus non alimentaires de la distribution, Olivier fait partie de cette nouvelle génération de consommateurs pour qui payer le prix fort est tout bonnement inimaginable.

«Je suis allé récemment chez Boulanger pour acheter un appareil photo numérique. Et je me suis senti obligé de négocier le prix, confie ce jeune père de famille marseillais. C'était un vendredi. Or, je sais que les magasins ont des objectifs de vente hebdomadaires à atteindre. Résultat, au lieu de le payer 480 €, je l'ai eu à 405 €!»

Plus de raisons de se cacher

Pas de doute, l'inflation de produits sous promotion a créé une nouvelle échelle de références. Désormais, le prix juste, c'est la promo! Pour Alain Guinberteau, directeur du cabinet de conseil A3Distrib, cela va même encore plus loin depuis la loi Galland qui a «habitué les consommateurs à des valeurs faciales promotionnelles assorties d'un avantage: gratuité, cadeaux, bons d'achat...»

Non seulement acheter moins cher n'est plus dévalorisant, mais c'est devenu une preuve de débrouillardise. «Plus personne n'a honte d'acheter en solde ou dans des dépôts-ventes», rappelle Philippe Ingold. Sur les forums de consommateurs, les félicitations fusent. «Bravo pour la superpromo sur les piles trouvée au Carrefour de   Carré Sénart», remercie Pierre. «Le four portatif à 39,95 € de Monoprix est une super occasion!», s'enthousiasme pour sa part Véronique.

Les internautes traquent les bonnes affaires d'arrache-pied, comme s'ils étaient en mission. Et leur travail est encore plus efficace lorsqu'ils s'y mettent à plusieurs. Florent, qui habite dans la région lyonnaise, envoie régulièrement des mails à son entourage pour signaler les meilleures promos du moment: «Mes parents, qui sont à Auxerre, font la même chose pour moi.» Même son patron fait partie de son carnet d'adresses!

Chasseur de promos n'est pas un métier de tout repos, mais le jeu en vaut la chandelle. Grâce à elles, Florent, qui s'est amusé à faire le calcul, a économisé 5,2% de son budget annuel. Un calcul précis, mais auquel ses homologues se livrent rarement. La plupart d'entre eux ne s'y emploient que sur les gros achats: ordinateurs, écrans plats, machines à laver...

Des règles bouleversées.

Emblématique de ces nouvelles habitudes de consommation, le site internet www.radins.com revendique près de 1 million d'abonnés. De son côté, www.promoconso.net enregistre près de 5000 visiteurs quotidiens, avec des pics à 10 000 visiteurs par jour lors des fêtes de Noël ou à la rentrée des classes...

Lorsque l'on sait que, chez Carrefour, une opération nationale représente 12 à 13 millions de prospectus. Et que, sur 365 jours, les hypermarchés français font entre 500 et 700 jours de promotions, il n'est guère étonnant que les chasseurs de promos se tournent de plus en plus vers ce type de services. Les accros de la ristourne ont horreur de passer à côté des bonnes affaires, même lorsqu'ils n'achètent pas.

Le développement de nouveaux outils, comme les comparateurs de prix ou, celui, plus récent, de sites dédiés aux prospectus, sont en train de bouleverser les règles de la promotion classique. Pour l'instant, le phénomène a surtout un impact sur les achats coûteux. Mais certaines marques d'alimentaire et de cosmétiques commencent à s'inquiéter «des taux de retour anormalement élevés» sur du «100 % remboursés» ou des offres d'essais gratuits.

Les enseignes ne sont pas en reste. Profitant de l'engouement des Français pour les jeux, Carrefour, qui a récemment organisé un jeu de grattage où «tous les tickets étaient potentiellement gagnants [des bons d'achats de 3, de 4 et de 5 €, et même un an de carburants !, NDLR] », a dû mettre fin en catastrophe à cette distribution «miraculeuse». S'étant aperçu qu'une simple lampe suffisait pour localiser les «cases gagnantes», un petit malin s'était empressé de divulguer sa trouvaille sur le Net.

Plus récemment, sur un forum dédié à la consommation, un internaute expliquait comment créditer sa carte Leclerc de 50 points grâce à une petite astuce informatique. En vingt-quatre heures, son post a été lu par près de 300 internautes!

Hakim Bendaoud


De nouveaux enjeux pour les enseignes et les marques
> S'adapter aux comportements opportunistes, de plus en plus nombreux
> Soigner son image-prix
> donner l'occasion aux consommateurs de découvrir un produit
> Écouler des stocks


La majorité des Français pessimistes sur leur pouvoir d'achat
> 58 % des français pensent que leur pouvoir d'achat a diminué en septembre 2007 par rapport à 2006.
> 8 % pensent que leur pouvoir d'achat a augmenté en septembre 2007.
> 42 % estiment que leur pouvoir d'achat va diminuer au cours des douze prochains mois,
> 12 % qu'il va augmenter.
> 47 % n'anticipent pas des achats importants (appareils électroménagers, audiovisuels, informatiques, mobilier) pour les semaines ou les mois qui viennent.
> 32 % arrivent difficilement à mettre de l'argent de côté.
> 39 % bouclent juste leur budget.

Source : TNS Sofres pour le ministère de l'Économie, des Finances et de l'emploi, septembre 2007


? L'expert
Une démarche quasi professionnelle

Son profil
>
Il a un rapport à l'argent décomplexé mais réaliste.
> CSP+, il est propriétaire de sa résidence principale, voire d'une résidence secondaire.
> Il achète plus régulièrement sur internet que l'ensemble de la population française.

Ses motivations
> Il veut le meilleur rapport qualité/prix.
> Il défend «le rôle actif» du consommateur.
> C'est un citoyen impliqué, voire militant.

«Là où j'habite, à Marseille, je reçois beaucoup de prospectus. Quand du monde vient à la maison, il y en a toujours un ou une pour les feuilleter ! C'est comme ça que j'ai eu l'idée de créer un site qui recense chaque semaine les opérations nationales de la distribution [www.promoconso.net, lancé en 2003, NDLR]. »
Olivier, 39 ans, acheteur dans la fonction publique


? L'assidu
Toujours à l'affût


Son profil
> C'est un chef de famille de moins 50 ans, qui a fait des études supérieures.
> Il possède une ou plusieurs cartes de fidélité.
> Il lit beaucoup de magazines et cherche régulièrement des informations sur internet.
> Il n'a pas de problèmes d'argent, mais ne supporte pas le gâchis.
> Écologie, commerce équitable, filière bio sont autant de sujets qui l'intéressent.

Ses motivations
> Il cherche à faire des économies, même s'il n'est pas toujours capable de les estimer.
> traquer les promos est un jeu.
> C'est aussi un motif de fierté personnelle (« je suis un acheteur malin »).
> Il développe une expertise pour son entourage.

«Surveiller les promotions est devenu un réflexe. Lorsqu'une affaire est vraiment intéressante, j'envoie des mails à ma famille ou à mon entourage -et même à mon patron ! - pour la leur signaler. De leur côté, eux font pareil
Florent B., 42 ans, chef de ventes
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