Marchés

Des cultures meurtries par Irma, José et Maria

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Outre les dramatiques dégâts matériels et psychologiques que l’on connaît, les ouragans de septembre ont dévasté certaines cultures, ce qui aura des conséquences sur les étagères de la grande distribution à plus ou moins long terme. Voici un premier état des lieux.

pineapple with slices

Y aura-t-il de la langouste de Cuba sur les étals des poissonneries à Noël ? Pas sûr, car ce crustacé ne devrait pas être massivement pêché autour de cette île des mers chaudes. En effet, tout le monde a encore en tête les images montrant à Cuba des centaines de barques complètement retournées, après le passage de l’ouragan Irma. Et ces embarcations désossées ne sont pas près de reprendre la mer. Après Irma, vinrent José et Maria. Trois prénoms synonymes de grandes pertes et de grandes souffrances sur tout l’arc caribéen. Sans oublier la Floride et quelques autres États américains, eux aussi fortement ébranlés par la force de ces ouragans décrits par les météorologues comme les « plus intenses jamais observés ».

La banane
 
La récolte française est détruite à 80%. La banane française (Martinique et Guadeloupe)
compte pour 40% de la consommation hexagonale.
 
La canne à sucre
 
Quelque 40% de la production de canne à sucre ont disparu avec les ouragans en Martinique
et Guadeloupe. Cela aura des conséquences sur le sucre de canne et sur le rhum.
 
Les agrumes
 
Irma a été particulièrement violent en Floride, terre d’agrumes pour le marché américain. En conséquence, les acteurs vont se retourner vers le Brésil, principal producteur d’oranges à jus, ce qui pourrait entraîner des hausses de prix sur cet important segment des jus de fruits.
 
Le coton
 
Fin août, la tempête Harvey a inondé les champs de coton de Louisiane et du Texas, entraînant des pertes d’au moins 150 M $. Avec 16% de la production et 3,6 millions de tonnes, les États-Unis sont les 3es producteurs mondiaux après la Chine et l’Inde.
 
Les Fruits exotiques
 
Ananas, goyaves, citrons verts, mangues… Que ce soit sur les étals des rayons fruits et légumes ou au rayon des jus de fruits, leurs prix devraient grimper sous l’effet de leur rareté.

Des pertes de 70 à 100%

Dans ce contexte d’une rare violence, les productions agricoles qui se situaient sur la trajectoire d’Irma, de José ou de Maria n’ont évidemment pas été épargnées. Ainsi, les plantations de bananiers ont été détruites à 100% en Guadeloupe et à 70%en Martinique, selon le premier constat établi par l’Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique (Ugpban). La Guadeloupe compte 200 producteurs qui emploient 1 500 salariés et la Martinique, 400 planteurs et 4 500 salariés. Avec 200 000 tonnes par an, la banane en provenance de ces deux îles pèse 40% du marché français. « Tous les pieds sont ravagés. La production va tomber de 5 000 tonnes par semaine à 500 tonnes. Il faudra attendre neuf mois avant que la production redémarre. Mais le retour à la normale prendra au moins deux ans, car les planteurs ne pourront pas revenir en production d’un seul coup », explique Philippe Ruelle, directeur général de l’Ugpban. Une situation inédite pour la filière qui, pratiquement à la même date l’année dernière – le 28 septembre 2016 –, avait essuyé de lourdes pertes après le passage de Matthew, un ouragan de catégorie 5. Cette année, les pertes sont estimées à plus d’une centaine de millions d’euros.

Autre plante trop fragile pour résister à des vents filant à plus de 250 kilomètres/heure : la canne à sucre. En Guadeloupe, 4 hectares agricoles sur 10 sont consacrés à cette culture transformée à 60% en sucre et à 40% en rhum. En Martinique, seule île disposant d’une AOC de rhum, c’est l’inverse : 60% de la production alimente les 7 distilleries en activité. « Nous avons perdu au minimum 40% de la récolte. Les cannes se sont écrasées au sol. Salies par la terre, elles sont irrécupérables », déplore un distillateur martiniquais. La République dominicaine, également meurtrie par les tempêtes de cette saison, est productrice de canne à sucre, mais aussi de citrons verts et d’ananas expédiés en grande partie en Métropole.

 "Il est probable que les ouragans auront un impact sur le coût des fruits, en raison de la quantité moindre disponible, et, donc, sur nos coûts de revient.".

Bruno Duberga, dirigeant du cabinet de conseil Ipad et responsable du développement commercial de la marque de jus Caresse antillaise dans l’Hexagone

Israël et Brésil à la rescousse

Les ouragans de septembre sont allés jusqu’aux États-Unis et notamment en Floride, un État important pour la production d’agrumes transformés en jus. La Floride est ainsi le premier producteur mondial de pamplemousses et le deuxième pour les oranges, après le Brésil. Là-bas aussi, la production a été largement décimée. Selon Unijus, l’Union nationale interprofessionnelle des jus de fruits, la production israélienne de pamplemousses pourrait compenser les pertes américaines. Si les oranges à jus de Floride fournissent en priorité le marché américain, les fabricants, faute de matières premières, devraient se tourner vers le Brésil. Une option qui pourrait tendre le marché de ce jus qui, en France, compte pour 47% des ventes du rayon. Cependant, « les prévisions de récolte s’annoncent très bien au Brésil », rapporte Flora Balcon, chef de marché chez Sill (marque Plein Fruit). En effet, les producteurs brésiliens ont annoncé qu’ils espèrent reconstituer une partie de leurs stocks grâce à une hausse de la production de 50% par rapport à 2016, année la plus faible depuis 1954. Il n’empêche. S’il n’y aura pas de pénurie, les prix pourraient s’envoler en raison du manque de production américaine.

Toujours aux États-Unis, en Louisiane et au Texas, les plantations de coton ont subi fin août les vents et pluies du phénomène Harvey. À la Bourse de New York, les cours ont aussitôt flambé car, avec 3,6 millions de tonnes par an, soit 16% de la production mondiale, les États-Unis sont les troisièmes producteurs mondiaux derrière la Chine et l’Inde. Cependant, le coton a, depuis, retrouvé un cours normal. 

Sylvie Leboulenger, avec Marie Cadoux

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