DES DIPLOMES TRES COURTISES

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FOCUSLes enseignes s'intéressent à des profils plus diplômés qu'avant. Elles vont les séduire jusque sur les bancs de l'école ou se chargent elles-mêmes de les former à leur culture et à leur concept de vente.

Les distributeurs n'ont jamais usé d'autant d'artifices pour se faire valoir auprès des jeunes diplômés. S'il est vrai que l'on peut toujours faire une belle carrière dans la distribution sans grand bagage, une tendance néanmoins se confirme : les bac +4 et bac +5 deviennent le coeur de cible d'un certain nombre d'enseignes. « Les entreprises de la distribution recherchent des profils plus étoffés, plus diplômés, à fort potentiel, auxquels elles peuvent proposer des passerelles interenseignes et des développements de carrière », constate Pierre-Emmanuel Dupil, consultant chez Michael Page.

Aller chercher à l'extérieur des jeunes diplômés pour occuper les fonctions du siège n'est pas nouveau. En revanche, les enseignes sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers les formations supérieures pour pourvoir leurs postes opérationnels. C'est le cas de Carrefour, d'Auchan, de Leroy Merlin ou de Décathlon, qui recrutent des débutants, frais émoulus des écoles de commerce et d'ingénieurs ou titulaires d'un troisième cycle universitaire, pour des postes d'encadrement en magasins.

Vers plus de responsabilités

 

Dans la distribution alimentaire, on ne parle plus désormais de postes de chefs de rayon mais de managers de rayon. C'est le cas chez Casino et chez Auchan, par exemple. Carrefour préfère le terme de manager métier. Kiabi emploie des managers ventes, Norauto comme Sephora des responsables des ventes et Go Sport des responsables de département... Une façon de redorer une fonction en mal d'image ? Pas seulement. « Ces appellations ont pour but d'exprimer la dimension nouvelle du métier. Le chef de rayon doit désormais avoir l'étoffe d'un gestionnaire et d'un animateur d'équipe. La fonction évolue vers plus de management », indique Céline Gourc, directrice de l'Écal (École du commerce alimentaire). Chez Leclerc, le métier s'étend même à des responsabilités en matière de politique d'achat - enseigne d'indépendants oblige. Comme le note Jean-Pierre Azziz, PDG du cabinet de recrutement Maesina : « La difficulté des marchés et la forte compétitivité imposent cette évolution. Les enseignes doivent élever le degré de leurs exigences et s'entourer de profils plus pointus. »

Pour séduire les jeunes diplômés, les distributeurs emploient les grands moyens. Jamais ils n'ont été autant présents sur les forums des grandes écoles ni les partenariats aussi nombreux. Carrefour compte une vingtaine de conventions signées avec des écoles.

Donner envie de rester

 

Mais les talents sont sollicités et, pour leur donner le virus, le stage reste encore le meilleur outil. « Les enseignes se servent de plus en plus des stages pour recruter : les trois quarts des élèves sont ensuite engagés, relève Sabine Wolf, chargée des relations entreprises à l'Institut supérieur de gestion (ISG). Cela permet aux jeunes diplômés de se faire une idée du métier, de découvrir l'entreprise et ce qu'elle peut leur apporter en termes de formation et d'évolution. » Leroy Merlin recrute ainsi chaque année entre 150 et 200 jeunes à l'issue d'un stage de longue durée ou en alternance. Casino, lui, en embauche une centaine.

Pour faire découvrir ses métiers, Carrefour offre aussi des contrats sur mesure aux étudiants. Au menu : des horaires adaptés à leurs plannings une disponibilité pour les examens, et une priorité pour passer à temps complet pendant les vacances pour qui le souhaite. Avec, si tout va bien, la possibilité de devenir manager à l'issue des études. Une opportunité pour eux de financer leur scolarité et, pour Carrefour, de détecter la force vive de demain. Chaque année, près de 5 000 étudiants travaillent pour le géant de l'alimentaire, dont une centaine en section commerciale ; environ 20 % intègrent le groupe après un stage, un job d'été ou un job étudiant.

Mais malgré toutes ces sollicitations, les bac + 4 et plus restent peu attirés par le terrain. De fait, les enseignes se rabattent sur les bac + 2, l'expérience compensant alors le niveau de formation. Chez Go Sport, on reconnaît que si - idéalement - un responsable de département doit posséder une formation supérieure, le diplôme n'est pas le premier critère retenu. En revanche, une première expérience de l'animation d'équipe et l'étoffe d'un futur directeur de magasin est essentielle.

Toys'R'Us recrute également des bac + 2 s'ils ont une expérience qui séduit le spécialiste du jouet. « Nous embauchons des jeunes diplômés bac + 4 et plus, à condition qu'ils aient envie de faire carrière chez nous et veuillent devenir directeur de magasin. Ceux qui acceptent juste de travailler un ou deux ans sur le terrain par défaut et briguent le siège social ne nous intéressent pas. Nous voulons des candidats motivés par nos métiers et le monde du jouet », prévient Michel Seguin, responsable des ressources humaines. Pas question d'engager des jeunes diplômés qui considèrent la vente comme un pis-aller ! Le discours est le même partout : si le diplôme est important, il n'est pas un sésame pour autant. On privilégie une personnalité, des qualités d'action, le sens de la décision... Et la motivation !

Un choix mutuel

 

Pour limiter les risques, depuis la rentrée, Toys'R'Us met en place une pépinière de managers juniors. Une quinzaine de bac + 2 de formation commerciale vont apprendre leur futur métier pendant deux ans, en alternance, avec notamment le concours de l'université d'Évry. « Nous allons gagner en qualité de recrutement. Plutôt que de prendre des bac + 4 qui ne connaîtront rien à la distribution et prendront des risques comme nous, les apprentis sauront si le métier leur convient », indique Michel Seguin, responsable des ressources humaines. Le principe a déjà séduit de nombreux distributeurs. À défaut de trouver les candidats idoines, ces derniers n'hésitent pas à initier des formations sur mesure, avec un diplôme à la clé pour certaines. Ces cursus permettent de former des viviers de jeunes collaborateurs à la culture, aux produits et aux concepts de vente de l'entreprise, auxquels ils vont pouvoir confier rapidement des postes clés.

Pour les enseignes, l'enjeu est de dénicher des candidats à potentiel en vue de les former et de les fidéliser. « Les entreprises de la distribution font des efforts importants en termes de management pour compenser des conditions de travail difficiles et des salaires relativement bas, et proposer des carrières intéressantes. Elles sont, sur ce plan-là, en avance sur bien d'autres secteurs d'activité », remarque Jean-Marie Blanc, directeur régional Nord-Est de l'Apec. Elles se retrouvent aussi face à des candidats aussi exigeants et sélectifs qu'elles. « Le marché se tend en faveur du candidat, plus attentif que jamais à ce que va lui apporter l'employeur. Aujourd'hui, on se choisit mutuellement », reconnaît Lionel Jarry, consultant chez Norma conseil RH.

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Article extrait
du magazine N° 1967

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