Des doutes planent sur l'avenir du PC

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINEAcer dans le rouge, HP qui envisage l'abandon de l'activité, le PC grand public, locomotive du high-tech depuis des années, subit fortement la concurrence des tablettes et des smartphones.

Après la disparition du Minitel, celles du Walkman à cassette, du magnétoscope... est-ce le tour du PC ? L'idée peut paraître farfelue, mais, depuis quelques mois, des Cassandre annoncent que l'avenir proche de l'ordinateur personnel est au cimetière du high-tech. La faute à la concurrence féroce des tablettes et des smartphones. Un phénomène de cannibalisation palpable à travers les nouveautés du dernier salon de l'électronique Ifa de Berlin, qui vient de fermer ses portes, et avéré dans les chiffres, selon le cabinet Gartner. Pour le quatrième trimestre consécutif, les ventes d'ordinateurs ont ainsi baissé en volume en France. Entre avril et juin, il s'en est écoulé « à peine » 2,3 millions, une baisse de près de 18%.

À l'inverse, les ventes de tablettes devraient plus que doubler en France, en 2011, pour atteindre le million d'unités, selon GfK. Même tendance pour les smartphones, dont les ventes devraient bondir de 75% cette année.

C'est dans ce contexte que le nouveau PDG de Hewlett-Packard, l'Allemand Léo Apotheker, a laissé entendre, le 18 août, que le groupe américain envisageait de se séparer de sa branche PC grand public. Un coup de tonnerre dans le milieu de l'informatique, car la société n'est rien moins que le leader mondial du secteur. « Ma prétention est que, à long terme, nous aurons un meilleur profil de marge et un meilleur profil de croissance [en abandonnant l'activité grand public, NDLR] », précisait Léo Apotheker au Financial Times quelques jours plus tard.

 

Premières pertes pour Acer en dix ans

Il faut dire que la branche PC, même si elle n'est pas déficitaire, est celle qui contribue le moins aux bénéfices de la société. Problème pour HP : tant que le groupe n'a pas définitivement tranché parmi les différents scénarios de cession d'activité (même si c'est l'option « spin-off », qui consisterait à créer une nouvelle société pour les PC, qui tient la corde), il faut bien continuer à vendre des machines et à investir dans le marketing. « La feuille de route reste inchangée, tente de rassurer Sabine Turkieltaub, directrice marketing pour la France de la division Personal System Group de HP. De nouveaux produits vont arriver, les dépenses marketing restent identiques et un plan média est prévu à partir du 15 septembre. » Une façon de rassurer des clients distributeurs déboussolés après les récentes sorties du PDG du groupe.

Chez le deuxième fabricant mondial, Acer, la situation est encore plus difficile, puisque le taïwanais vient d'enregistrer ses premiers résultats négatifs depuis dix ans (- 234 millions de dollars au deuxième trimestre). En France, les ventes du groupe auraient baissé de 39,6% au dernier trimestre, à 456 000 unités. « Nous avions surévalué le potentiel de marché de la fin d'année dernière, explique Daniel Trachino, directeur général d'Acer France. Résultat, nous avons écoulé les stocks dans la première moitié de l'année. »

Si le PC souffre depuis quelques mois, le mini-PC, lui, s'effondre. « Sur certains modèles, nous enregistrons des chutes de 50%, annonce Jean-Charles Gouaud, directeur du magasin Surcouf Haussman, à Paris. Le produit est complètement vampirisé par les tablettes. » Le mini-PC, qui représentait le gros du volume du deuxième équipement, a vu sa cible se restreindre depuis l'arrivée fracassante des tablettes. « C'est un marché qui souffre, car il y a peu de nouveautés, admet Daniel Trachino. Certes, la mémoire progresse, mais les designs sont assez similaires et le seul levier pour se distinguer en rayons reste le prix. » D'où une rentabilité en berne pour les fabricants.

Les tablettes tactiles sont surtout en train de tuer les netbooks. En magasins, nous avons des baisses de ventes de 40% à 50%de mini-PC. Le problème des fabricants de PC grand public actuellement, c’est que les tablettes vampirisent le deuxième équipement, qui tirait la croissance sur ce marché.

JEAN-CHARLES GOUAUD, directeur du magasin Surcouf Haussmann

 

Moins de mini-PC en magasins

Les points de vente prennent d'ailleurs acte de cette désaffection et s'adaptent à la nouvelle donne. Pour eux, le mini-PC subit de plein fouet la concurrence des tablettes et ce n'est pas qu'un effet de mode. « Nous diminuons fortement nos référencements, confie Olivier Hervieu, responsable des achats informatiques à la centrale nationale de Système U. Nous préconisons une baisse qui se situe aux alentours de 40% des références en mini-PC pour laisser de la place aux tablettes. »

Si la conjoncture n'est pas favorable au PC, gare toutefois à ne pas l'enterrer trop vite. Il faut tout d'abord relativiser les données de Gartner, qui annonce des chutes de ventes spectaculaires. Le cabinet ne compile que des données « sell in », c'est-à-dire les ventes des fabricants à la distribution. Sachant que la fin d'année 2010 avait été très surévaluée par les enseignes, ils ont consacré le premier semestre à écouler les stocks d'invendus. Résultat : les achats des magasins et des grossistes auprès des fournisseurs ont fortement baissé durant la période. Ce n'est pas tout à fait le cas des ventes de ces mêmes magasins auprès des consommateurs. Ainsi, les ventes de PC portables réalisées auprès du client final entre janvier et juin 2011 ont atteint, en France, les 2 millions d'unités, selon GfK, soit légèrement plus que sur la même période en 2010. Certes, le chiffre d'affaires est, lui, en recul du fait de la baisse des prix moyens, mais il est difficile de parler de désaffection du public pour l'ordinateur classique. D'ailleurs les premiers retours des ventes du « back to school » font état de progression de ventes de l'ordre de 10% par rapport à 2010.

Car, pour la distribution, pas question pour le moment de réduire le linéaire consacré aux ordinateurs. « Selon certaines études, les ventes de tablettes devraient dépasser celles de PC d'ici à 2015, mais c'est encore loin d'être le cas, observe Olivier Hervieu, chez Système U. Les clients qui viennent en magasin pour acheter un PC ne repartent pas avec une tablette, ce n'est pas le même usage ni la même capacité de stockage. »

HP ne perd pas d’argent sur cette activité, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Mais nous pensons que nous devons nous concentrer sur les autres activités plus rentables du groupe
que sont les solutions business et les logiciels

SABINE TURKIELTAUB, directrice marketing de la division Personal System Group de HP France

Apple et Asus résistent malgré tout

Surtout, l'ordinateur, tout comme la télévision d'ailleurs, reste un important pourvoyeur de trafic. Difficile de s'en passer pour des hypers en butte à la désaffection croissante du public. D'autant que, dans le même temps, les ventes de certains fabricants d'ordinateurs ne semblent pas pâtir de la concurrence des tablettes. C'est le cas... d'Apple.

L'inventeur de l'iPad n'a jamais autant écoulé de Mac en France, avec des ventes en hausse de 6,4%, à 134 000 exemplaires sur le deuxième trimestre. Une performance d'autant plus remarquable que les produits Apple sont en général 20 à 30% plus chers que les produits équivalents. Certes, la marque bénéficie de l'engouement des consommateurs pour les iPhone et iPad, mais pas seulement. « Apple est le seul qui ne communique pas sur des caractéristiques techniques, mais sur l'usage, avec un logiciel et un design très différents », note Jean-Charles Gouaud, chez Surcouf.

La marque Asus, souvent qualifiée d'« Apple du PC », est celle qui réussit le mieux en France depuis deux ans dans l'univers Windows. Le taïwanais, bien que plus cher que la concurrence, a su s'y imposer parmi le top 3 des vendeurs de PC, avec des produits fiables et soignés. Des exemples qui démontrent que ce n'est pas le PC qui s'apprête à rejoindre le cimetière du high-tech, mais plutôt une certaine vision du business. Celle qui consiste à proposer des produits uniformes de moins en moins onéreux.

Un avenir sombre...

  • Le PDG du leader mondial, Hewlett-Packard, envisage de scinder sa branche PC Le challenger Acer vient d'enregistrer ses premières pertes en dix ans Les ventes de PC auprès du grand public ont baissé de 27% en Europe de l'Ouest au deuxième trimestre 2011 Les tablettes font de plus en plus d'ombre aux mini-PC, dont les ventes ont reculé de 53%

... mais pas compromis

  • La concurrence des tablettes concerne principalement le premier équipement Les ventes de Mac (Apple) progressent, elles, de 6,4% en volume, en France, sur le deuxième trimestre (Gartner) Le PC de bureau se renouvelle avec des « all-in-one » à écran tactile, qui séduisent les consommateurs

LES CHIFFRES

  • - 17,8% La chute des ventes de PC (hors tablettes), en France, au deuxième trimestre 2011 (à 2,3 millions d'unités), par rapport au deuxième trimestre 2010

Source : Gartner

  • 52$ : La marge bénéficiaire de HP sur les PC, calculée par un le blogueur américain Matt Richman à partir des résultats du groupe
  • 370$ : La marge bénéficiaire d'Apple sur les Mac

Source : Matt Richman

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Article extrait
du magazine N° 2194

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