Des entreprises nourries aux richesses de la Méditerranée

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Sa situation privilégiée entre l'Espagne et l'Italie, au bout du couloir rhodanien et en face du Maghreb, a toujours fait de la région Paca une pépinière d'entreprises et de commerces. Qui entretiennent cet héritage.

« Tout au long de son histoire, Marseille a toujours été la porte d'entrée des marchandises en interface avec l'autre rive de la Méditerranée », rappelle Joël Deflaux, chef du service économique de la chambre régionale de commerce et d'industrie Marseille-Provence. De fait, les trois entreprises lauréates et les six nominées, de cette sélection de « Champions cachés de la performance » (lire pages suivantes), ont pour ciments communs leur héritage et leurs visées méditerranéennes.

À l'image de la cité phocéenne, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur vit depuis la nuit des temps de son commerce ! Si dès la fondation de Marseille, voici vingt-six siècles, les Phocéens revendiquaient leur fibre marchande, les champions cachés d'aujourd'hui sont porteurs des mêmes gènes. Et l'époque des colonies faisant du port le réceptacle des denrées en provenance de terres lointaines a confirmé cette vocation de comptoir international.

Du bienfait du régime...

Le destin des entreprises méridionales est intimement lié à l'histoire du Bassin méditerranéen. Ainsi, la décolonisation fera essaimer de futurs champions : après la guerre d'Algérie, les patrons occidentaux rapatrient leurs entreprises dans la région marseillaise, qui y poursuivent une destinée née de l'autre côté de la Méditerranée, tel Cespaco (lire p. 53), dont le fondateur Antoine Espig avait ouvert son commerce de safran à Alger en 1876. Orangina, Ferico (couscous) et Limiñana (anis blanc), également nés en Algérie au début du XXe siècle, sont respectivement aujourd'hui à Aix-en-Provence, à Vitrolles et à Marseille. Les chocolats Puy- ricard ont choisi Aix quand ses fondateurs ont quitté leur Congo belge devenu Zaïre. Noëlle Vasserot-Limiñana, PDG de Limiñana (chiffre d'affaires 2003 : 35 millions d'euros), créée par son grand-père espagnol, donne sa version de ce genre d'émigration : « L'essentiel de notre clientèle se trouve dans la région. Elle est venue en même temps que nous ! »

La reconnaissance scientifique des bienfaits du régime méditerranéen, voici dix ans, apporte un regain d'intérêt aux entreprises d'ancrage méridional, qui maintiennent un lien étroit entre production, distribution et transformation. La Provence fait vendre sur les linéaires. Marius Bernard, promoteur national de ses mets régionaux (lire p. 52), en a fait son emblême. Mais bien d'autres produits - riz camarguais, huile d'olive AOC, melon de Cavaillon, vin de Bandol, pastis et calissons d'Aix-en-Provence - font la force d'autant de PME locales. Et si le laitage n'est pas une spécialité du Midi, cela n'empêche pas la société marseillaise la Fermière d'imposer ses yaourts traditionnels à travers l'Hexagone.

Une logistique haut de gamme

Les champions se font d'autant plus de place au soleil que « les entreprises trouvent, dans la région, l'ensemble des infrastructures : TGV, port fluvial, port maritime, aéroport et carrefour autoroutier », commente Guy Guistini, directeur de Provence Promotion, un organisme chargé d'attirer les investisseurs. Ainsi, dès 1993, l'aéroport de Marseille-Provence devient le premier en Europe à doter sa zone de fret d'une station Aérofrigo (1 200 m2 de chambres froides). « Nous fréquentons beaucoup la gare TGV d'Aix pour nous rendre à Paris, et un certain nombre de nos marchandises arrivent par bateau, avant d'être stockées dans notre entrepôt aixois, à seulement trente kilomètres du port », témoigne Sophie Héral, gérante du Bonhomme de Bois. « Nous bénéficions de la proximité du port pour nos exportations vers le continent africain, et notre situation est idéale pour envoyer nos marchandises en Espagne et en Italie », confirme Noëlle Vasserot Limiñana, dans son usine du centre-ville de Marseille.

Les investissements se multiplient dans les zones de logistique. « L'autoroute entre Avignon et Nice s'avère un axe stratégique pour le développement des plates-formes d'éclatements destinées à la grande distribution », commente Joël Deflaux. En quatre ans, dans les Bouches-du-Rhône, un triangle s'est formé, avec, à chacune de ses extrémités, trois zones logistiques : Marseille Distriport (160 hectares), Clésud (220 hectares), entre Grans et Miramas, et Saint-Martin-de-Crau (150 hectares). Si la première est encore en devenir, la deuxième accueille déjà ID Logistics (Carrefour et Intermarché), TNT et ABX Logistics (pneus). À Saint-Martin-de-Crau, l'arrivée du logisticien Norbert Dentressangle a provoqué un effet boule de neige. « Katoen Natie, qui travaille pour Décathlon, a pris 30 000 m2 sur notre zone. Castorama a installé une partie de sa logistique pour le sud de la France et de l'Europe, sur 76 000 m2, et pose déjà un projet d'extension. Office Dépôt s'est implanté sur 20 000 m2. Aldis (Metro) vient de construire un entrepôt (25 000 m2), se réjouit Stéphane Dol, chargé du développement économique à la mairie de Saint-Martin. Et nous attendons une enseigne de distribution de meubles du nord de la France sur 30 000 m2. » La petite ville table sur 2 000 emplois en pure logistique d'ici à trois ans, contre 800 aujourd'hui. Et « les grands terrains encore disponibles dans le département attirent les entreprises. Elles peuvent voir l'avenir sereinement et envisager des extensions. »

Cette disponibilité permet de mieux gérer les approvisionnements des 1,3 million de m2 de grandes surfaces généralistes de plus de 150 m2 . « Année après année, la croissance de population ne se dément pas. La demande en produits ne cesse donc de se développer », souligne Joël Deflaux.

Une zone de « tests »

Si, depuis trente ans, les hypermarchés s'implantent prioritairement dans la périphérie marseillaise, suivant l'exode de la population phocéenne vers les communes environnantes, un grand nombre de fournisseurs suit le mouvement et se greffe sur ces mégacentres commerciaux, comme Délichips, parti à Gémenos (contiguë à Aubagne), ou d'Orangina, rejoignant Aix.

La région est aussi terre d'innovations pour le non-alimentaire : Orange Bleu Fleurs, l'Univers du Sommeil, Meublena, Olly Gan, Internity (Avenir Telecom), Europa Quartz, Rica Lewis. La quincaillerie marseillaise l'Empereur (700 m2)est la plus ancienne de France, et la sixième génération du fondateur a fêté ses 175 ans en 2003... Tandis que Worldsat perpétue la « filiation méditerranéenne » : ce spécialiste des paraboles de réception satellite (lire p. 51) a d'abord exploré le marché algérien.

Aux côtés de ces entreprises « made in Provence », certaines enseignes installent, depuis dix ans, leurs magasins tests, à l'image de Adidas Store (1 100 m2), qui vient d'ouvrir ses portes à Marseille. Ou de Marionnaud qui y a implanté, voici deux ans, son plus important magasin sur 1 200 m2. Dans la périphérie phocéenne, à Bouc-Bel-Air, le plus important Parc de la Forme de Décathlon (45 hectares) a été inauguré en juin 2001.

La manne du tourisme

Certaines franchises, comme le Bonhomme de Bois (dont le réseau a réalisé un chiffre d'affaires de 6 millions d'euros en 2003), ont même transféré ici leur siège social. « Nous n'avions des ma- gasins qu'en région parisienne, mais nous voulions nous développer sur le reste de la France. Notre présence ne se justifiait plus à Paris. D'où notre implantation à Aix en 2000 », explique Sophie Héral.

Mais Paca est aussi la première région touristique française, avec 36 millions de visiteurs chaque année. « L'été, les petites communes du golfe de Saint-Tropez multiplient leur population par dix. L'hiver, le même phénomène se produit dans les villages de montagne », explique Joël Deflaux. S'il est difficile pour les petits commerçants de répondre à cet afflux, la grande distribution occupe le terrain.

Les grossistes en fruits et légumes en tirent parti, comme Canavèse, quatre plates-formes dans le Sud (Marseille, Aubagne, Grasse et Valence), qui vend 60 000 tonnes de bananes par an (pour un chiffre d'affaires de 110 millions d'euros en 2003), dont 50 % sur le marché français. « Nous bénéficions d'une densité commerciale importante et de flux estivaux fort intéressants », souligne Gérard Canavèse, le directeur général.

Ces flux bénéficient aussi aux produits locaux. Il faut nourrir les touristes, et, surtout, leur proposer du « made in Provence », qu'ils retrouveront sur leurs linéaires de retour de vacances. Du coup, des produits inexistants hors de la région il y a quinze ans fleurissent à présent dans tout l'Hexagone, grâce à l'essor de Marius Bernard (Saint-Chamas), de Jean Martin (Maussane) et de Charles Faraud (Monteux) pour le taboulé, ou de Calissons du Roy René et de Léonard Parli pour les calissons d'Aix. Mais aussi d'Alazard et de Roux (Tarascon), à l'origine de l'AOC Taureau de Camargue. L'origine contrôlée, le nec plus ultra de l'origine Provence !

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Article extrait
du magazine N° 1845

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