Des moins de 18 ans acteurs majeurs du web

L'an prochain, le nombre d'adolescents sur internet passera le cap du million en France. Un tournant attendu par les sites marchands et les éditeurs.

Avant même de savoir écrire, les enfants évoluent sur le Net comme des poissons dans l'eau. Garçons et filles surfent activement de sites en forums, téléchargent des jeux et commencent même à effectuer leurs premiers achats. Une cible de choix pour les cybermarchands qui s'attendent, l'an prochain, à un doublement de leur nombre. En août, NetValue estimait déjà que les Français de moins de 18 ans représentaient près de 9,6 % des internautes connectés à domicile. Sur un total de 7,6 millions, la population des enfants et adolescents était donc évaluée à plus de 581 680 cybernautes.

Population très active, à l'image de Ludovic H. (10 ans). Ce cybermôme démarre habituellement sa session internet depuis le moteur de recherches Sssplah.fr. pour avoir des informations sur l'actualité ou les spectacles. Puis, il file sur Kazibao.net ou @preslecole.com afin de décrocher des points-cadeaux. Parfois, il arpente les forums de Jeuxvideo.com dans l'espoir de trouver des astuces Quand il ne clique pas sur Pokemon-tm.fr, le site préféré des 2-14 ans.

Souvent, il termine sa course sur AbCool.com, où la tentation est grande de vider son compte « Coolbank » pour s'offrir une boîte de Lego Technic. Ce porte-monnaie électronique que l'on crédite par carte bancaire commence à faire un tabac. « Environ 2 000 comptes ont été ouverts depuis mars dernier », indique François Benveniste, PDG de Abar, une start-up propriétaire de la marque AbCool.com. Avec cette tirelire développée par ses soins, le site marchand dispose d'un avantage non négligeable sur Eveiljeux.fr ou encore Jouet-online.com. Face à ces concurrents, AbCool.com bénéficie d'une puissance de feu redoutable : un financement de 50 MF (7,62 M EUR).

Jouet-online.com, site marchand de Logitoys (filiale du distributeur européen Distritoys), fait figure de parent pauvre. En dépit des 5 MF (0,76 M EUR) investis dans l'opération dont 1 MF (0,15 M EUR) sur le site. « Pour la deuxième version de notre site, nous avons mis l'accent sur le graphisme », déclare Pascale Joud, chef de projet. À l'aide d'icônes faciles à identifier, l'enfant sélectionne sa liste de jouets en fonction de ses goûts et de son âge. À terme, il aura le choix entre 3 000 produits. « En cliquant sur un bouton, ils peuvent " e-mailer " à leurs proches leur propre liste de souhaits », ajoute Pascale Joud. Cette dernière table également sur son nouveau magazine en ligne.

Des efforts que François Benveniste, PDG de Abar, estime vains : « Nous avons lancé notre site AbCool.com en misant sur le contenu. Cela n'a pas marché. » Désormais, seules sont publiées des informations sur chacun des 5 200 produits en ligne. Pour attirer enfants et parents, le site fait de la publicité sur internet et noue des partenariats avec des sites de contenu éditorial pour les enfants. À commencer par Sssplash.fr, le moteur de recherches des 7-14 ans. Relayé par un magazine « papier » vendu en kiosques, ce site arbore un graphisme loufoque et animé façon cartoon. Ses points forts, des reportages télévisés et, surtout, 1 000 adresses référencées et contrôlées. De quoi garantir aux parents qu'aucune image ou information ne viendront choquer leurs enfants.

Canaliser la violence

Ce souci commence, d'ailleurs, à faire tache d'huile. Exemple notable, le fournisseur d'accès AOL a lancé, cette année, son outil de contrôle parental. Une initiative qui s'inspire d'une étude menée par la Sofres sur le thème « les Parents face à internet ». 60 % des sondés se disent inquiets de voir leurs enfants accéder à des contenus inappropriés et réclament des outils de contrôle.

Il est vrai que même les sites fréquentés par des jeunes ont du mal à maîtriser les esprits un peu agités. Comme l'observe Sébastien Pissavy, directeur de Jeuxetjouets.com (2,6 MF de CA, 0,4 M EUR), le site préféré des 15-25 ans. Avec 3 000 forums en ligne et 44 000 messages par jour, difficile de surveiller et de censurer en temps réel les propos des enfants. « Les 10-15 ans qui participent au forum Pokémon sont les plus terribles. Ils s'échangent des insultes. C'est difficile de les modérer », déplore-t-il. Pour éviter ces dérapages, les producteurs pour la jeunesse tels que Apreslecole.com (330 000 inscrits) ou Kazibao.net (130 000 inscrits) ont pris les devants. Dès le départ, ils ont entrepris de créer autour des enfants un cordon sanitaire virtuel. En cas d'insultes, le gêneur est inscrit sur une liste noire avec interdiction temporelle de revenir sur le site. Soucieux, lui aussi, de protéger les enfants, le site Après l'École, filiale de France Telecom, dispose même d'un espace sécurisé où les messages publicitaires sont bannis. « Moyennant la somme de 199 F par an (30,34 EUR), les juniors ont accès à des annonces, des jeux et des forums que supervisent des modérateurs », assure Christine Bridelle, directrice générale. Le concept du club payant est repris chez Kazibao.net qui fixe le montant de l'adhésion à 50 F par an (7,62 EUR). « Les enfants adorent faire partie d'un club de privilégiés », assure Francis Plaquevent, PDG de Kazibao Productions. Avec 8 millions de pages visitées par mois, la start-up réalisera, pour sa première année de cotation, 6 millions de francs de chiffre d'affaires (0,91 M EUR). Ses revenus proviennent de la publicité, de la vente de contenus et de partenariats. En revanche, il semble avoir pris une longueur d'avance en termes de vente de licences. Premier contrat majeur, son partenariat avec Bouygues Telecom. Il s'agit de la vente d'un forfait télécom mensuel pour portable, à 155 F (23,63 EUR) pour 1 h 30 de communication.

Créer des produits dérivés

Dans la foulée, il a conclu un contrat avec la chaîne de coiffure pour enfants Vert Tendre. Cette dernière diffusera un CD-Rom éducatif, vendu sous la marque du site. De quoi faire rêver le site Momes.net. Créé par une enseignante en 1995, il totalise un million de pages vues et 200 000 visiteurs mensuels. Avec une audience constituée essentiellement de filles âgées de 12 ans. « Elles adorent discuter en direct, publier leurs poésies ou leurs recettes de cuisine », indique la gérante, Marie Plassard. En dépit de ces résultats, les recettes publicitaires avoisinent les 20 000 F. « Nous avons signé des partenariats avec des boutiques comme Alapage ou Éveils et Jeux, mais nous n'avons pas encore touché 1 F », confie Marie Plassard.

Même type de réflexions du côté de Après l'École, qui pense à une boutique high-tech gérée toutefois par des acteurs du commerce. Une initiative qui peut s'avérer payante, car comme le rappelle Francis Lelong, PDG de BlackOrange.com (site marchand consacré à la vente de logiciels et de jeux), « les sites de contenus ne sont pas des professionnels du e-commerce. Ils ont rarement des bons prix ou une bonne logistique. » Constat réalisé par Jeuxetjouets.com. Les dirigeants de ce site ont décidé de se replier sur leur métier de base et de céder la gestion de leur boutique à BlackOrange.com.
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Article extrait
du magazine N° 1702

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