Des outils pour mesurer le pouvoir d'achat

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Intégrer ou non les dépenses contraintes, comme le logement, tenir compte de la disparité des situations, ne pas oublier l'effet qualité lié aux innovations...Une commission planche sur des indicateurs complémentaires de mesure du pouvoir d'achat, à la dema


« + 0,43% en novembre 2007, c'est le plus haut niveau d'inflation enregistré en hypers et supermarchés depuis l'été 2004», assure Georges Ferronnière, directeur marketing Nielsen Panel International (lire p. 20). Une affirmation que les Français ne trouveront pas crédible tant ils sont persuadés que les prix ne cessent de grimper depuis des lustres. «Cessons de dire à nos compatriotes que leur pouvoir d'achat augmente parce qu'il n'ya pas un seul Français qui le constate», déclarait même Nicolas Sarkozy.

Ces mots, prononcés en octobre devant un parterre d'industriels de l'agroalimentaire, font évidemment référence à l'incapacité de l'Insee de rendre compte de ce sentiment éminemment subjectif de perte de pouvoir d'achat et de dégradation de la qualité de vie. Cette incapacité, ajoutée au feu des critiques sur l'emploi, a coûté son poste à Jean-Michel Charpin, directeur du vénérable institut de la  statistique. Le 29 novembre, Nicolas Sarkozy est allé plus loin et a promis de créer un nouvel indicateur, le seul, le vrai, qui donne la mesure du pouvoir d'achat.

Aujourd'hui, alors que la loi sur le pouvoir d'achat est entrée en vigueur depuis quelques jours, le sujet est toujours aussi brûlant. Comment rendre compte de l'évolution des prix et du pouvoir d'achat? Une commission planche sur le sujet, avec, à sa tête, Alain Quinet un haut fonctionnaire des finances qui a oeuvré au cabinet de Dominique de Villepin. Y sont représentés tous les organismes ayant autorité en la matière, de l'Insee au Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc), sans oublier les associations de défense des consommateurs. De l'aveu même des participants, la question est «complexe». Réponse fin janvier, avec la proposition d'un nouvel outil de mesure du pouvoir d'achat.

Les dépenses contraintes trop souvent ignorées

Il y a au moins un élément sur lequel les membres de la commission s'accordent: les outils actuels ne rendent pas compte du malaise sur le pouvoir d'achat. Ce sentiment n'est pas seulement français, mais perceptible aussi en Espagne et en Grèce, alors qu'il s'est estompé en Allemagne et en Italie.

«Difficile d'expliquer le phénomène, affirme Jean-Louis Lhéritier, chef du département des prix à la consommation, des ressources et des conditions de vie des ménages de l'Insee. Le passage à l'euro a incontestablement joué le rôle de révélateur. Le fait qu'il y a eu une hausse des prix dans les mois précédant le 1er janvier 2002 a laissé des traces, et les Français ont pu garder l'idée que les magasins faisaient leurs étiquettes à l'avance

D'autres y voient un décalage entre pouvoir et vouloir d'achat, une notion chère à Olivier Géradon de Vera, vice-président d'Iri : «Il y a un décrochage entre le prix de l'offre, c'est-à-dire la moyenne des prix mesurés dans les rayons, et le prix de la demande, qui correspond au pouvoir d'achat, à ce que je mets réellement dans mon chariot. Or, depuis cinq ans, l'offre s'est élargie, et la demande est restée la même, d'où un sentiment de frustration. C'est une sorte de poker menteur, le prix de la demande ayant augmenté beaucoup moins vite que l'inflation

Face à ce décalage, les outils existants sont loin de donner satisfaction. «Les statistiques actuelles sont inadaptées pour mesurer le pouvoir d'achat individuel des ménages», confirme Reine-Claude Mader, présidente de l'association de consommateurs Consommation, Logement et Cadre de Vie (CLCV), qui fait partie de la Commission Quinet. Et de poursuivre: «L'Insee est une machine énorme, avec un temps de réactivité important, qui n'inclut pas dans le calcul du pouvoir d'achat les dépenses contraintes

Car le sentiment d'appauvrissement des Français vient bien de l'explosion de ces dernières, crise immobilière oblige. Selon les experts de l'Insee, entre 2001 et 2006, leur poids est passé de 50 à 75% dans le budget des classes moyennes. Du coup, le revenu libéré -ou ce qui reste dans le porte-monnaie une fois les dépenses obligatoires effectuées- a diminué de moitié, passant de 50 à 25%!

Or, la notion de dépense contrainte n'est pas si évidente. Encore faut-il distinguer les dépenses préengagées des dépenses contraintes, sachant que certaines appartiennent aux deux catégories. Ainsi celles liées à la téléphonie mobile: les contrats d'abonnement sont préengagés sur un an, et la contrainte apparaît dans le niveau de prix, plus oumoins élevé.

Pour Elizabeth Rocha, vice-présidente du Bipe, qui a élaboré un nouvel indice de calcul de pouvoir d'achat pour Leclerc, le hiatus provient d'une mauvaise appréciation par les ménages de leurs revenus. «Les particuliers n'ont pas une vision claire de l'évolution de leurs revenus. Au-delà des revenus d'activité, il faut prendre en compte ceux du patrimoine. Si vous êtes propriétaire par exemple, l'Insee tient compte de la valorisation de votre bien, alors que cela ne signifie pas forcément que vous pouvez dépenser plus à l'instant T

Le problème, c'est qu'un indice général comme celui de l'Insee, que ce soit celui des prix à la consommation ou celui du pouvoir d'achat, ne traduit pas la disparité des situations. Par exemple le nombre de personnes dont le revenu n'est pas stable d'un mois à l'autre: il est non négligeable, de l'ordre de «15%», selon Elizabeth Rocha. La notion de revenu serait donc mal prise en compte.

Une autre difficulté concerne l'évolution de la structure des ménages. Rapportée à l'augmentation démographique, la croissance du pouvoir d'achat en 2007 est ramenée à 2,5 %, contre + 3,3% officiellement, soit 1 point en moins, si l'on tient compte du nombre de personnes par foyer. L'Insee est parfaitement consciente de cette limite. «Une moyenne cache forcément des disparités», convient Jean-Louis Lhéritier. D'où l'utilité de corriger des indices généraux par des éléments particuliers.

S'adapter au cas par cas

En outre, il ne faut pas négliger ceque l'on appelle«l'effet qualité». Or, l'Insee mesure l'évolution des prix à qualité constante à travers un panier fixe de biens. L'exemple le plus probant est la voiture. Aujourd'hui, il est impossible d'acheter un véhicule sans direction assistée, sans climatisation et sans GPS!

Toutes ces innovations ont un coût. Le prix de la voiture augmente, mais il n'est pas le reflet de l'inflation. L'effet qualité consiste à ôter de la hausse des prix tout ce qui est imputable à la qualité des produits. Résultat, pour le consommateur, le prix réel a bel et bien augmenté.

«L'inflation contribue à augmenter le coût de la vie, mais le coût de la vie peut augmenter sans inflation», souligne Philippe Moati, professeur à Paris VII, chercheur au Crédoc et coauteur d'un rapport sur le pouvoir d'achat remis à Christine Lagarde en octobre 2007. Sans compter que les ménages ne peuvent résister aux nouvelles normes de consommation, qui ont élevé le niveau des prix. Le prix unitaire d'un écran plat dépasse largement celui d'un tube cathodique.

Face à cette avalanche de tentations, le ménage moyen a de quoi se sentir perdu et appauvri. Et quid de l'amélioration de la qualité environnementale? Sera-t-elle intégrée dans l'innovation des articles ou dans la hausse des prix?

La Commission Quinet, à mi-parcours dans sa réflexion, devra prendre en compte tous ces éléments modérateurs. «Il n'est pas question de remettre en cause l'officiel indice des prix à la consommation établi par l'Institut national de la statistique, mais de proposer des indices complémentaires», précise un des membres du groupe de travail. Lequel planche sur la notion de dépenses contraintes, notamment le fait d'intégrer le logement, mais aussi les assurances, les contrats téléphoniques... «Nous imaginons aussi des indices catégoriels, en fonction de la structure des ménages», poursuit un autre membre. Autant de pistes dans les mains d'experts chevronnés pour calmer les esprits et satisfaire Nicolas Sarkozy, qui se veut le «président du pouvoir d'achat».

Magali Picard


Les Français se sentent moins à l'aise financièrement que le reste des Européens
Comment caractériseriez-vous vos sentiments sur votre situation financière? (en % des répondants)


Source : Enquête consommateurs européenne 2007 réalisée par The Boston Consulting Group

Le constat de cette enquête réalisée par The Boston Consulting Group auprès de 5000 consommateurs dans cinq pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Espagne) est clair: les Français se sentent plus contraints financièrement que leurs voisins européens. 10 % d'entre eux déclarent avoir des problèmes financiers, soit 3 points de plus que la moyenne européenne.


L'indice des prix à la consommation
> Le plus connu

L'AUTEUR Insee

LE PRINCIPE L'indice des prix à la consommation (IPC) mesure chaque mois le niveau des prix sur un panier fixe de biens issus de 1000 variétés, de la séance d'UV aux médicaments en passant par les huiles et les dentifrices. Selon l'Insee, ce panier couvre 95 % de la consommation des ménages. Les 5 % restants concernent les antiquités, les oeuvres d'art... Il s'agit de l'évolution pure des prix, pas d'un outil de mesure du niveau de vie. Un deuxième outil mesure le pouvoir d'achat.

LE RÉSULTAT Les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % en glissement annuel à fin novembre. Le pouvoir d'achat devrait progresser de 3,3 % en 2007.


Le revenus libéré
> Le plus synthétique
L'AUTEUR Bipe

LE PRINCIPE L'organisme a introduit deux variables d'ajustement. La première : calculer le revenu libéré, c'est-à-dire ce qui reste disponible sur le compte une fois les dépenses obligatoires prélevées (le loyer, l'eau, le gaz, l'électricité, les assurances obligatoires, le remboursement de crédits). Second correcteur: calculer les revenus par unité de consommation, sachant que le nombre de ménages augmente plus vite que la population, si on tient compte des divorces notamment. Dans un foyer comptant deux adultes, il y a forcément des économies d'échelle, le second adulte comptant pour 0,8 ou 0,5, selon les estimations. Ceci permet au Bipe de corriger de 1 point l'évolution des revenus estimée par l'Insee à + 2,8% en 2007.

LE RÉSULTAT + 0,1 % de hausse de pouvoir d'achat en 2007.


L'indicateur de niveaux de vie réel
> Le plus original

L'AUTEUR LaSer-TNS Sofres

LA DATE Novembre 2007

LE PRINCIPE À partir des 10000 foyers que LaSer interroge régulièrement depuis sept ans, dans le cadre de l'Access Panel LaSer-TNS Sofres, LaSer a créé un indicateur de niveau de vie réel, qui additionne le revenu mensuel net et le patrimoine. Cette mesure objective est complétée par un indicateur subjectif, celui du niveau de vie perçu, c'est-à-dire le ressenti que chacun a de son positionnement social et celui de son propre revenu. Ceci donne un indice d'aisance sociale.

LE RÉSULTAT Sept typologies de consommateurs (LSA n° 2019), et le constat clair que 55 % des Français ne sont pas à l'aise avec leurs revenus.


Les indicateurs de prix moyen et d'évolution des coûts de fonction
> Les plus attendus

LES AUTEURS Philippe Moati et Robert Rochefort, chercheurs au Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc)

LA DATE Un rapport remis à Christine Lagarde, ministre de l'Économie et des Finances, le 23 octobre 2007

LE PRINCIPE Proposer deux indices complémentaires. Le premier calculerait, pour chaque catégorie de produits, le prix moyen de toutes les références présentes sur le marché, en les pondérant par les parts de marché de chaque produit. Le second permettrait de calculer l'évolution des coûts de fonction, c'est-à-dire de mesurer ce qui coûte aux gens pour répondre à leurs besoins. Exemple : la réparation automobile. L'Insee mesure le prix de la main-d'oeuvre, mais pas le coût d'entretien qui a forcément baissé, les visites chez le garagiste étant de moins en moins fréquentes, car les voitures sont de plus en plus fiables.

LE RÉSULTAT Il n'y a pas encore de résultat chiffré pour l'instant.
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