Des PME françaises se déchirent autour du savon de Marseille

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Avec la création de Savon de Marseille France, ce sont maintenant trois associations d’industriels français qui défendent des visions différentes du savon de Marseille en termes de procédé de fabrication et de localisation géographique. Selon qui l’emportera dans cette guerre du savon, des entreprises françaises pourraient se retrouver en grandes difficultés.

Trois associations regroupant chacune des PME françaises défendent des visions différentes du savon de Marseille.
Trois associations regroupant chacune des PME françaises défendent des visions différentes du savon de Marseille.© SMF

La guerre du savon de Marseille. Cela pourrait faire sourire si des entreprises et des emplois n’étaient pas menacés. Episode 1 : en 2015, l’Union des professionnels du savon de Marseille (UPSM) qui regroupe 4 entreprises des Bouches du Rhône dépose une demande d’indication géographique protégeant les produits industriels et artisanaux (IGPIA) auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi). L’UPSM entend ainsi réserver l’appellation "savon de Marseille" aux seuls  fabricants des Bouches du Rhône, avec une mise en œuvre technologique ancienne dite au chaudron.

Episode 2 : en réaction, des concurrents locaux des adhérents de l’UPSM créent l’Association des fabricants de savon de Marseille (AFSM) qui déposent à leur tour une demande d’IGPIA. L’AFSM veut pour sa part que la définition géographique englobe l’ensemble de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) et est très souple quant aux procédés de fabrication du savon. Bon, d’un point de vue commercial, mettre en avant un savon de Marseille produit aux alentours de Marseille à l’aide d’une IGPIA paraît cohérent. Oui mais voilà, "savon de Marseille" désigne un procédé de fabrication et non une localisation géographique, au même titre que l’eau de Javel ou l’eau de Cologne. En plus, les plus gros fabricants de savon de Marseille en France se situent à Nantes (les savonneries de l’Atlantique) et en Haute-Savoie (Provendi). « A nous deux, en volume, nous fabriquons plus 90% de la matière première savon (les bondillons) qui est produite en France », explique Xavier Thierry, dirigeant de Provendi. Et ce, depuis longtemps : les savonneries de l’Atlantique sont centenaires et Provendi a plus de 70 ans d’existence. Au cours de son histoire, le savon de Marseille n'a jamais été produit que dans la cité phocéenne mais partout sur le territoire français.

Des conséquences qui pourraient être graves

Que se passerait-il si le savon de Marseille provincial obtenait une IGPIA ? « C’est l’inconnu. Au mieux, en rayon, nos savons de Marseille se retrouveraient à côté d’autres ayant le logo IGPIA. Ce qui n’inciterait pas les consommateurs à acheter les nôtres. Au pire, s’il y a des décisions de justice, il y a une possibilité que nous ne puissions plus utiliser l’appellation "savon de Marseille" pour nos produits », s’inquiète Pascal Marchal, co-gérant des Savonneries de l’Atlantique. Et alors que l’Inpi n’a pris aucune décision, ces deux entreprises se disent déjà impacter. « Certains de nos clients ne veulent pas que nous participions à des appels d’offre de peur que nous ne puissions plus un jour utiliser l’appellation savon de Marseille », déplore Xavier Thierry.

Made in France contre Made in Provence

Il en va donc de la survie de ces PME françaises. Ce qui conduit au troisième épisode de la guerre du savon : la création de l’association Savon de Marseille France. Outre les deux entreprises citées, les adhérents se composent des savonniers  Alepia, Bernard Cosmetics et de l’Association française des industriels de la détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène industrielle (Afise). Evidemment, Savon de Marseille France a aussi déposé une demande d’IGPIA mais pour tout le territoire français et avec un cahier des charges pour le procédé de fabrication calqué sur celui définit en 2003 par l’Afise et approuvé par la DGCCRF. « Le code de l’Afise est le seul à avoir adapté le « savon de Marseille » aux évolutions de la société, car il est clair qu’on ne le produit plus aujourd’hui comme il y a 200 ans. Nous avons investi dans des outils modernes permettant d’accroitre la performance économique, l’absence d’impact environnemental de nos sites de production, la sécurité de nos produits pour le consommateur et de répondre aux exigences réglementaires internationales croissantes du 21ème siècle. La demande internationale n’a fait que s’accroitre ces dix dernières années. Comment pourrait-on mettre en danger les réussites de PME françaises ? Il faut arrêter les querelles de chapelle et ne voir le savon de Marseille que comme un seul produit marketing », insiste Pascal Marchal qui a été nommé président de Savon de Marseille France. La décision est maintenant dans les mains de l’Inpi.

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