Des préoccupations communes

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Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

Il est en vain et futile de toujours opposer le soi-disant petit commerce à la grande distribution

Pour la première fois, la rédaction de LSA a convié à un débat les présidents et délégués généraux des représentants du petit commerce. L'objectif n'était pas d'entendre leurs sempiternelles récriminations à l'encontre des grandes surfaces. Les boulangers, épiciers ou fleuristes n'ont pas tenu ou voulu fustiger l'ennemi d'antan. Les querelles d'hier s'estompent, et il est de moins en moins fréquent d'opposer le grand commerce au petit, la périphérie au centre-ville, les succursalistes aux franchisés, voire les poujadistes aux capitalistes.

L'ambition de cette réunion était simplement de comprendre leurs préoccupations. Et, sans surprise, elles ne sont guère différentes de celles de la grande distribution. Ainsi ont été abordées les questions du pouvoir d'achat, du retour en grâce du centre-ville, du prix de l'immobilier, de la montée en puissance d'internet, du casse-tête législatif avec les soldes et autres ouvertures du dimanche. Pointés également le problème des délais de paiement, celui de la hausse des cours des matières premières (notamment pour les bijoutiers) et la multiplication des taxes en tous genres. Mais aussi la difficulté d'embaucher des jeunes formés et motivés.

Autant de sujets que la grande distribution ne renie pas. D'autant plus que, mises à part quelques boutades contre untel ou untel, les représentants du petit commerce reconnaissaient tous la nécessité d'installer des locomotives en centre-ville, donc des enseignes attractives. Et regrettaient que les promoteurs de centres commerciaux ne laissent pas suffisamment de place aux boutiques indépendantes, privilégiant les chaînes nationales.

Finalement, les différences s'estompent de plus en plus. D'ailleurs, à l'origine, Édouard Leclerc n'était qu'un épicier du centre-ville de Landerneau et André Essel et Max Théret, les fondateurs de La Fnac, ont commencé dans un « meublé » boulevard Sébastopol, à Paris. À Sceaux, la bijouterie de Gérard Atlan, président du Conseil de commerce de France, n'a certes rien de commun avec les sièges sociaux des géants de la grande distribution. Mais lui, comme Lars Olofsson ou Michel-Édouard Leclerc, parle aussi de la nécessité de faire bouger les lignes, de changer de stratégie. Ils évoquent tous une nouvelle approche commerciale. Ils ont un souci de modernisation. Ils ont compris que les Français attendent davantage de service, même s'ils ne sont pas prêts à en payer le prix. Et ils ont un respect pour les bons produits. Mais surtout, ils ont un même souhait. Que la consommation se tienne bien. Qu'elle reste l'un des piliers de notre économie.

Voilà pourquoi il est vain et futile de toujours opposer le soi-disant petit commerce à la grande distribution, de dévaloriser les métiers de la proximité comme de traiter les grandes surfaces d'usines à vendre. Certains affirmeront qu'il ne s'agit que d'un voeu pieux, voire d'angélisme. Les mêmes oublient trop souvent que si les petites épiciers sont concurrents des hypermarchés, ils sont aussi complémentaires.

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Article extrait
du magazine N° 2150

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