Des projets plus structurants pour les centres-villes

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La lutte contre l'étalement urbain, la volonté de densifier l'habitat, la nécessité de réorganiser des entrées de villes sont autant de raisons qui incitent les élus à concevoir autrement la place du commerce dans les villes et les agglomérations.

Pierre Creuzet, directeur général de l’association Centre-ville en mouvement
Pierre Creuzet, directeur général de l’association Centre-ville en mouvement

Il faut penser autrement le développement des équipements commerciaux des coeurs de villes ! C'est en substance ce qu'ont tenu à rappeler les élus rassemblés durant les deux journées du congrès de l'association Centre-ville en mouvement, organisé à Reims (51) les 12 et 13 juin. Avec 700 élus locaux et consulaires présents, ces 8es assises nationales du centre-ville ont battu leur record de fréquentation. Alors que les élections municipales 2014 se profilent, les élus sont de plus en plus conscients de la nécessité de réorganiser la ville et ses espaces commerciaux. « La page du développement commercial anarchique et débridé est aujourd'hui définitivement tournée », insiste Claudine Guidat, première adjointe de la ville de Nancy (54). Les élus souhaitent « un développement commercial raisonné », dans toutes les acceptions du mot, s'inscrivant dans les préoccupations des PLU (plans locaux d'urbanisme) communautaires et autres Scot (schémas de cohérence territoriale).

Les règles du modèle d'équipement urbain idéal

  • Répondre à une vraie dynamique d'aménagement urbain, requalification d'une friche commerciale, équipement d'un nouveau quartier, rénovation urbaine...
  • S'inscrire dans les priorités définies par les outils de programmation urbaine des collectivités
  • Mettre en avant ses fonctionnalités en cohérence avec les besoins de la collectivité : parkings partagés ou mutualisés, équipements pour les déplacements verts...
  • Être connecté aux équipements de transports en commun déjà existants

L'équipement commercial invité à « resserrer les rangs »

Ces outils intercommunaux et le cadre réglementaire qui en découle permettent aux élus de peser sur le contenu même des projets commerciaux. « La thématisation des pôles commerciaux est un levier d'aménagement pour nos agglomérations, où les activités culturelles doivent rester en centre-ville, alors que celles de loisir peuvent être en périphérie », a souligné Vincent Leignel, adjoint au maire de Dunkerque (59).

Autre exigence forte : l'intégration des fonctions d'usage dans le schéma de ces nouveaux centres commerciaux. « Les zones d'usage, les fonctionnalités doivent être travaillées autrement dans les projets commerciaux », poursuit Claudine Guidat. Exemple à Nancy, où des discussions sont en cours pour utiliser les capacités de stationnement d'un centre commercial pour les besoins d'un parking-relais intermodal. À l'inverse, dans un souci affirmé de densification du tissu urbain, les élus souhaitent que les projets se développent autour d'équipement de transports en commun déjà existants.

Dans ce contexte, l'équipement commercial d'une agglomération est invité à « resserrer les rangs » plutôt que de continuer à s'étaler en périphérie. Certains opérateurs commerciaux ont déjà pris le tournant. Pour François Trassart, directeur grands projets de Carrefour Property, « le territoire français est mature, pour ne pas dire plus, dans certaines agglomérations, et les opérations à venir porteront davantage sur des recompositions et des transferts », pronostique-t-il. Carrefour Property cite en exemple le centre commercial de L'Escapade, à la Chapelle-Saint-Luc, dans l'agglomération de Troyes (10). Tout un quartier devant être reconfiguré dans le cadre de la rénovation urbaine, les élus ont préféré conserver une présence commerciale plutôt que de la voir s'éloigner. Du coup, une centaine de mètres seulement séparent l'ancien centre commercial et le nouveau, ce dernier ayant intégré les « fonctions d'usage » chères aux élus, comme l'accès par bus ou encore les bornes de recharge de véhicules électriques sur le parking.

 

Des outils pour la requalification commerciale

Dans le même esprit, les pôles commerciaux, notamment en entrées de villes, devraient être requalifiés. La foncière Frey en a fait sa spécialité et compte actuellement une quinzaine de projets. C'est dans l'agglomération de Troyes que l'aménageur commercial s'est attelé au réaménagement d'une zone ayant été construite en phases successives.

En même temps, l'opérateur y édifie un parc commercial écologique Greencenter de 30 000 m2 pour permettre l'équilibre financier de l'opération. Et surtout, la collectivité concédante lui a permis de bénéficier d'un cadre réglementaire pour mener à bien ce type d'opération. « La délégation de DUP (déclaration d'utilité publique) nous a permis de négocier efficacement avec des propriétaires très différents », souligne François Vuillet-Petite, directeur général de Frey. Il s'agit d'une première, mais les collectivités savent qu'il faudra passer par le cadre coercitif d'une DUP pour convaincre l'ensemble des multiples propriétaires présents sur ces zones d'entrées de villes qui se sont construites sans concertation aucune.

 

Étoffer l'activité urbaine pour densifier l'habitat

Une autre préoccupation est apparue aux yeux des élus, qui entendent remédier aux problématiques de friches urbaines avec des projets d'extension de centre-ville. Reims en est un parfait exemple, avec le projet Rives de Vesle. D'ici à 2017, un pôle commercial de 20 000 m2 verra le jour à la place d'anciens garages. Le site sera connecté à une station du tramway rémois et bénéficiera de liaisons fortes, notamment piétonnières, avec le centre-ville proche.

Les élus ont bien compris que pour densifier l'habitat en centre-ville, il fallait également étoffer l'activité commerciale urbaine. Une règle valable aussi pour les nouveaux quartiers. Au nord de l'agglomération de Toulouse, un nouveau lieu de vie s'organise autour de 6 400 logements en cours de construction, en concertation avec les élus qui souhaitaient un équipement commercial de centre-ville. Carrefour Property va investir les pieds d'immeuble. C'est ainsi que 11 000 m2 d'espaces commerciaux vont y prendre place, dont un Carrefour Market de 3 500 m2 et une soixantaine de boutiques (voir notre infographie sur les projets d'ici à 2020 sur lsa.fr). En d'autres termes, c'est un véritable centre-ville commercial qui va naître aux Maourines, à Toulouse (31), avec un aménageur unique également chargé de l'animation de l'ensemble.

Fini les «Trente Glorieuses» qui ont vu le commerce de périphérie se développer de manière anarchique. Aujourd’hui, ce sont les centres-villes qui s’étendent, les pôles commerciaux d’entrées de villes qui changent de forme et, d’une manière générale, le commerce urbain qui retrouve un nouveau souffle. Les consommateurs se sont réapproprié leur centre-ville. Les enseignes adaptent désormais leur format aux spécificités de ce dernier

Pierre Creuzet, directeur général de l’association Centre-ville en mouvement

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Article extrait
du magazine N° 2280

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