« Des restructurations à prévoir dans le bovin et la volaille »

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PHILIPPE VERNET, directeur du pôle agroalimentaire de Terrena, la deuxième coopérative de France, revient sur les dernières initiatives prises sur les marchés de la viande et rappelle les ambitions industrielles du groupe.

Viande bovine (filiale Elivia)

Tendre et Plus Viande piécée et produits transformés

Volailles et lapins (filiale Gastronome)

Douce France Volailles et lapins entiers ou découpés, produits élaborés cuits ou crus

Douce France bio Volailles bio

Gastronome Préparations surgelées à base de volailles

Poulet fermier d'Ancenis, Poulet fermier du Gers Volailles label Rouge

Shems Volailles halal

Produits laitiers (filiale Laïta)

Paysan breton Beurre

Les recettes de Madame Loïk Fromage frais nature

3,48 Mrds E

Le chiffre d'affaires 2009, contre 3,9 Mrds E en 2008

19,5 M E

Le résultat net en 2009, contre 38,1 M E en 2008

1,92 Mrd E

Le chiffre d'affaires 2009 du pôle agroalimentaire

Le groupe coopératif Terrena est plus que jamais décidé à s'imposer sur la scène de l'industrie de la viande. Longtemps observée avec scepticisme par certains intervenants du secteur, la stratégie d'investissement de la deuxième coopérative française, derrière InVivo, commence à prendre forme. Terrena est sur le point d'intégrer quatre outils d'abattage et de transformation de la viande du groupe Socopa-Bigard, et vient de signer un accord de coopération commerciale avec une autre coopérative, Maïsadour, avec comme enjeu le leadership français des poulets fermiers. Philippe Vernet, directeur du pôle agroalimentaire du groupe et ancien dirigeant de Gastronome, fait le point sur le développement du groupe dans le secteur.

LSA - Vous venez de signer un accord de partenariat avec la coopérative Maïsadour pour le développement commercial de vos productions respectives de poulets fermiers. Ce rapprochement était-il prévisible ?

Philippe Vernet - Est-ce une surprise ? Peut-être pour vous ! Nous avons un savoir-faire de mise en marché de la volaille au niveau national. En volaille, il s'agit plutôt de rassembler nos outils. Nous étions voisins. Nous avons réfléchi à des synergies. Gastronome est un spécialiste des GMS. L'offre des Fermiers landais complète celle de Gastronome. Avec ce rapprochement, nous serons plus productifs sur l'amont en disposant de spécialisation accrue. Il y a un vrai plan de positionnement de la marque Saint-Sever, mais il est trop tôt pour en parler. Pour cela, nous devrons apporter du volume, et travailler sur les valeurs perçues par les consommateurs pour répondre à une distribution nationale.

 

LSA - Terrena s'est intéressée à trois grands dossiers de cession : Socopa, Brocéliande et Arrivé. Pourquoi votre coopérative n'est-elle jamais allée jusqu'au bout du processus d'acquisition ?

P. V. - Pour Brocéliande, nous avons regardé le dossier compte tenu de nos relations en amont avec le Groupement Porcs Aveltis, mais nous n'avions pas une ambition forte. Nous considérons que le ticket d'entrée pour la charcuterie salaison est à 100 000 tonnes, et Brocéliande est aux alentours de 55 000 tonnes. C'est un non-événement.

Socopa ? Ce dossier venait trop tôt par rapport à notre propre évolution. En choisissant Bigard, le management de Socopa a opté pour un groupe qu'il connaissait déjà. Arrivé, enfin. À l'époque, j'étais le directeur général de Gastronome et j'ai piloté le dossier. Nous avons fait jeu égal avec LDC, et je pense que nous aurions pu l'emporter. Mais notre statut coopératif a sans doute joué en notre défaveur, et la famille Arrivé a préféré rejoindre un groupe familial.

 

LSA - Le groupe coopératif a-t-il évolué dans son management et son approche des marchés de l'agroalimentaire ?

P. V. - Aujourd'hui, Terrena est un groupe avec un vrai cadre de référence. Ce projet a été initié en 2008 avec l'arrivée d'Alain Guillemin, ancien PDG de Royal Canin, qui a contribué à définir un véritable cadre stratégique pour un ensemble de poids, puisque nous sommes la première coopérative française polyvalente et l'une des dix leaders en Europe.

Le conseil d'administration de Terrena a voulu donner une orientation très tournée vers l'économique, et l'équipe a été constituée en allant chercher des spécialistes de l'agroalimentaire ayant une expérience forte à l'international et en marketing, tout en gardant des hommes clés issus du monde coopératif. Cela a permis de donner une nouvelle orientation de part la mixité des membres de la direction. Nous avons deux axes stratégiques : l'agriculture écologiquement intensive et la nutrition santé.

 

LSA - Pourquoi Terrena s'est-elle portée acquéreur des sites de production bovine mis en vente à la suite du rapprochement Socopa et de Bigard ?

P. V. - Nous avons signé un protocole pour l'acquisition d'un site de Bigard et de trois sites de Socopa. C'est cohérent par rapport à nos équipes pour aller de l'ouest vers le nord et l'est, et il faut être capable de répondre aux demandes des GMS. Il sort près de 70 000 tonnes de produits des quatre sites chaque année. Ils sont très dépendants de Bigard pour les approvisionnements et pour l'écoulement. Ils ne sont pas tous sur les mêmes niveaux de structuration. Vitry-le-François (51) est sur le steack haché, Eloyes (88) travaille le surgelé piécé, Mircourt (88) fait de la première et de la deuxième transformations, et Noeux-les-Mines (62) fait de l'abattage. Il n'est pas prévu de réorientation des activités. Nous ne récupérons pas une coquille vide en matière de clientèle et nous gardons un flux d'affaires avec Bigard. Mais laissez-nous prendre possession des lieux...

 

LSA - Quel bilan tirez-vous de l'accélération de Terrena sur le marché de la viande, avec le lancement de la marque Tendre et Plus à un moment pas vraiment favorable ?

P. V. - Oui, c'est un pari osé lancé au pire de la tourmente de la viande bovine. Nous rencontrons un beau succès en termes d'appréciation des produits, comme le haché au couteau. Mais nous restons très prudents, car nous ne nous sommes pas lancés au moment le plus facile. Nous voulons nous installer comme un solide numéro deux, et être une alternative à Charal sur nos zones géographiques de prédilection, comme le Sud-Ouest, d'où notre intérêt pour les sites de Bigard. Il faut trois à cinq ans pour avoir une visibilité, mais l'ensemble constitué de Socopa et de Bigard reste un leader incontestable. De manière plus globale, aujourd'hui, nous ne sommes pas dans un cadre de concurrence entre coopératives. Plutôt que d'aller nous battre avec les coopératives de Bretagne ou du Sud-Ouest, nous préférons avoir un modèle économique qui nous permette de concentrer nos forces industrielles, et je considère qu'il y a encore des restructurations à prévoir dans le bovin et la volaille.


 

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Article extrait
du magazine N° 2135

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