Des téléphones fixes de plus en plus mobiles

Loin des tempêtes qui agitent l'industrie des télécoms, les téléphones fixes - ou résidentiels - connaissent un développement paisible. Et puisent quelques bonnes idées dans le monde du mobile.

Le contraste entre deux univers aussi voisins est saisissant. Pendant que l'industrie du mobile s'enfonce dans une déprime qui n'a d'égal que son dynamisme d'il y a deux ou trois ans, le petit monde du téléphone résidentiel poursuit paisiblement une vie faite de croissances raisonnables et d'améliorations techniques mesurées. Avec une tendance lourde : la domination croissante des modèles numériques à la norme DECT (« Digital Enhanced Cordless Telephone », téléphones sans fil numériques).

Les ventes de ces modèles progressent avec une linéarité exemplaire. Chaque année, depuis 1997, elles augmentent de 400 000 unités pour atteindre 1 600 000 en 2000. Rien de commun avec les 12 ou 15 millions de mobiles écoulés en France ces dernières années. Mais au moins, dans le DECT, la croissance se poursuit.

Côté fabricants, on frise le statu quo. Siemens et Philips dominent alternativement le marché depuis son éclosion, suivis par Alcatel, Sagem et Samsung. Sans oublier Matra, devenu Doro Matra depuis la fusion de cette activité avec une firme scandinave. Peu d'autres constructeurs viennent troubler le jeu de cette poignée d'acteurs, hormis France Télécom, qui vend toujours des téléphones à sa marque dans ses agences.

La société semble donner des idées aux concurrents : l'un de ses deux principaux challengers, Télé2 (le 4), propose en effet depuis un an des DECT à son nom capables de composer automatiquement son préfixe. Une offre un peu particulière, puisqu'elle est destinée exclusivement aux abonnés de l'opérateur alternatif. Un opérateur qui attend toujours, par ailleurs, d'obtenir un accès complet à la ligne de ses clients.

Car, à ce jour, France Télécom continue de multiplier les efforts pour empêcher le libre accès des opérateurs privés à la boucle locale, c'est-à-dire à la ligne téléphonique connectée aux foyers des clients. L'Autorité de régulation des télécommunications a d'ailleurs adressé une nouvelle mise en demeure à l'opérateur historique le 6 juin, l'enjoignant de respecter ses consignes.

Le monopole finira donc par tomber, c'est une certitude. Mais, pour l'heure, les changements concernent davantage les appareils que les abonnements. Chez les fabricants, la tendance est claire : un DECT doit ressembler à un mobile. Toutes les marques ou presque jouent de l'analogie avec les GSM de leur gamme.

Des « sédentaires » aux allures de « nomades »

Ainsi, chez Samsung, on affirme que les modèles SP-R 6100 et 6150 « ont l'air d'un GSM, la taille d'un GSM, les commandes d'un GSM [ ] mais que ce sont des DECT ». Même son de cloche chez Siemens, où les responsables de la communication soulignent que les Gigaset 3010 et 3000 ont « une silhouette de téléphone mobile ». Et, chez Philips, on assure que le Zenia 6326 possède « le design et la compacité d'un GSM ». Concrètement, c'est ce qu'on appelle une tendance lourde !

L'analogie avec les mobiles dépasse pourtant le simple argument marketing. Chaque fois que cela est possible, les accessoires ou fonctions ayant fait leurs preuves sur les GSM sont adaptés aux DECT. C'est notamment le cas des accessoires les plus basiques comme la housse de protection, le clip de ceinture, voire - mais oui ! - le kit piéton. Probablement destiné à ceux qui passent des coups de fil tout en faisant les cent pas dans leur appartement. Et puisque le DECT semble appelé à ne plus quitter la poche de son propriétaire lorsqu'il est à la maison, Samsung et Doro Matra le dotent très logiquement de la fonction vibreur.

Chez Samsung toujours, on a transposé une spécificité des mobiles de la marque : le clapet actif. La partie rabattable, qui protège un côté du téléphone, déclenche la prise de ligne quand elle s'ouvre. Autre nouveauté : l'adjonction de grands écrans graphiques de 3, 4, voire 5 lignes. Adieu les téléphones affichant uniquement le numéro appelé ou appelant et le temps de communication.

Désormais, comme sur un mobile, l'écran permet d'accéder à de vrais menus déroulants (Doro Matra) et, pourquoi pas, d'afficher des icônes actives illustrant les messages envoyés (Philips). Chez Philips encore, on reprend le principe de la touche unique dédiée à la navigation dans les menus que Nokia avait inaugurée il y a bien longtemps sous le nom de touche Navi.

Bientôt l'arrivée d'un poste polyvalent ?

Devant une telle convergence des designs, des spécificités et des fonctions, on ne peut évidemment que s'interroger sur le vieux rêve, caressé depuis longtemps par les accros du téléphone à toute heure : celui de l'appareil unique, utilisable aussi bien dans la rue qu'à la maison et gérant intelligemment le basculement d'une tarification et d'un abonnement à l'autre.

Techniquement, l'apparition de tels hybrides DECT-GSM semble proche. Mais est-ce réellement la volonté des fabricants ? Chez Philips, Marie-Odile Turion, chef de produits mobiles, ne semble pas le croire, pour une raison tristement pragmatique : « Des solutions de liaison sans fil comme Bluetooth pourraient permettre d'utiliser un GSM à domicile en mode DECT, reconnaît l'un d'eux. Mais nous ne croyons pas à ces produits parce que la durée de vie des GSM est trop brève. » L'hybride sera donc une nouvelle victime de la mode.

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Article extrait
du magazine N° 1733

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