Désaccord autour des minorités visibles

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La Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) refuse le recensement des minorités visibles. Au risque de freiner les politiques de progrès engagées, selon la distribution, plutôt en pointe dans ce domaine.

>Non aux recensements ethniques. En présentant, le 4 mai, le rapport annuel de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), Louis Schweitzer, son président, a réaffirmé son opposition aux recensements, statistiques et autres quotas ethniques : « Nous préférons promouvoir des procédures objectives : la formation ou les tests d'habilité, par exemple. » Cette décision - conforme à la culture française de l'intégration - plonge les distributeurs dans l'embarras. « Dès 2004, nous avons demandé à l'institut IMS-Entreprendre pour la cité d'évaluer le risque de discrimination en magasins et au siège, avant de signer, un an plus tard, la charte de la diversité, explique Caroline Le Bozec, DRH de Conforama. Mais cette politique est freinée par le fait que nous ne pouvons pas recenser les salariés d'origine étrangère. Or, l'expérience de notre politique d'intégration des personnes handicapées le prouve : nous n'avons réellement progressé que le jour où nous avons mis en place des indicateurs et des objectifs chiffrés par magasin et par métier. » La décision de la Halde pourrait bien freiner les ardeurs de la distribution.

Étudier pour mieux embaucher

C'est dommage, car ce secteur a véritablement une carte à jouer en matière de diversité et d'intégration. Premier recruteur de France (a fortiori dans les zones dites sensibles), la distribution n'a pas attendu que les violences de l'automne, dans les banlieues, pour intégrer les « minorités visibles ». Au sein du Groupe Casino, on parle de diversité depuis une bonne quinzaine d'années. L'enseigne stéphanoise est même la seule entreprise de France à avoir obtenu l'autorisation de mener une étude sur ses salariés d'origine étrangère. « Nous avons négocié pendant un an avec la Commission nationale informatique et liberté (Cnil) pour qu'elle accepte notre protocole de recherche (2), explique Mansour Zoberi, directeur de la politique de la ville et de la solidarité du distributeur. Depuis, la Cnil et la Halde ont refermé la porte. Dans l'état actuel des choses, il est impossible de mener une étude chiffrée. »

L'enquête Casino sur « les discriminations liées à l'origine et au sexe », réalisée en 2005, a porté sur le patronyme (« d'origine, réelle ou supposée, européenne ou extra-européenne ») des salariés de 4 sites (1 hypermarché, 1 supermarché, 1 cafétéria et 1 entrepôt) de la région Rhône-Alpes n'ayant fait l'objet d'aucune action « politique de la ville » pour éviter tout biais. Résultat : 11 % des salariés seraient d'origine étrangère. « Ce chiffre en tant que tel ne veut pas dire grand-chose si l'on ne peut le suivre dans la durée et le comparer aux résultats obtenus par d'autres enseignes », commente Mansour Zoberi. Sans la moindre complaisance, l'étude pointe les faux pas - aucun salarié d'origine étrangère n'a été recruté directement en CDI par l'hypermarché - et les bons points - l'analyse des progressions de carrière montre qu'elles n'ont pas modifiées par l'origine des salariés. Autant d'indicateurs qui permettront aux enseignes du groupe d'ajuster leur politique.

(2) L'étude LUCIDITE (Lutte contre l'ignorance et les discriminations dans le travail et l'entreprise) a été menée en partenariat avec le centre de recherche ISM Corum et tous les partenaires sociaux, dans le cadre du projet européen EQUAL.

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Article extrait
du magazine N° 1954

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