Développement durable : les distributeurs face à la transition énergétique

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Gestion du froid, éclairage et transport sont les trois postes clés sur lesquelsles distributeurs travaillent pour réduire leur consommation d’énergie. À coups de lourds investissements pour une rentabilité calculée à long terme.

Energies renouvelables
Energies renouvelables© Laetitia Duarte

Il n’y a pas de petites économies. Ce proverbe s’applique, entre autres, aux économies d’énergies. En effet, alors que la Cop 21, la conférence mondiale sur le climat, se déroule à Paris du 30 novembre au 11 décembre, les distributeurs ont eux aussi entamé, au travers de leur politique de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE), des actions pour contribuer à leur niveau à cette lutte contre le réchauffement climatique. Ikea s’est ainsi engagé à être indépendant en énergie et en ressources d’ici à 2020, débloquant un budget de 2,1 milliards d’euros entre 2010 et 2020. Carrefour s’est lancé dans une réduction de 40% de ses émissions de C02 entre 2010 et 2025. Chez Picard, on vise 20% d’émissions de gaz à effet de serre en moins d’ici à 2020. Et la liste est loin d’être exhaustive !

« Un retour sur investissement quasi immédiat »

« La bonne RSE, c’est celle qui est volontaire, qui permet de faire émerger un projet, a déclaré Jérôme Bédier, directeur général délégué et secrétaire général de Carrefour, lors des remises de prix du Grand défi des fournisseurs pour le climat. Il faut stimuler les initiatives et, sur ce point, la concurrence est une bonne chose. De plus, on s’aperçoit très vite qu’on bénéficie d’un retour sur investissement quasi immédiat, soit par les économies réalisées, soit parce que le consommateur est au rendez-vous et achète. » Un constat partagé par Dominique Forgues, directeur technique pour Auchan-Immochan, lors de la journée organisée par Engie sur la transition énergétique, le 5 novembre : « Le volet développement durable doit passer par la transition énergétique, car elle permet de réduire les dépenses. Et cet aspect permet de mettre tout le monde d’accord ! »

Le froid, très énergivore

La gestion du froid est la source principale de consommation d’énergie chez les distributeurs. La fermeture des meubles a été d’ailleurs d’une grande efficacité dans ce sens. Même si Picard a tout de même tenu à rappeler, lors de la conférence Engie, que cela fait quarante ans que leurs congélateurs sont fermés… Le spécialiste des surgelés souhaite aller plus loin, « mais, pour comprendre les technologies, il faut les tester et imaginer le projet dupliqué sur 1 000 magasins, explique Aymar Leroux, responsable pôle technique et sûreté. Nous avons donc réuni toutes les technologies sur le magasin de Rueil. Les congélateurs représentent 50 % de notre consommation, la climatisation environ 25% et la chambre froide et l’éclairage, 10 % chacun. Concernant les congélateurs, nous testons la production de froid par une boucle d’eau glacée. » Cette solution permet de limiter la chaleur dégagée par les systèmes traditionnels et, donc, diminue le besoin de climatisation. Par ailleurs, pour la chambre froide, Picard teste une version au CO2. « Une machine dimensionnée pour un magasin n’existait pas, précise Philippe Roussel, responsable service technique magasins, qui a piloté le projet. Nous avons sollicité les frigoristes pour la concevoir. »

Chez Ikea, on cible l’autoconsommation des magasins et des dépôts en misant sur l’éolien et le photovoltaïque. « Le magasin de Clermont-Ferrand est l’Ikea le plus efficace au monde, tandis que celui d'Avignon arrive à subvenir à 40% de ses besoins en auto-consommation. D'ailleurs 7 magasins se mettront à l'auto-consommation sur 2016. Nous étions jusqu’alors uniquement sur une compensation de nos consommations en réinjectant dans le réseau 100% de l’énergie consommée », détaille Carole Brozyna-Diagne, directrice du développement durable.

Pour faire face aux défis de la transition énergétique, de nombreux distributeurs se font aider par des sociétés spécialisées dans l’économie d’énergie. Au sein du groupe Casino, cette problématique de gestion des énergies a été confiée à une filiale, Green Yellow. Cette dernière ne travaille d’ailleurs pas exclusivement pour le groupe, bien qu’il représente un poids significatif pour la structure. L’objectif pour Casino ? Faire baisser la facture d’énergie qui atteint 350 millions d’euros au niveau mondial. « Si la France a des coûts d’électricité encore raisonnables, au Brésil, par exemple, les prix se révèlent bien plus élevés, détaille ­Otmane Hajji, directeur général. Mais en France la consommation d’énergie provient de 60 à 70 % du bâtiment. Ce dernier doit devenir plus intelligent. » Et pour ce faire, cela passe, par exemple, par l’équipement de capteurs afin de pouvoir mesurer et piloter correctement sa consommation.

Favoriser le biométhane pour les transports logistiques

Le transport représente le troisième volet sur lequel les distributeurs travaillent. Pour le dernier kilomètre, particulièrement en extra-urbain, les véhicules électriques, voire les livraisons à vélo se développent. Pour les trajets plus longs, l’usage de camions au biométhane émerge. On peut ainsi citer Carrefour, qui compte déployer 200 camions au gaz d’ici à 2017. Le distributeur s’est associé avec Engie pour travailler en économie circulaire, le carburant provenant des déchets des magasins. L’approvisionnement représente l’un des points faibles de cette solution, la filière doit encore se développer afin de transformer davantage de volumes déchets. Les gains énergétiques sont en revanche attractifs, avec une baisse drastique des émissions de CO2. 

la Cop 21 

Il s’agit de la 21e édition de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique et, pour 2015, elle se tient à Paris. Les délégués des 195 pays participants se réunissent afin de décider de mesures visant à limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C. Des acteurs privés se sont également engagés dans cet événement . Parmi les distributeurs et industriels, on retrouve Carrefour, Ikea, Les Galeries Lafayette, La Poste, Orange ou encore L’Oréal, Malongo et Puma.

 

Les chiffres

  • 74% : comme dans l’ensemble de l’Union européenne, l’utilisation d’énergie est la principale source d’émission de gaz à effet de serre en France. Le secteur le plus émetteur est celui des transports (27,6%), tandis que celui de l’énergie est relativement peu émetteur (11,5%), en raison de l’importance de la production électrique nucléaire.
  • 150 milliards de dollars : c’est ce que coûterait à l’échelle mondiale l’adaptation climatique d’ici à 2030, et 500 milliards par an d’ici à 2050, si la tendance actuelle des hausses d’émissions ne s’infléchissait pas. Sources : Programme des Nations unies pour l’environnement, GfK d’après fabricants.

Carrefour Echy et la lumière naturelle

Le Carrefour Market de Bonneval (Eure-et-Loir) teste une solution d’éclairage naturelle par fibre optique, mise au point par la start-up française Echy et par Philips, spécialistes de l’éclairage. Ainsi, l’accueil, puis, depuis peu, la partie des fruits et légumes reçoivent la lumière du soleil grâce à des panneaux de lentilles installés sur le toit. La fibre optique se charge de transporter et diffuser la lumière qui a le même spectre lumineux que celui du soleil, sans ses inconvénients (pas d’UV, pas de chaleur). Cette installation a permis un gain de 40% de consommation d’énergie.

Immochan croit au photovoltaïque

Chez Immochan, on croit fortement à la technologie photovoltaïque, la filière s’étant grandement professionnalisée. Aujourd’hui, sept centres commerciaux Immochan sont équipés de panneaux solaires photovoltaïques. À Perpignan, un magasin Boulanger et un Kiabi sont même des bâtiments à énergie positive. Un Leroy Merlin arrive aussi à subvenir à 80% de ses besoins en énergie. Le dernier Auchan construit à Meaux est un bon élève, avec une consommation de 300 kWh/m² alors que la moyenne est de 450 kWh/m², selon une étude Perifem.

Biocoop vise l’autoconsommation pour son site Grand Ouest

Biocoop a inauguré, le 6 octobre 2015, la plus grande centrale photovoltaïque en autoconsommation de France. Plus exactement, le spécialiste du bio a installé 2 000 m2 de panneaux solaires photovoltaïques sur son site de distribution Grand Ouest, situé à Melesse (35). Et contrairement à l’installation de la plate-forme Sud-Ouest de Port-Sainte-Marie, près d’Agen (47), l’énergie produite n’est pas réinjectée dans le réseau, mais sert pour de l’autoconsommation.

Ikea livre la région parisienne en camion au biométhane

Depuis le début de l’année 2015, Ikea livre Paris intra-muros uniquement avec des camions roulant au biométhane, en partenariat avec le transporteur Vir et avec le soutien de la Ville de Paris. Le distributeur a recours à une flotte de 14 camions réalisant près de 800 livraisons par semaine. Ce changement de motorisation a permis de réduire de 97% les émissions de gaz carbonique lors des livraisons, le tout avec des moteurs plus silencieux.

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