Directeur d'hyper : commerçant et distributeur

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L'évolution de la distribution a fait d'eux des gestionnaires et des chefs d'entreprise, garants des stratégies et des process de l'enseigne. Mais les directeurs d'hyper tiennent farouchement à garder le contact avec le « carrelage » et la proximité avec

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La solitude du chef. Guy Yraeta, directeur général de Carrefour Hypermarchés France, revit encore avec émotion « ce moment où la porte du bureau se referme et qu'on se retrouve, pour la première fois, à la tête d'un hyper. Seul. » On a beau avoir franchi un à un les échelons -chef de rayon, chef de secteur, adjoint-, le passage est radical. « Du manager au directeur, le gap est énorme, raconte encore Guy Yraeta. Cela demande une préparation et une formation spécifiques. »

Chez Carrefour, le futur directeur d'hyper peut être mobilisé de trois à six mois, voire une année dans certains cas, pour accéder à ce poste. « C'est avant tout un chef d'entreprise, rappelle le responsable des ressources humaines d'une enseigne nationale. Il doit par conséquent en avoir toutes les qualités, à commencer par le management d'équipes très importantes et de leur encadrement. »

Pour cette raison principalement, le passage du supermarché à l'hyper n'est pas plus confortable que l'évolution pyramidale au sein de l'hyper. Ici, tout est « plus »: fonctions supports à encadrer, nombre de secteurs, de produits, de clients, de concurrents à contrer, de relations institutionnelles à conduire... Avec des enjeux économiques lourds, qui ne sont jamais neutres pour l'enseigne.

« Avec les années et l'évolution progressive, on apprend à gérer tous ces problèmes, relativise pourtant Jean-Paul Vernay, directeur du Géant Casino de Saint-Michel-sur-Orge (91), 53 ans et bientôt trente ans de carrière. D'ailleurs, toutes les tâches que nous effectuons sont assez simples. La complexité - et ce qui rend aussi le métier passionnant -, c'est leur multiplicité. » Chacun y fait face à samanière.

Emmanuel Zeller, qui dirige un Auchan de 14 000 m2 à Melun (77), a fini par structurer ses journées de manière assez précise, entre le tour du magasin d'avant-ouverture, les dossiers extérieurs la matinée, les dossiers internes pour le début d'après-midi et la «réouverture» vers 16 h 30. Et, pour les fins de journée, les contacts avec l'enseigne.

Un autre patron se dit lassé de « jouer au pompier du matin au soir pour régler des problèmes immédiats, mais sans pouvoir consacrer assez de temps à un vrai travail d'orientation ». Ce franchisé de l'est de la France a donc opté pour une solution plus radicale: il est en train de formaliser toutes les tâches du magasin selon les normes Iso 9001.

Une bagarre permanente

Cette polyvalence, contraire de la monotonie et du travail répétitif, fournit le sel principal du métier. Avec son indispensable complément: le chiffre! Quand il arrive au bureau, vers 7h30, c'est évidemment la première chose que fait Emmanuel Zeller : analyser son chiffre d'affaires de la veille. Jean-Paul Vernay, lui, confesse une véritable addiction: « J'ai mis au point un système pour avoir le chiffre d'affaires toutes les heures à l'écran ! »

En filigrane se profile le qui-vive permanent: que fait le concurrent? Comment évoluent les clients? Tel produit est-il bien à sa place? On est dans la bagarre permanente et les directeurs d'hypermarchés adorent ça. Au directeur de supermarché qui verrait dans l'hyper le monstre un peu froid, où la proximité avec le client et les équipes se dilue dans les comptes d'exploitation et le reporting, tous répliquent: faux !

« Pas plus tard que ce matin, raconte Emmanuel Zeller, j'ai distribué à l'entrée des brioches aux premiers clients pour fêter l'anniversaire du magasin. Tous les matins, j'ai mes clients de proximité, des personnes un peu plus âgées, qui me saluent,me connaissent par mon nom. »

Et pas question non plus d'abandonner le « carrelage » aux seuls collaborateurs. « Au moment de la réouverture, nous faisons un tour complet du magasin avec les équipes, et tout le monde met la main à la pâte. Y compris le directeur, qu'on pourra voir ranger une bouteille d'eau égarée dans les limonades ou ramasser un carton oublié. »

Bonhomie et modestie -« après tout, nous ne sommes que des épiciers »- ne doivent pas masquer l'exercice d'équilibriste auquel le directeur se livre quotidiennement. Garant de la stratégie commerciale de son enseigne et de sa politique sociale, il doit respecter les normes et les procédures mises en place par le groupe, tout en sachant utiliser au mieux sa propre marge de manoeuvre pour s'adapter en permanence.

Encore trop peu de femmes

« Il faut avoir un grand sens critique, explique l'un, c'est-à-dire la capacité à prendre du recul. Savoir régler des problèmes dans le détail, mais en prenant de la hauteur. » Le mot «curiosité» revient souvent.

« Les innovations, multiples, viennent de partout, pas seulement concernant les produits, ajoute un autre. À nous de rester à l'affût de tout ce qui bouge dans la société: les habitudes des clients, mais aussi l'actualité en général, car toutes sortes d'événements ont une influence sur la consommation. »

Même s'il n'a pas vu le temps passer, Jean-Paul Vernay se dit qu'il a bien changé: « J'étais un jeune homme réservé, je suis devenu quelqu'un de plutôt ouvert et communiquant. Si l'on veut rester à l'écoute des clients, c'est indispensable. »

Tenté un moment par un poste de directeur régional, il a préféré rester directeur d'hyper, trop attaché à cette immersion dans la vie sociale, entouré de collaborateurs jeunes pour la plupart -un autre atout pour conserver une grande ouverture d'esprit.

Aucun distributeur ne reniera la passion qui nourrit la fonction, et, pour cette raison, ce métier garde un bel avenir. Un point à améliorer: les directrices sont peu nombreuses.

Carrefour affirme y travailler activement. « 80% des clients sont des clientes, et une directrice a sans doute une sensibilité qui la rend plus proche des consommatrices », explique un responsable. Qui relève au passage que la présence des femmes rééquilibre les équipes et pousse les hommes à de meilleurs comportements. Preuve que la distribution sait avancer en même temps que la société.

Francis Lecompte


Témoignage

Emmanuel Zeller
, 40 ans, directeur de l'hyper Auchan de Melun (Seine-et-Marne) : « Il faut avoir un grand sens critique, c'est-à-dire la capacité à prendre du recul. Savoir régler des problèmes dans le détail, mais en prenant de la hauteur. C'est cela qui permet d'adapter le magasin aux évolutions quotidiennes, mais aussi de faire progresser l'enseigne. »


© Lahcène Abib

Son CV


1989. À 23 ans, diplôme commercial à l'IECS, école supérieure de commerce de Strasbourg. Étudiant, il effectue plusieurs stages et jobs d'été dans la grande distribution. Entre chez Auchan à Strasbourg comme chef de rayon son-hifi-électroménager, puis devient chef de secteur bazar.
1997. Nommé directeur adjoint du même magasin, poste qui équivaut en réalité à une formation à la direction.
1999. Directeur de l'hypermarché Auchan de Mulhouse.
2003. Directeur d'Auchan au Pontet, près d'Avignon.
2005. Directeur d'Auchan à Melun, 14 000 m², 564 personnes.

L'essentiel de la fonction

Les formations
> En cas de recrutement externe, diplôme d'école de commerce (Bac+5).
> En cas de promotion interne, ascension pyramidale -chef de rayon, de secteur- et formations internes.
> Longtemps privilégiée, encore préférée par certaines enseignes, la progression pyramidale n'est plus la voie obligée. Des groupes s'ouvrent au recrutement extérieur pour mieux équilibrer les compétences. Des stages d'immersion en magasins sont alors indispensables.

Les qualites requises
> La rigueur. Le directeur d'hyper est un chef d'entreprise.
> Le sens du management. Il a plusieurs centaines d'employés sous sa responsabilité.
> Le sens de l'organisation.
> L'imagination et l'initiative.
> Le sens de la diplomatie.
> La curiosité et la vigilance, pour observer en permanence sa zone de chalandise.
> L'implication. Il fait remonter les informations vers sa centrale.
> Le sens de l'accueil, pour garder contact avec sa clientèle.

Les missions
> Assurer la gestion globale du magasin et la réalisation des objectifs.
> Garantir le respect des normes et de la politique de l'enseigne.
> Superviser l'encadrement.
> Assurer les relations avec les partenaires institutionnels.
> Participer à la vie du groupe.

La rémunération annuelle
> De 90 000 à plus de 100 000 €, + variable (jusqu'à 25 %) selon l'ancienneté, et des primes de performance.

Les évolutions possibles
> Diriger de plus gros magasins.
> Accéder à une direction régionale ou se diriger vers des fonctions supports du groupe.
> Devenir indépendant.

Cet article est paru dans notre édition magazine du 26 avril 2007. Un numéro que vous pouvez commander en ligne.
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