Directeur de magasin, un chef d'orchestre multiforme

|

C'est l'un des métiers les plus exigeants et les plus riches de la distribution. Amour du commerce, du management et de la gestion, il demande tout cela à la fois. Privilégiant jusqu'ici beaucoup la mobilité interne, les enseignes forment aussi de plus en plus leurs hauts potentiels.

La petite musique d'Ikea, Richard Jimenez la connaît bien. Si bien que, chaque matin, il peut la faire partager aux huit membres de son comité de direction, aux 22 managers et 250 salariés de son point de vente. À quelques kilomètres de Reims, dans la Marne, il a ouvert le magasin Ikea sur 29 000 m² (dont 17 000 m² de surface de vente) le 25 août. Un baptême pour Richard Jimenez qui avait exercé ses talents pendant un an et demi comme directeur adjoint au magasin Ikea de Villiers-sur-Marne, en région parisienne, mais jamais comme directeur. Après un BTS en comptabilité-gestion, ce pur produit Ikea a commencé au service relation-clients au magasin de Parinor, avant de poursuivre comme chef de rayon six ans durant. Après un intermède au siège pour approfondir sa connaissance des produits, l'envie de retourner sur le terrain le démange. « Pour être directeur de magasin, il faut savoir motiver et fédérer les équipes, leur donner du sens », explique cet homme de 38 ans. Peu adepte des réunions à tout-va, Richard Jimenez se tient à un rendez-vous par semaine, le mardi, de deux à trois heures, avec les sept membres de son comité de direction. Une fois par mois, il rassemble aussi ses 22 chefs de rayon. Le reste du temps, il le consacre au magasin, encore le magasin, toujours le magasin. Avec un seul objectif : arriver aux 45 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel fixé par le groupe.

Être directeur de magasin demande une alchimie complexe entre « le métier de manager, de commerçant et de gestionnaire ». La formule est de Jules Halgrain, tout jeune directeur d'un Simply Market dans le centre-ville de Mulhouse, « le plus gros en chiffre d'affaires du Haut-Rhin », comme il le souligne non sans fierté. Ce jeune homme de 29 ans n'a pas les mêmes enjeux que Richard Jimenez : une surface de vente dix fois moins grande, un chiffre d'affaires en conséquence, 40 personnes à diriger. Il n'a pas non plus le même profil.

 

Des partitions très différentes selon la taille du point de vente

Jeune diplômé d'Euromed, l'Ecole supérieure de commerce de Marseille, il choisit la « grande distrib » à la sortie. « Beaucoup de mes collègues de promo n'en revenaient pas, mais je pense qu'il n'y a que ce secteur qui offre de telles responsabilités si jeune. Rendez-vous compte : je dois faire tourner un magasin qui sort entre 1 et 1,2 million d'euros de chiffre d'affaires chaque mois. C'est un navire de guerre ! » Le tout après six mois seulement de formation directe sur le terrain.

Les exemples peuvent se multiplier à l'infini : entre le directeur d'un petit magasin de 1 000 m² et un paquebot de 20 000 ou 30 000 m², la partition du chef d'orchestre n'est pas la même. Le salaire non plus. Un directeur de La Halle ou de Kiabi pourra prétendre à 37 500 € annuels brut (primes comprises) quand un directeur de supermarché oscillera entre 40 000 et 50 000 €, et un patron d'hyper jusqu'à 150 000 € par an !

Mais dans chaque cas, le métier de directeur de magasin est l'un des plus exigeants et complets du secteur. D'où la prépondérance de la mobilité interne. « Les enseignes ont une tendance naturelle à privilégier les personnes du sérail parce que ce métier demande une très bonne connaissance des procédures et de la culture d'entreprise », souligne Lionel Deshors, associé chez CCLD Recrutement, cabinet spécialisé dans la grande distribution. C'est le cas de Simply Market. « Nous voulons arriver à 70% de promotion interne pour les directeurs de magasin contre 40% aujourd'hui », précise Marie Rambaud, responsable du recrutement qui embauche 40 à 50 directeurs de magasin par an pour l'enseigne de supermarchés d'Atac (300 magasins).

 

Ne pas craindre la mobilité

Cette tendance à la consanguinité trouve cependant ses limites. « Pendant la crise, les groupes ont évité de recruter à l'extérieur et épuisé leurs viviers en interne », poursuit Lionel Deshors. « L'évolution interne ne suffit pas, renchérit Anthony Buchenet, manager exécutif senior chez Michael Page. Nombre d'enseignes essaient de capitaliser sur les jeunes diplômés à bac + 4, + 5 en les formant et en leur offrant la perspective de devenir très vite directeurs. » Il n'est plus rare que des jeunes sortant de bonnes ESC fassent leurs armes comme directeur stagiaire pendant un an avant de sauter dans le grand bain. Plus besoin de débuter comme chef de rayon !

Une fois séduites, encore faut-il garder ces jeunes pousses. Car le métier requiert une forte mobilité. Il faut accepter de bouger tous les trois ans dans la France entière. Certains préfèrent évoluer vers des fonctions transversales en centrale (directeur régional, formation, RH...) ; d'autres devenir indépendants. À l'instar de Gilles Bessac. Pour rester dans son cher Sud-Ouest, il a quitté Décathlon pour monter un Intersport à Albi.

 

À la FNAC, Karim DALI dirige 360 collaborateurs

- Son profil Ex-directeur d'exploitation d'une PME de jouets (Pintel Jouets), puis directeur d'un libre-service de gros pour les libraires, Karim Dali est entré à la Fnac il y a moins de dix ans comme responsable logistique, avant de devenir directeur de magasin. Depuis un an, il dirige la Fnac Montparnasse, l'un des cinq plus gros points de vente français de l'enseigne.

- Sa formation initiale Un CAP en construction mécanique et un BEP de comptabilité informatique. Puis le Cnam pendant cinq ans pour obtenir un diplôme supérieur en commerce international. Enfin, une licence et un master 2 en sciences de gestion par le biais de la VAE (validation des acquis).

- Son magasin 360 collaborateurs, dont 25 managers, 5 niveaux, 11 000 m² de surface de vente, 20 000 visiteurs le samedi.

- Sa journée « J'entre dans le magasin entre 8 heures et 8 h 30 et j'accueille les managers et les salariés. Les 25 managers lancent leur journée auprès de leurs équipes avec ces trois questions : " comment réaliser le chiffre d'affaires de la journée, comment faire de la marge et comment donner au client l'envie de revenir ? " À 10 h 45, je reçois pendant quarante minutes mon comité de direction et je donne le cadre de la stratégie. Un discours, un message, cela me permet aussi d'homogénéiser les pratiques managériales. Ensuite, j'enchaîne les réunions one-to-one sur de sujets précis qui portent sur l'organisation, l'accueil clients, la mise en place de tel ou tel produit. »

- Sa vision du métier. « Celui-ci consiste à inciter les managers à tendre vers le dépassement de soi et à transmettre cette motivation aux équipes. Je crois beaucoup à l'effet du mimétisme et à la puissance de l'exemplarité. »

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2160

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Produits techniques, objets connectés, électroménager : chaque semaine, recevez l’essentiel de l’actualité de ces secteurs.

Ne plus voir ce message
 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA