Divorce

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EDITORIAL« Le diagnostic demeure d'une inquiétante acuité. »

Edito_Henri_Loizeau

Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, avait fait du pouvoir d'achat l'un des thèmes majeurs de sa campagne. Le désenchantement des Français, mesuré par une série de sondages au terme des six premiers mois de son mandat, témoigne de la difficulté du président à concrétiser un engagement qui devait permettre de renouer le fil de la confiance entre le politique et le citoyen.

Or, le diagnostic établi à l'occasion de la dernière élection présidentielle -la surdité des hommes politiques à l'égard d'une dégradation du pouvoir d'achat- demeure d'une inquiétante acuité. Au point de confirmer désormais le risque d'un véritable divorce entre les Français et leurs responsables politiques.

Un chiffre ? 82 % des Français interrogés par TNS-Sofres-Laser déclarent que les mesures annoncées par le gouvernement ne changeront rien à la situation de leur pouvoir d'achat ou -pire encore!- qu'elles sont de nature à le dégrader.

La multiplication des conflits sociaux, qui tous portent sur l'évolution des revenus à court (les salaires) ou moyen terme (le niveau des retraites) sur fond de hausses de prix spectaculaires sur des dépenses reconnues comme incompressibles (logement, produits alimentaires, carburant, chauffage...), atteste de l'inquiétude des citoyens- consommateurs.

En langage fort diplomatique, François Fillon admet qu'une « certaine impatience commence à se manifester»chez les Français. Suffirat- il de changer de thermomètre (en créant de nouveaux indices de prix complémentaires, au risque d'ajouter au trouble) ou bien encore de ressusciter un « Observatoire des prix » pour enrayer le mal ? Rien n'est moins sûr.

Or, l'urgence gagne. Confronté aux doutes qui s'immiscent jusque dans les rangs de sa propre majorité -à quelques mois d'une échéance électorale cruciale pour les élus locaux- et au scepticisme des chefs d'entreprise qui peinent, ou rechignent, à mettre en musique le « travailler plus pour gagner plus » avec la réforme des heures supplémentaires, le gouvernement joue gros avec la mise en oeuvre de la loi Chatel.

À défaut d'évolutions de salaire significatives, en l'absence d'un « paquet fiscal » équitablement réparti, ou de toute autre annonce de baisse des prélèvements obligatoires, c'est bien sur l'application de celle-ci, dès le début 2008, que reposera dans les mois qui viennent le (res)sentiment qu'auront les Français à l'égard de l'évolution de leur pouvoir d'achat.

Qui en douterait encore après que Nicolas Sarkozy a convoqué d'urgence distributeurs et industriels à l'Élysée à quelques heures de son départ pour les États-Unis ?

Henri Loizeau, directeur de la rédaction
hloizeau@lsa.fr
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