Philippe Pauze (président - Perifem) et Franck Charton (délégué général - Perifem) : "Le développement durable, un élément de différenciation et de concurrence"

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Les deux responsables de Perifem, Philippe Pauze, le président, et Franck Charton, le délégué général, dressent pour LSA un constat sans concession des progrès environnementaux toujours plus importants exigés des professionnels du retail.

Philippe Pauze, président de Perifem
Philippe Pauze, président de Perifem

LSA La pandémie que nous avons subie change-t-elle votre vision du développement durable et celles des enseignes qui composent Perifem ?

Philippe Pauze : Non la pandémie n’a pas changé radicalement notre approche du développement durable, mais elle accélère un certain nombre de choses qui étaient déjà en route, tant chez Perifem que chez nos entreprises adhérentes, que ces dernières soient restées ouvertes comme les enseignes alimentaires ou fermées. Nos adhérents du non alimentaire ont mis à profit leurs fermetures pour réfléchir sur les enjeux de cette pandémie et ceux de l’alimentaire ont accéléré certains chantiers pour aller plus vite et plus loin. Et puis il y a eu de la part des consommateurs un intérêt marqué pour tout ce qui est local, produit en France, dans des conditions favorables à l’environnement. Ils se posent des questions et ils nous posent des questions en magasin sur l’usage des plastiques, le vrac aussi qui a été très délaissé durant la crise sanitaire, les informations sur la santé et l’environnement, la réduction et la recyclabilité des emballages. Attentes qu’on peut résumer par traçabilité, transparence et emballage.

Est-ce que cela change les priorités dans ce domaine ?

Franck Charton : Beaucoup de sujets étaient déjà lancés et restent d’actualité, en particulier celui de la réduction des émissions des gaz à effet de serre et de la limitation des effets du changement climatique. Les fluides réfrigérants consommés en magasin constituent en effet l’un des principaux postes d'émissions directes de ces gaz dans les magasins alimentaires. Et la réglementation européenne (la Fgas) qui y est attachée nous impose de ne plus utiliser d’ici à 2030 les fluides frigorigènes de type HFC, appelés à disparaître. Cela va nécessiter des investissements de l’ordre du milliard d’euros par an pour la distribution française pendant 10 ans !

C’est donc à la fois une priorité inchangée et un enjeu majeur, chiffré à plus de 10 milliards d’euros sur 10 ans, pour équiper la distribution française soit de centrales de froid au CO², soit de meubles avec des groupes de froid logés. Pour un hyper, cela représente un coût moyen de 1,5 million d’euros et plusieurs centaines de milliers d’euros pour un magasin de proximité. Il y a plus de 700 kilomètres de meubles frigorifiques dans la distribution qu’il faudra changer ou adapter.

Philippe Pauze : Il y a aussi une prise de conscience qui fait que les choses devront s’accélérer aussi bien au niveau des instances gouvernementales que d’autres fédérations et puis de nos consommateurs. Certaines priorités vont certainement émerger plus fortement comme le social, le sociétal, au détriment d’autres choix. On vivra aussi peut être un « Et en même temps » où les consommateurs vont exiger des produits à la fois sains, respectueux de l’environnement et de leur sécurité et, en même temps, de leur pouvoir d’achat. Les consommateurs sont pleins de contradictions, qu’ils assument d’ailleurs ! Aux distributeurs de s’adapter. Dans un édito récent de LSA, vous disiez récemment « qu’il s’agit dorénavant de gérer toutes les contradictions sous un même toit » c’est exactement çà.

FC : Sur les sujets qui accélèrent, il y a notamment la loi sur l’économie circulaire qui a été votée en février, autrement appelée la loi Agec. Le gouvernement nous impose d’examiner en moins de 2 mois pas loin de 150 textes qui doivent être écrits, entre les arrêtés et les décrets. La consultation doit se terminer fin juillet. Ce qui est quand même extrêmement court. Et malgré nos demandes, le gouvernement n’a pas souhaité étendre ce délais, expliquant même très vite que le covid ne serait pas un prétexte pour ralentir les réformes dans ce domaine. Souvenez-vous de la réponse cinglante de la ministre Elizabeth Borne à la demande de moratoire dans ce domaine, exprimée par Geoffroy de Roux de Bézieux, le président du Medef.

LSA : Partagez-vous le sentiment d’urgence et d’une nécessaire accélération des réformes sur ces sujets réclamés par une partie de la population ?

Philippe Pauze : Il y a une prise de conscience plus forte qu’auparavant de la part des Français qui, pendant le confinement, se sont beaucoup informés sur le sujet, ont constaté les effets sur leur environnement de l’arrêt d’un certain nombre d’industrie ou de secteurs très polluants, et se sont posés beaucoup de questions sur la manière de faire évoluer leurs pratiques. La vie va reprendre mais tout le monde va devoir faire plus d’efforts, pour aller encore plus vite et plus loin, à l’image des entreprises qui ont obtenus des prêts garantis par l’Etat sous réserve de respecter de nouveaux objectifs environnementaux, comme Air France par exemple. Mais il faudra aussi prendre en compte l’impact de la crise sur le pouvoir d’achat et ça va être très compliqué de lier les deux.

FC : Nous comprenons ce sentiment d’urgence mais il faut prendre un peu de recul et faire en sorte d’organiser les choses. Comprendre que l’accélération pourra être parfois indirecte. Par exemple, sur le made in France, les enseignes notamment non alimentaires ne pourront pas forcément, pour des raisons de coût de revient, tout produire en France, encore moins très rapidement. En revanche, « en contrepartie » elles devront montrer qu’elles vont faire plus en termes de développement durable : autrement dit, la non-relocalisation de la production en France aura des conséquences sur l’écoconception des produits qui s’ils ne sont pas produits en France devront au moins être éco-conçus avec des emballages optimisés, etc. !

De quoi avez-vous besoin pour y répondre ?

PP : Déjà de l’adhésion de tous nos adhérents. Il nous faut les convaincre et en même temps tempérer les ardeurs de certains ministères qui veulent nous faire faire des choses qui, de façon réaliste, ne peuvent pas se faire en un an ou deux. Il faut se situer sur du moyen et long terme en accélérant un certain nombre de process quand c’est possible mais en appelant à la raison pour le reste.

Le développement durable, c’est un poste de coût ou d’économie potentielles ?

PP : Deux choses sont à prendre en considération, les Opex (dépenses d’exploitation, ndlr) et les Capex (investissements). Certaines opérations demandent des Capex très importants, comme celle qui va consister à changer tous nos systèmes de production de froid pour se mettre en conformité avec la réglementation Fgas. Or on sait que le ROI (retour sur investissement) sera faible et que les Opex ne diminueront qu’après 15 ou 20 ans !

Pour moi, le développement durable se joue sur du long terme. Il y a un certain nombre de sujets sur lequel il n’y a pas de retour sur investissement ou alors à très long terme, mais il faut y aller. Prenez la protection des équipes pendant le Covid. Il n’y a évidemment aucun ROI, mais si on ne le fait pas on est hors-jeu, on ne recrutera plus personne, donc ça devient une obligation qui coûte beaucoup d’argent.

FC : Prenons l’installation de panneaux photovoltaïques en toiture, ça coute en moyenne 1,5 million d’euros par magasin. A grande échelle, cela représente des Capex très importants mais dont la rentabilité à terme doit s’évaluer en fonction d’un coût de l’électricité qui pourrait doubler dans les prochaines années. Aujourd’hui, l’énergie représente l’équivalent de 30% du résultat net d’un distributeur alimentaire (contre moins de 10% en non-al). Et si ces coûts doublaient ils devraient sacrifier encore 1/3 de leurs résultats. Impossible. D’où le fait que certains d’entre eux sont en train de se doter de capacité de production en propre en matière d’autoconsommation d’électricité.  

Les distributeurs français sont-ils en retard par rapport à leurs homologues européens ou américains ?

FC : Au contraire ! Un exemple : nous avons été les premiers dans le Monde à prendre, dès 2012, l’engagement de fermer nos meubles frigorifiques avec des portes. Et nous sommes maintenant rejoints par de nombreux pays, dont les US mais qui s’y sont mis tardivement… Les obligations de réduction de consommation énergétique sur nos magasins existants sont aussi presque uniques même si leur soutenabilité économique n’est pas évidente. Les obligations issues de la loi AGEC sur l’économie circulaire sont également assez novatrices, même si certaines des mesures sont en cohérence avec des directives ou règlements européens existants ou à venir. Enfin, sur les obligations d’installation de bornes de recharge dans les parkings, sur le photovoltaïque en toiture, nous sommes là aussi en avance et en fait presque les seuls au monde à avoir autant de contraintes et de... charges.

En même temps, la fermeture des meubles froids s’est révélée être une vraie source d’économie ?

PP : C’est vrai, même s’il a fallu rouvrir les portes et parfois les enlever pendant le Covid parce que les consommateurs ne voulaient pas toucher les portes. Le ROI est de 2,5 ans environ et l’installation des meubles froids avec portes réduit de 50% leur consommation d’énergie et de 25% la facture énergétique totale des magasins.  

Les distributeurs y vont-ils par conviction, par contraintes réglementaires ou sous la pression des consommateurs ?

PP : C’est un mix des trois je pense, mais aussi beaucoup une affaire de conviction. Un exemple, quand nous avons commencé à mettre des portes sur les meubles froids, j’étais chez Carrefour à l’époque, les consommateurs ont réduit leurs achats en UF et en charcuterie LS, mais quand tout le monde s’y est mis les choses sont rentrées dans l’ordre. Et si vous regardez les 24 initiatives que nos adhérents ont souhaité mettre en avant de manière volontaire dans le dossier que vous leur consacrez, 70% d’entre elles répondent à des convictions et des choix affirmés, 30% seulement à des contraintes réglementaires.

Tous les secteurs du commerce avancent-ils à la même vitesse ?

FC : Nos 50 adhérents du commerce sont issus de tous les secteurs, centres commerciaux, spécialistes de tous types, enseignes alimentaires. Et la variété des initiatives présentées par les 24 enseignes qui ont répondu à l’enquête montre bien que les démarches viennent de toute part. Certains, dans un secteur donné, avancent parfois plus vite que d’autres mais on ne peut pas dire qu’un secteur entier n’avance pas ! Je n’en connais pas !

La pandémie va-t-elle freiner les investissements pour des raisons budgétaires ou bien au contraire les accélérer ? 

PP : L’approche sera certainement très différente d’un secteur à l’autre. Pour ceux qui ont été très pénalisés par le Covid, il y aura évidemment des freins sur les Capex. Pour les autres, notamment les enseignes alimentaires, cela pourrait accélérer certains investissements au vu des très fortes progressions de chiffre d’affaires de certains.

FC : Les investissements vont aussi être regardés à l’aune des fortes attentes des consommateurs sur le local, le drive, les circuits courts ou l’économie circulaire. On peut donc s’attendre à une accélération dans ces domaines et à une décélération des Capex sur d’autres sujets moins liés à ces récents éclairages. Je ne suis pas certain par exemple que les obligations d’implantation de bornes de recharge électriques qui imposent qu’à horizon 2025, 5% des places de parking existantes soient équipées, pour un coût de plus d’un milliard et demi d’euros pour les distributeurs, soient mises en œuvre avec beaucoup de célérité…

Est-ce qu’il n’y a pas deux vitesses entre les groupes intégrés et les magasins indépendants ou franchisés ?

PP : C’est plus facile de le faire dans une structure intégrée, c’est vrai. Mais si les franchisés n’y vont pas, ils risquent de ne pas avoir l’adhésion de leurs clients et des consommateurs. Aujourd’hui dans une enseigne tout le monde doit tisser sa toile et il ne peut pas y avoir de trous dans cette toile face à un consommateur de plus en plus expert et dans un contexte de forte concurrence, au risque de sortir du jeu. Qui plus est, les franchisés et les indépendants sont souvent moteurs sur ces sujets comme sur d’autres. J’ai pu le mesurer chez Picard par exemple, où les franchisés sont peu nombreux (21) mais très proactifs sur ces sujets, notamment pendant le Covid.

Quel regard portez-vous sur les initiatives que les adhérents de Perifem ont choisi de mettre en avant dans ce dossier sur le développement durable ? 

FC : Pour ce cahier spécial LSA/Perifem, le parti prix assumé a été, je le rappelle, de ne donner aucune instruction, ni aucune ligne éditoriale. De mettre en avant les initiatives de leurs choix. Et elles montrent à la fois la diversité des engagements et en même temps le resserrement des thématiques de fonds qu’elles sous-tendent : à 70% les enseignes ont pris en exemple une initiative qui a trait soit à l’offre éco-responsable, soit à l’économie circulaire, soit à la relation avec les filières. La même proportion que celle que nous retrouvons sur notre site www.magasinresponsable.com qui recense depuis 1 an toutes les initiatives de développement durable prises par les enseignes et relayées dans la presse, soit plus de 900 à ce jour.

Y-a-t-il trop de lois en France sur cette thématique ?

PP : C’est évident, comme dans tous les secteurs ces ministères il faut qu’ils existent et pour exister ils sortent des lois. Nous sommes probablement les champions de monde en la matière. En l’espace de 2 ans, 4 lois extrêmement impactantes ont été adoptées : la loi climat-énergie pour les constructions neuves, la loi ELAN pour l’énergie sur l’existant et l’urbanisme commercial, la loi LOM sur les bornes de recharge et les vélos et la loi AGEC sur l’économie circulaire. Elles représentent toutes, pour chacune d’entre elles, de l’ordre du milliard d’euros de dépenses annuelles pour la distribution. C’est de la folie. Et là je ne vous parle que des deux dernières années. Sur la dernière décennie, il n’y a pas eu une année sans un nouveau texte de loi très impactant pour nos métiers.

Les pouvoirs publics vous consultent-ils et vous écoutent-ils ?

PP : Nous bénéficions grâce à l’action de Perifem d’une certaine écoute de la part des ministères concernés dont certains avec lesquels on travaille beaucoup. Nous représentons 90% de la distribution alimentaire et non alimentaire, une force non négligeable. Cette forte représentativité permet des rapports de confiance : nos recommandations sont appliquées et, à l’inverse, nos observations, ou blocages parfois sur certains points, peuvent peser dans la balance. En règle générale, ils font attention à nos remarques et observations.   

FC : Quand ils ne nous écoutent pas cela aboutit souvent à des situations ubuesques. Un exemple concret, dans loi LOM, les députés ont déposé et fait adopter un amendement sans consulter personne qui nous oblige à équiper tous les parkings de nos sites existants de 5% de places avec des bornes électriques d’ici à 2025. Ce taux, s’il est certainement cohérent pour beaucoup de sites tertiaires, nécessitait d’être adaptés à nos grands sites, où nous déployons parfois des parkings de plus de 1500 places, avec une valeur capée par exemple et évolutive selon l’évolution des besoins. Résultat, il va falloir installer plus de 150 places dotées de bornes dans les centres commerciaux, 65 dans les hypermarchés : des chiffres nettement au-dessus des besoins et qui représentent plus de 1,5 milliard d’euros de coûts pour les distributeurs. Une borne vaut 8000 euros en moyenne, soit un investissement moyen de 600000 euros pour un hypermarché, sans compter la facture électrique annuelle car aucun distributeur pour l’instant ne fait payer le chargement, sauf à ma connaissance 3 Auchan en test..

On va tenter de faire évoluer les choses, mais rien n’est fait et bien souvent tout recommence.

Ainsi pas plus tard qu’hier (le 9 juin NDLR), nous avons reçu pour consultation un texte qui prévoit, de nouveau, d’équiper les magasins de places pour les vélos à hauteur de 10% du nombre de clients. Ce qui est complément délirant, car très peu de gens viennent faire leurs courses à bicyclette, comme vous l’aviez fait remarquer il y a quelques temps dans un édito assez fameux, intitulé « à bicyclette ». Au dernier moment, nous avions réussi, par arrêté, à plafonner le nombre de places à 50 maxi, mais le projet de texte paru hier repropose ces fameux 10% sur tous les sites subissant des travaux !

Que pensez-vous de la loi climat-Energie ?

FC : Les parlementaires ont voulu faire preuve d’une ambition très forte sur les bâtiments à construire, qui va augmenter les coûts de construction et nécessiter de réfléchir le sujet globalement. En effet, l’obligation pour les nouvelles constructions ou extension de plus de 1000 m² est de les couvrir de 30% de panneaux photovoltaïques ou de les végétaliser, ce qui est beaucoup plus contraignant encore. Pour un magasin, cela représente environ un million d’euro supplémentaire pour tout projet. Ceci dit, les engagements pris par les enseignes au travers du plan solaire sont de cet ordre-là, sur leurs projets de construction, cela représente des Capex avec un ROI à la clé..
Quid de la loi LOM?

FC : Nous avons l’impression que le gouvernement s’est trouvé des bonnes âmes, en l’occurrence nous, pour financer son plan d’extension du parc des bornes de recharge électriques en France. Si on en reste au taux de 5% des places de parking existantes équipées dont nous avons déjà parlé, la grande distribution fournirait, d’ici à 2025, l’ensemble des bornes dont le gouvernement a dit qu’il avait besoin. C’est hallucinant.

Et la loi Elan ?

FC : C’est sans doute la pire car elle exige que tous les distributeurs réduisent de 40% toutes leurs consommations énergétiques d’ici à 2030. Qui plus est les process sont concernés, donc l’éclairage, les fours, la production de froid, etc... Je ne suis pas certain qu’un commerçant qui vient de changer ses fours à pain veuille recommencer avant 2030. Par ailleurs, pour le non alimentaire, gratter 40% risque d’être carrément impossible, encore plus pour les enseignes qui sortent exsangues du Covid. C’est là qu’une réflexion globale, liant la consommation d’énergie à la production d’énergie, en autoconsommation prend tout son sens. Cette démarche que certains ont déjà emprunté permettra de stabiliser les prix de l’énergie, tout en réalisant ses obligations de réduction de consommation. D’une pierre 2 coups.

Il y a des amendes prévues, des contrôles ?

Oui il y a une amende de 7500 euros par magasins qui est prévue, mais aussi la possibilité de recourir au « name on shame » (dénonciation publique, NDLR) avec la publication d’une liste des mauvais élèves sur internet, une méthode très contestable mais sans doute dissuasive.

Dernier texte, la loi AGEC, qu’en pensez-vous ?

FC : Comme nous l’expliquions en préambule, après la suspension des travaux pendant le confinement, le gouvernement reprend à marche forcée le travail de rédaction des textes d’application avec des dizaines de décrets et d’arrêtés qui sont en cours d’élaboration. Malgré les demandes du commerce de décaler l’application d’une partie des mesures, le gouvernement reste sur un calendrier très contraint, avec une consultation des parties prenantes puis du public, en juin, pour aboutissement des textes en juillet.

En moins de 2 mois, il va falloir statuer sur la gestion des invendus, notamment non-alimentaires ; l’information des consommateurs sur le tri (consigne de tri) ; les reprises en magasin avec beaucoup de questions en suspens : la liste des produits concernés à établir ; les lieux et conditions de reprise ; la place à consacrer in situ à ces lieux ; la compensation des coûts financiers ; l’équité entre les obligations imposées au magasin et web, etc. Quid aussi de la traçabilité des déchets avec un renforcement du reporting, et des modalités de déconditionnement des biodéchets ?

Avec là encore des inepties comme ce projet de décret qui veut imposer des fontaines à eau dans tous les magasins, dont 4 au minimum pour les magasins de 1ère catégorie. Or tous les magasins des centres commerciaux sont classés en première catégorie, de la plus petite boutique à l’hypermarché. Faudra-t-il mettre plus de 1000 fontaines aux 4 temps ? Nous avons immédiatement remonté ce point. Mais cela montre qu’il faut relire et vérifier tous les détails.

Ca prouve que les politiques connaissent mal vos métiers et vos contraintes, non ?

PP : Non seulement ils ne les connaissent pas bien, mais en plus ils ont horreur du retail en règle générale. Ils méconnaissent totalement la réalité de ce qu’est un magasin, un centre commercial, sous tous ses aspects, et en mesurent rarement les contraintes. Sachant que la plus forte d’entre elles, la contrainte économique, n’est pas retenue dans les textes proposés, malgré nos demandes.

La crise du Covid a néanmoins permis de, ou va sans doute, faire évoluer cette perception, car l’investissement des enseignes et de leurs personnels pour nourrir les Français a été exceptionnel, avec des gestes d’entraide très forts entre distributeurs et aussi entre enseignes et industriels. Les pouvoirs publics et le gouvernement ont, je crois, pris conscience que ce secteur d’activité occupait un rôle clé dans l’économie et la société. Constaté aussi nos compétences et notre capacité à peser dans les négociations et les achats de masques et autres matériels indispensables, en Chine, quand le gouvernement avait toutes les peines du Monde à s’approvisionner. 

Le développement durable est-il un terrain neutre entre enseignes ou un élément de différenciation et de concurrence ?

PP : Ça devient évidement un élément de différenciation et de concurrence. C’est aussi pour cela que tout le monde s’y met. Car au-delà des prix, de la qualité et de l’offre, tout ce que font les enseignes sur ces sujets sociétaux joue déjà et va encore plus jouer demain dans les choix des consommateurs.

Les distributeurs classiques parlent beaucoup de distorsion de concurrence avec l’e-commerce, est-ce que les sujets de développement durable participent à ces distorsions ?

FC : Oui, il y a une différence de traitement aussi sur ces sujets. La loi ELAN sur l’obligation de rénovation énergétique qui va coûter des milliards d’euros n’aura pas d’impact sur le e-commerce ou à la marge sur les entrepôts, mais pas du même ordre. Et les réductions de taxes demandées par toutes les fédérations depuis des années, comme la TASCOM assise sur les seuls magasins, sont évidemment concernées. Amazon n’aura pas non plus à mettre des bornes de recharges sur ses parkings (loi LOM).

Quels sont les freins à l’avancée de ces dossiers chez les distributeurs ?

FC : Les freins sont surtout budgétaires. Et comme les consommateurs veulent tout, tout de suite, il va falloir probablement faire des concessions et des choix. Mais Choisir c’est renoncer…et tous les choix sont loin d’être faits, surtout post covid. Chaque nouvelle obligation, à coup de plusieurs centaines de millions chacune pour chaque enseigne, entame les marges petit à petit…Et il est rare de pouvoir lancer des initiatives sans investissement au départ, avec un ROI immédiat !

Et quels sont les accélérateurs ?

Il y en a assez peu. Mais il faut souligner quelques exceptions. Concernant les installations frigorifiques, par exemple, dont le renouvellement est rendu obligatoire d’ici à 2030 par la règlementation européenne Fgas, un suramortissement de 40% a été négocié par PERIFEM jusque fin 2022 pour changer ces installations. Il faut idéalement en profiter. Les freins ont été levés : il a fallu 1 an à Bercy pour publier une doctrine fiscale, permettant d’appliquer ce suramortissement en toute sécurité. Elle est aujourd’hui publiée.

Propos recueillis par Yves Puget et Jérôme Parigi

 

Philippe Pauze

Franck Charton

À savoir
Perifem est l’association technique du commerce et de la distribution, qui regroupe les principales enseignes de la grande distribution, du commerce spécialisé, les gestionnaires des centres commerciaux et leurs partenaires offreurs de solutions. Cette association professionnelle loi de 1901, interlocuteur reconnu des pouvoirs publics depuis plus de trente ans, a pour mission de représenter les enseignes de la grande distribution, du commerce spécialisé et des centres commerciaux, de connecter ces enseignes avec les fournisseurs de solutions, les institutionnels et les parties prenantes et de contribuer au partage d’informations, au défrichage d’innovations et à l’élaboration des réglementations. Elle œuvre à l’amélioration de l’exploitation des surfaces commerciales dans les domaines du bâtiment, de l’énergie, de l’environnement, de la sécurité, de l’équipement et des nouvelles technologies.
www.perifem.com
 

 

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Article extrait
du magazine N° 2610

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