[Dossier] Vin : une maigre récolte lourde de conséquences

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Pour le monde viticole, l’année 2017 restera associée au coup de gel d’avril et à une grande sécheresse qui a sévi sur tout le pourtour méditerranéen. Ces aléas climatiques auront quelques impacts dans les rayons à court et à long terme.

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00803226_000011© © SIPA

 

 

 

Le contexte

  • La récolte 2017 a été faible, sauf dans deux régions (estimations de récolte par vignoble au 1.11.2017, pour les AOP).
  • Beaujolais-Bourgogne : 2,07 Mhl (+ 6 %)
  • Alsace :856 000 hl (- 27 %)
  • Val de Loire :1,9 Mhl (+ 10 %)
  • Sud-Ouest : 985 000 hl (- 23 %)
  • Bordelais :3,5 Mhl (- 39 %)
  • Languedoc-Roussillon : 2,1 Mhl (- 16 %)
  • Sud-Est :3 Mhl (- 15 %)

Sources : Agreste/Ministère de l’Agriculture d’après FranceAgrimer

Chiffre 

  • - 22 % : Le recul de la récolte de vin en 2017 versus 2016.Elle s’élève à 35,6 millions d’hectolitres (45,56 Mhl en 2016)

Sources :DGDDI/FranceAgrimer

Entre mai et novembre 2017, il n’est pas tombé une seule goutte d’eau sur l’arc méditerranéen, ce qui a bloqué la croissance des raisins dans le Languedoc-Roussillon, dans la Vallée du Rhône ou en Provence. Dans les autres vignobles, ce sont les gelées tardives – très nocives quand elles arrivent fin avril – qui ont stoppé la pousse de la vigne et des raisins. Et puis, les viticulteurs, notamment ceux qui cultivent le cépage grenache, ont observé, qu’au moment de la floraison de la vigne, il y a eu de la « coulure », ce qui signifie que, faute d’un climat propice en juin, les fleurs non fécondées se sont desséchées et sont tombées sans donner de grains.

Ces trois phénomènes, liés au dérèglement climatique, ont engendré une petite récolte, en retrait de 22 % versus celle de 2016. Elle s’élève à 35,6 millions d’hectolitres en 2017 contre 45,56 millions d’hectolitres l’année précédente. Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il y aura 22 % de vin en moins sur le marché. « Cette confirmation d’une récolte historiquement faible ne présage aucunement de conséquences catastrophiques sur le marché. Les professionnels de la filière viticole disposent d’outils de gestion nécessaires comme les stocks, les volumes complémentaires individuels ou les réserves interprofessionnelles », tempère Anne Haller, déléguée pour les filières viticoles et cidricoles chez France­AgriMer. De fait, dans de nombreuses régions, il reste des stocks à écouler pour absorber le choc du millésime 2017. Cela sera plus compliqué dans les régions productrices de rosé, notamment sur les appellations provençales, car ce vin ne se conserve guère plus d’un an.

Flambée des prix du vrac

« Ce millésime 2017 suscite des discussions et crée des inquiétudes et des tensions à des degrés jamais atteints », note un négociant. En effet, si les fournisseurs trouvent toujours des volumes de vins, ils les achètent plus cher, le prix de certains vins en vrac ayant flambé. À titre d’exemple, l’hectolitre de muscadet se négocie 185 € contre 140 € en 2016, tandis que l’hectolitre de côtes-du-rhône est passé de 140 € à 165 €. Le bordeaux supérieur s’est, quant à lui, envolé de 23 %... « Notre objectif est avant tout de couvrir nos besoins en vins et de protéger le fond de rayon afin que nos consommateurs retrouvent nos marques », explique Alicia Liegard, chef de groupe en charge des vins de Bordeaux, du Rhône et de l’Est chez Castel Frères.

La recherche de vins étant cette année plus ardue que jamais, il y a fort à parier que les prix aux consommateurs grimperont. « La valorisation est une tendance lourde du rayon, assure un négociant. D’autant que, cette année, la mauvaise récolte a été générale tant en France, qu’en Espagne et en Italie, les trois principaux pays de production, et même en Californie, dévastée par des incendies gigantesques. Il y aura peu de solutions de substitution. » Ce négociant fait allusion à un épisode qui a marqué les esprits : en 2007, année de maigre récolte dans le muscadet, cette AOP avait augmenté ses prix, ce que le consommateur avait aussitôt sanctionné en se reportant sur d’autres vins blancs. Cette année, les alternatives seront rares… sauf à aller vers une autre catégorie de boissons alcoolisées qui a le vent en poupe, qui a su renouveler son offre et qui n’a pas été soumise à de fâcheux aléas climatiques : la bière. « Nous devons conserver une échelle de prix cohérente entre les premiers prix, les MDD, les marques et les domaines et châteaux », martèle, de son côté, Charles Pierrard, chef de marché de la catégorie vins et champagnes chez Intermarché. Ce pari ne sera pas toujours évident sur certaines appellations qui manquent cruellement de volumes. Comme sur les châteauneuf-du-pape ou les côtes-de-provence dont les tarifs ont déjà augmenté. « Il faudra guider le consommateur », poursuit Charles Pierrard. Pourquoi pas en l’informant dans le linéaire des raisons de la hausse de prix ?

Bordeaux donnera le ton

« On reçoit tous les jours des fournisseurs nous expliquant qu’ils n’ont pas connu une aussi petite récolte depuis cinquante ans. On entend aussi dans les médias que les récoltes ont été médiocres. Le souci, c’est qu’en le clamant sur tous les toits, les consommateurs risquent de faire l’amalgame avec la qualité qui, par ricochets, serait, elle aussi médiocre. Tout cela est une mauvaise publicité faite au vin », pense Charles Cousineau, manager des catégories vins et champagne chez Auchan. Ce sera le bordeaux qui donnera le ton. « Dans la tête d’un client, le millésime est bon ou pas, selon ce qu’est bordeaux, constate Charles ­Cousineau. Or, nous sortons de deux millésimes – 2015 et 2016 – excellents. En comparaison, que donnera 2017 ? Les dégustations lors des primeurs [en avril prochain, NDLR] seront intéressantes à tous points de vue. » Pour l’heure, acheteurs de la grande distribution et fournisseurs se regardent plus que jamais en chiens de faïence. « Les acheteurs sont dans leur rôle quand ils minimisent les effets de la récolte. Ils doivent acheter le moins cher possible, tout comme les négociants tentent d’acheter aux vignerons au plus bas prix », observe un fournisseur qui, de son côté, privilégiera les relations à long terme. « Si les acheteurs acceptent des hausses de prix raisonnables, tout le monde sera gagnant », poursuit ce fournisseur qui tient à rester anonyme.

En attendant, la majorité des opérateurs n’ont pas l’intention de répercuter en totalité les hausses du prix du vrac dans les tarifs qu’ils proposent à la grande distribution. « Nos augmentations seront cohérentes », plaide un viticulteur. « Le marché du vin étant orienté à la baisse en volume en grande distribution, ce n’est pas le moment d’aller le déstabiliser avec des hausses de prix », analyse avec philosophie un opérateur du Sud-Ouest. La raison de la baisse des volumes ? « Le consommateur boit un peu moins et il papillonne plus, pense cet opérateur. Il va plus volontiers vers de l’achat en direct ou sur internet. » Un constat qui est d’ailleurs valable pour l’ensemble des produits de grande consommation.

Éduquer le consommateur

Pour le faire revenir en GMS, de nombreux mana­gers « vins » réfléchissent à l’avenir de leur rayon, notamment en repensant à la manière dont il est conçu. De leur côté, les fournisseurs étudient leurs propositions. Ainsi, le bio pourrait-il être un relais de croissance, comme pour l’ensemble des PGC ? « Oui, mais de façon saisonnière, ­remarque Charles Pierrard. Car les vins bio surperforment de juin à juillet. Sans doute parce que l’offre est plus importante pour des vins d’été. Comme ceux du Sud-Est, de Loire ou de Provence. » Ce chef de marché a également calculé que si le bio pèse 3,4 % des ventes du total des PGC-FLS, il ne capte que 2,4 % de celle des vins. D’autres tendances émergent comme la biodynamie, les sans-sulfites, les végans… « Tous ces vins demandent de la pédagogie car la plupart des consommateurs mélangent ces tendances, voire ne savent pas ce qu’elles recouvrent vraiment », signale Charles Pierrard. Là encore, il faut trouver un moyen d’éduquer le consommateur.

Redonner du sens à ses marques, c’est la volonté de Castel pour Malesan, un bordeaux aux 4 millions de cols et qui s’adresse plus particulièrement aux jeunes adultes. Ainsi, depuis 2015, la marque organise un concours auprès des designers pour créer un coffret. « Les coffrets élus sont récompensés, complète Alicia Liegard. Avec son design épuré et sa communication ciblée, Malesan est aujourd’hui plébiscité par des consommateurs plus jeunes que la moyenne des amateurs de bordeaux. » Pour sa nouvelle marque de blaye-côtes-de-bordeaux, L’Étoile de Pagan, les Vignerons de Tutiac proposent un jeu sur la collerette : la coopérative invite les consommateurs à jouer en ligne afin de tenter de remporter des repas dans un restaurant étoilé.

Autre idée : mettre un peu d’humour dans ce rayon réputé classique. Lidl le fait depuis plusieurs années avec le négociant Icard Châteaux et Vignobles, qui diffuse en France les vins signés du Chat, le personnage fétiche du dessinateur belge, Philippe Geluck. À chaque référencement, ce sont 20 000 bouteilles écoulées en quelques jours. Le chat étant déjà pris, le languedocien Jean-Claude Mas a choisi un autre animal : la grenouille. Baptisé Arrogant Frog, ce batracien amuse depuis 2005 les Australiens, les Néerlandais ou les Américains. Casino vient de référencer trois vins de France signés de cette drôle de grenouille qui, au fil de l’année, s’adapte aux thèmes d’actualité et aux saisons grâce à des éditions limitées. Un bon moyen d’animer le rayon en dehors des foires aux vins.

La réponse des producteurs : des marques qui retrouvent du sens 

Baron de Lestac

Une dégustation privilégiée

Rencontrer un maître de chai à la Cité du Vin à Bordeaux ! On pourrait penser que ce genre d’initiative est réservé aux grands crus. Eh bien, non ! En juin dernier, Baron de Lestac, marque de bordeaux aux 8 millions de cols par an (Castel), a invité six consommateurs dans cet endroit prestigieux. Ils y ont rencontré Thierry Lachaise (photo), maître de chai de la marque, le temps d’une dégustation. « Un réel succès », assure Alicia Liegard, chef de groupe marketing de Castel Frères, qui reconduira ce type de rencontre « dans un autre endroit » cette année.

Vignobles & Compagnie

Un négoce proche de ses vignerons

En 2017, La Compagnie rhodanienne a changé de nom et modernisé ses étiquettes. Désormais, ce négociant, propriété du groupe bordelais Taillan, signe ses vins Vignobles & Compagnie. « L’enjeu de ce nouveau nom est de faire valoir les liens étroits que nous entretenons avec nos vignerons, explique Thomas Giubbi, son directeur général. Nous associons à cette signature “Engagé depuis 1963” pour illustrer notre histoire, mais aussi nos engagements environnementaux et territoriaux avec, notamment, la labellisation de notre site “patrimoine du XXe siècle”, obtenue en 2016. Sur certains vins, nous avons aussi choisi la baseline “Toute l’audace du Rhône”, pour rappeler notre ancrage rhodanien. » Difficile cependant de tout dire sur une étiquette. Vignobles & Compagnie relaie l’ensemble de ces informations sur un site internet flambant neuf.

Alliance Loire

Des vins bio ou sans sulfites

Depuis 2016, Alliance Loire a constaté que la demande pour des vins bio ceux sans sulfites ajoutés grandit. Cette société soutient donc les vignerons qui vont dans ce sens. « Trois jeunes coopérateurs sont en conversion bio et, à ce jour, nous comptons 100 hectares cultivés en bio sur un total de 1 800 pour notre principale cave. Cette surface nous permet de proposer des vins bio dans la plupart des AOC de notre région, note Nicolas Emereau, directeur général d’Alliance Loire. La société développe Azurée pour ses nectars bio et Veridic pour les sans-sulfites ajoutés. Veridic élargira son offre en 2018 avec deux nouvelles AOC – chinon et vouvray -, ce qui portera la gamme à six références, avec un côteaux-d’ancenis, un saumur-champigny, un saumur blanc et un muscadet-côteaux-de-la-loire-sur-lie. Des vins vendus environ 30 % plus cher que leurs équivalents conventionnels, mais qui nécessitent plus de soins.

Arrogant Frog

Un trait d’humour dans le rayon

Jean-Claude Mas, vigneron et négociant languedocien, a créé Arrogant Frog en 2005. « Arrogant pour le trait de caractère bien français et Frog (grenouille, en français) car c’est ainsi que nous appellent les Anglais », détaille Patrick Lachaux, directeur commercial de Jean-Claude Mas. Cette marque (5 millions de cols par an) a très vite séduit les Australiens – le patron de la chaîne Woolworths a trouvé la marque géniale –, les Néerlandais ou les Américains, d’autant que le personnage dessiné s’anime selon les événements. C’est la Coupe du monde de rugby ? Le voici un ballon dans les mains. C’est la fête nationale ? Le batracien danse avec sa dulcinée…. Ce vin vendu autourdes 5 € fait son entrée chez Casino, première enseigne française à l’avoir réclamé pour son côté décomplexé.

 

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Article extrait
du magazine N° 2490

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