Douze façons de voir l’immobilier commercial autrement au salon Siec 14

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« La mode est l’art d'être tous différents en même temps » dit-on par aphorisme. Alors le salon du Siec - qui rassemblait les professionnels du «retail & immobilier commercial » du 17 au 19 juin à Paris – était plus que jamais à la mode. Un même métier : concevoir les contenants immobiliers d’un contenu de commerces. Avec des différences, soyons francs, qui portent de moins en moins sur les enseignes, même si les efforts de renouvellements sont réels. Et qui se traduisent plutôt par une touche personnelle, une astuce, un truc, un «je-ne-sais-quoi », qui donne leur identité propre à bien des projets. Comme un accessoire, une matière ou un plissé rendent une robe unique ! Cela peut concerner l’entièreté d’une architecture, ou briller comme une belle idée enchâssée dans un ensemble plus classique. Bref, LSA a arpenté les 120 stands de la 10ième édition du Siec organisé par le Conseil National des Centres Commerciaux pour débusquer 12 initiatives prouvant que l’on peut toujours penser l’immobilier commercial… autrement. Revue subjective, non exhaustive et réjouissante.

Les 12 projets en 5 grands thèmes.

(Re)conceptualiser le tout !

1) My Valentine, comme un galet posé dans les Calanques (Frey). D’une contrainte foncière peut naître un «objet commercial » étonnant. Tel est le cas de My Valentine, création également unique du spécialiste des retail-park, qui investit ici le créneau du shopping premium, avec un ensemble de 40 300 m² et 70 magasins, dans la continuité de la vaste zone commerciale de la Valentine (280 unités commerciales) à Marseille. Mais sur une typologie de terrain inclinée qui avait dissuadé toute construction jusqu’à présent. D’où la conception par l’architecte Silvio d’Ascia d’une sorte de galet plat – on pourrait aussi y voir une console design – contenant deux niveaux de commerces, habillé d’une résille en «peau de serpent ». Les jeux de niveau de la base, dédiée aux parkings, rattrapent les déclivités du terrain. L’ensemble dédié à la mode, à la déco et aux loisirs devrait ouvrir en 2016. 


2) Les Allées Shopping, comme un lodge dans la forêt bayonnaise (Sodec). On a vu des centres commerciaux installer un peu de végétalisation dans la minéralité urbaine. Schéma inverse pour le «méga-projet » de Sodec à Bayonne (70 000 m², 180 magasins dont 15 moyennes surfaces et un Auchan de 12 000 m²) qui devrait naitre dans la forêt au nord de l’Adour. Pas question, évidemment, de faire un monolithe de béton dans un tel contexte. D’autant que l’emprise étendue sur une trentaine d’hectares permettra de dessiner des parcours de santé. Oliver Rasquinet, directeur associé de Minale Design Strategy a imaginé le site «comme un lodge africain » dans son écrin de verdure. Ceinturé de structures évoquant des chevrons bois, le site en vaste ellipse (1,5 km de façade) s’ouvrira aussi, par une large baie côté food court, sur la chaîne des Pyrénées. Le dossier ayant toutes ses autorisations pour sa phase 1, son ouverture est annoncée fin 2016.

3) Cosmopolis, la (re)vision Club Store de Belle Epine (Klépierre). Les centres existants aussi méritent parfois une régénération par le design. C’est ce qu’a lancé la foncière avec son concept Club Store d’abord appliqué aux Passages de Boulogne l’année dernière. Ensuite mis en œuvre pour le centre neuf Carré Jaude II à Clermont-Ferrand. Le troisième et plus imposant opus est Belle Epine (140 900 m², 120 enseignes) ouvert en 1971 à Thiais, qui n’avait plus connu de restauration-extension depuis plus de 20 ans, et dont Klépierre est uniquement gestionnaire en prestation pour une copropriété. La rénovation des façades du site étant achevée, c’est l’intérieur du centre qui sera rythmé autour de 7 places revisitées. Dont celle des Fontaines avec ses images sur rideaux d’eau, du Théâtre, du Séquoia, du Manège en plus de la Grand’Place dédiée au food court. Investissement de 35 M€ pour une finalisation en novembre. Centre Bourse à Marseille en 2015, Besançon Pasteur et Colombia Rennes suivront. Selon une étude menée sur les Passages en avril, 95% des clients sont satisfaits du confort des nouveaux espaces et 43% passent plus de temps dans le centre «Club Storé ».  

Sauvons les vieilles pierres !

4) Les Docks de Marseille, écrin XIXe siècle pour shopping XXIe siècle (Constructa/ JP Morgan Asset Management). Ils sont tellement emblématiques de Marseille qu’ils ont inspiré la façade urbaine des Terrasses du Port récemment ouvertes. Construits vers les années 1860 selon le modèle des docks anglais et en pierre de Cassis, ils développent 365 mètres le long du Boulevard du Littoral. Constructa – groupe familial ayant notamment œuvré aux Etats-Unis – en partenariat avec JP Morgan Asset Management, est en train d’y «tailler » la place de 17 000 m² commerciaux pour 80 boutiques en investissant les rez-de-chaussée et les niveaux semi-enterrés. Le tout percé de pas moins de 52 portes (toutes agrandies en respectant le style architectural) s’ouvrira côté boulevard et côté de la vaste zone d’Euroméditerranée dont les salariés constitueront une clientèle d’hyper-proximité. Avec plus de 800 000 personnes à 15 mn. Les rénovateurs ne parlent pas de "centre commercial" mais de «life style village » déroulant concepts stores, commerces de créateurs et autres boutiques branchées sur les 365 mètres. Ainsi qu’une halle au marché de produits frais. Un «management festif » suivra un calendrier de quelques 30 événements par an. L’ouverture se fera en mars 2015.

5) Une maison de maître du XVIIIe siècle conservée pour la Promenade Sainte-Catherine (Redevco). Dans le cœur historique de Bordeaux la foncière mène une vaste opération de réhabilitation urbaine en installant du commerce, tout en «reconstruisant» de la ville. Ce qui lui donne l'occasion de sauver une bâtisse de XVIIIe siècle qui lui offrira un écrin commercial unique. A l’angle de la rue Margot, sur la place Sainte-Catherine, la structure conservera en effet ses cheminées et son escalier ancien. Mais présentera, du côté de l’ensemble commercial, une façade vitrée, comme un «plan de coupe » de l’édifice. Qui logera l’enseigne multimarques Blue Box sur quelques 1 000 m² et deux niveaux, dont la moitié dédiée à la marque Ralph Lauren. Voilà qui porte à 70% le taux des surfaces louées (avec 14 baux), pour cet ensemble de 19 000 m² avec 31 magasins. Dont Monop, Superdry, Swarovski, Lego, Hollister, J.D Sport, Izac. Pour une ouverture au second semestre 2015.  

De l’immobilier collaboratif

6) Mozaïk le centre commercial « co-imaginé » avec ses futurs clients (Cora). Sophie Bouriez, directrice du développement des galeries Cora parle de « centre commercial participatif » pour le projet de Mouscron en Belgique, à 3 km de la France. Un ensemble qui développera 28 000 m² dont un hyper Cora de 10 500 m², à l’initiative de Cora Belux (Belgique et Luxembourg où l’enseigne dispose de 9 magasins et 8 galeries). «Mozaïk, car ce centre s’adressera à une clientèle à la fois wallonne, flamande et française, continue-t-elle. D’où la consultation des futurs clients durant 9 mois, dans une quinzaine d’ateliers, en plus d’une étude qualitative auprès de 1 400 habitants. Ceci pour partir du besoin avant de penser à la solution ». Ainsi, à rebours de tout « effet waouh » si souvent mis en avant pour les vastes centres, les clients ont plutôt exprimé ici une attente pragmatique de centre à taille humaine et convivial dans un esprit de village. Permettant de faire ses courses «droit au but ». Traduction pour l’hyper : au lieu d’être en bout de galerie avec un seul côté ouvert comme souvent, il sera placé comme un noyau au cœur du centre avec de multiples accés le rendant ‘‘poreux’’ avec le reste des galeries. Certaines boutiques ouvrant à la fois côté hyper et malls. Mozaïk ouvrira à l’automne 2017.


7) Des fabricants aveyronnais co-initiateurs du centre de marques Viaduc Village. La première originalité du projet est de se trouver à la sortie de l’A 75 en direction du viaduc de Millau. Son autre spécificité est de ne pas être porté par un spécialiste de l’outlet, mais par l’investisseur Etche, auquel se joignent, à parité, une dizaine de fabricants de l’Aveyron. Dont Laguiole, la ganterie Fabre, les cuirs Mac Douglas, la marque de prêt-à-porter Catherine André. Situé près de l’authentique village de templiers de la Cavalerie, le site de Viaduc Village empruntera à la fois aux matériaux de construction locaux et aux structures métalliques de l’ouvrage d’art pour son architecture contemporaine. La première phase prévoit une quarantaine de boutiques pour 6 000 m². Les initiateurs veulent tirer parti des 15 millions de visiteurs annuels du viaduc ; des 9 millions de flux de véhicules de l’autoroute ; des 500 000 habitants d’une zone de chalandise peu équipée. Et aussi des 5 millions de touristes étrangers visitant le Languedoc-Roussillon.  Le projet purgé de tous recours depuis une quinzaine de jours et bénéficiant de l’ouverture dominicale devrait ouvrir au 2e semestre 2015.

    
Mieux que vert, agricole !

8) Des coopérateurs agricoles dans le retail-park Parc Saint Paul (Apsys). Parmi les occupants des 27 000 m² ouvrant le 8 octobre prochain à Saint-Paul-lès-Romans (26) on trouvera la coopérative Vercors Lait. Traitant le lait issu de troupeaux élevés sur le parc naturel régional du Vercors les coopérateurs vendront leurs produits fromagers, mais aussi des légumes en direct dans un espace de 250 m². Parc Saint Paul, deuxième retail park signé par Apsys va aussi héberger le spécialiste espagnol du sport Decimas et le restaurant Buffalo Grill pour la première fois dans ce type d’immobilier commercial.

9) Le jardin éducatif et les potagers de B’Est (Codic). Comme son nom l’indique le projet se trouve dans l’est à Farébersviller (57), entre Metz et Strasbourg à 20 km de la frontière allemande. «Dans une zone où l’on trouve plusieurs villes moyennes de 10 à 20 000 habitants de taille insuffisante pour constituer une offre de centre-ville » précise Christophe Sirot, directeur général de Codic. D’où l’installation d’un ensemble de 55 000 m² avec 80 boutiques et moyennes surfaces, installant un Carrefour de 8 000 m² (enseigne absente dans un rayon de plus de 30 km). Mais dans une architecture « douce et à taille humaine » cohérente avec le voisinage d’habitat individuel  situé dans un paysage boisé et vallonné. Le site intégrera ainsi des bâtiments de gabarit bas, pour donner une perception à échelle piétonne, éloignée de tout gigantisme. Avec des façades de bois et 22 000 m² de toiture végétalisée. Et surtout un «Jardin sans limite » d’un hectare à usage éducatif après des équipes scolaires, ainsi qu’une aire potagère à l’usage des habitants riverains. Ouverture en 2017.

10) O’Tera, le spécialiste du circuit court qui veut aller loin. Beaucoup plus de restauration que de commerces parmi la dizaine d’exposants du Village des Nouveaux Concepts de ce dixième Siec. Cependant l’étal de fruits et légumes de O’Terra apportait sa note de fraîcheur dans les allées du salon. Le réseau de magasins indépendants spécialistes des produits frais en circuits court cherche en effet des opportunités sur l’ensemble du territoire. Principe : une offre simplifiée à 500 références couvrant 85% des besoins en produits frais, avec pour la majorité des gammes, un seul intermédiaire entre le producteur et le magasin, un seul produit par besoin, et un seul producteur par produit. L’essentiel de l’offre venant d’agriculteurs ou entrepreneurs locaux. Sauf pour certains besoins (oranges, bananes, etc.) de production forcément plus éloignée. Pour le moment l’enseigne lancée en 2006 par Mathieu Leclerc (le fils du créateur de Décathlon) compte deux magasins à côté de Lille. En attendant les deux suivants à Saint-André dans la métropole lilloise en septembre et Valenciennes un an plus tard. «Nous sommes dans le schéma inverses de l’épicerie fine, plaisante Guillaume Steffe, le directeur général et co-gérant d’O’Tera. Nos gros volumes, donc nos gros chiffres, nous permettent d’écraser les marges et de vendre à prix attractif ». L’enseigne ouverte à la fois au développement en franchise ou succursaliste estime pouvoir germer dans une trentaine de grandes agglomérations françaises. Et n’exclut pas un développement hors de nos frontières.
 
Les artistes mettent leur grain de sel !

11) Mises en lumière et en eaux pour the Waves (la Compagnie de Phalsbourg). Yann Kersalé, l’artiste de la lumière ayant notamment travaillé à l’éclairage nocturne du musée du Mucem à Marseille ou de la Tour Agbar conçue par Jean Nouvel à Barcelone, va ajouter le projet the Waves au sud de Metz à ses oeuvres. Avec notamment une mise en lumière des allées, des arbres et du parking central paysagé. Un lac étant intégré au coeur de ce parc commercial (61 000 m²) on y trouvera un amphithéâtre accessible par une passerelle. Du théâtre de rue sera organisé en partenariats avec des festivals locaux  Et même des jeux d’eaux reprenant la légende messine de Saint Clément terrassant le démon Graoully. Lever de rideau en octobre.

12) Philippe Starck personalise Central Parc Valvert (Compagnie de Phalsbourg). Ce n’est pas forcément là que l’on attendait le célèbre artiste ! Dans le prolongement de la zone de la Croix-Blanche, cet ensemble lauréat du concours lancé par la Communauté d’agglomération du Val d’Orge (91) développera 85 000 m² au cœur d’un espace vert de plus de 6 hectares au Plessis-Pâté. Le commerce s’organisera autour du parc en quatre grandes composantes dédiées au sport, à l’équipement de la personne et de la maison. Complétées d’une «Fashion Avenue » dévolue à des boutiques de mode et déco. Au côté des architectes Antonio Virga et Vincent Parreira concepteurs de l’Atoll à Angers, Philippe Starck ajoutera sa note ludiques dans le mobilier urbain et des objets de son cru, tels qu’observatoires pour les oiseaux dans les arbres. Ouverture en 2018.

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