DRH, un expert ès hommes

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Accompagnateur des changements sur le terrain, il marche main dans la main avec la direction générale. Mais pas seulement. Il joue aussi le rôle de régulateur social. En tout cas, il est devenu indispensable.

Lorsqu'il retourne dans l'usine où travaille son père comme simple ouvrier, Franck, frais émoulu d'une grande école de commerce, est chargé de mettre en place les 35 heures... et un plan de licenciement. L'histoire, racontée merveilleusement par Laurent Cantet dans le film Ressources humaines, illustre bien l'ambivalence de la fonction de directeur des ressources humaines (DRH). Partenaire de la direction ou véritable régulateur social ? Les deux, même si les avis restent partagés. « Le DRH a été repositionné dans les années 2000 comme un "business partner", déplore Agnès Avril-Conway, ancienne DRH, notamment chez Danone et désormais consultante. Il travaille main dans la main avec la direction, mais sa fonction tiers, qui lui donnait autrefois du recul et un côté régulateur social, lui a été progressivement enlevée. » Un avis que ne partage pas Jean-Christophe Scriberras, président de l'Association nationale des DRH (ANDRH) et directeur des ressources humaines de Rhodia. « Le DRH intervient comme soutien du management, mais aussi comme un régulateur vis-à-vis des salariés, qui ont des attentes en matière de ressources humaines, et parfois de manière confidentielle » rappelle-t-il.

 

Un acteur de la stratégie de l'entreprise

Toujours est-il que les ressources humaines sont aujourd'hui au coeur des préoccupations des directions générales des grandes entreprises. « En faisant partie quasi systématiquement du comité exécutif, la fonction RH est jugée actrice de la stratégie de l'entreprise », précise David Yana, associé chez Deloitte qui vient de réaliser un baromètre sur la gouvernance RH. Pour Nathalie Drouet, DRH de Celio, siéger au comité exécutif est « non négociable ». Pour bien connaître le monde du commerce - elle a travaillé chez Virgin -, elle sait combien le DRH doit se battre pour asseoir sa légitimité : « La fonction doit agir comme un vrai levier de performance dans l'entreprise. Elle doit bien évidemment prendre en compte les aspects humains, mais sa légitimité passe aussi par la maîtrise au global des enjeux financiers. Par exemple, sur l'alternance, un DRH doit nécessairement intégrer dans sa réflexion la valeur ajoutée en matière de création de pépinière de talents mais aussi les impacts financiers en cas de non-respect des quotas légaux et le coût que représente le suivi qualitatif de ces contrats. »

 

Comprendre les mécanismes du commerce

Pendant longtemps, surtout dans le domaine du commerce, la fonction était considérée comme accessoire. « C'était un métier d'accompagnement de la croissance, pendant les années où les réseaux de magasins se développaient. La mission pouvait être occupée par le directeur régional ou cumulée avec la direction générale, assure Édouard-Nicolas Dubar, associé du cabinet Job Dubar Associés. Le DRH était un peu considéré comme un Ovni, quelqu'un d'idéaliste... » Au tournant des années 2000, les structures deviennent plus compliquées : expansion des magasins à l'étranger, fermetures en France, baisse des rémunérations avec la crise. « Les DRH commencent alors à travailler sur la mesure de la performance, poursuit Édouard-Nicolas Dubar. Et les enseignes essaient d'améliorer leur potentiel de recrutement. » Le métier gagne alors en envergure. « La fonction est de moins en moins technique, confirme Nathalie Drouet. Toujours expert, le DRH participe désormais, et surtout, au développement de l'activité en maîtrisant et en optimisant les charges sociales. » Et il y a de quoi faire, tant le législateur rivalise d'imagination pour sortir de nouvelles contraintes sociales. « Le métier s'est beaucoup complexifié », souligne Édouard-Nicolas Dubar. Les équipes se sont dès lors étoffées et réparties les tâches entre les ressources humaines et les relations sociales. Là encore, il peut y avoir plusieurs profils de DRH. Les uns se veulent davantage experts, tournés vers le terrain ; les autres sont plus « business », focalisés sur la transformation de l'entreprise et partenaires de la direction générale.

 

L'industrie, un profil séduisant

Dotés de profils plus généralistes, les DRH se vendent mieux quand ils veulent bouger. Les transferts entre enseignes sont courants. Récemment, une DRH de Carrefour, Cécile Cloarec, est passée chez Monoprix. Et les profils venus de l'industrie intéressent davantage les enseignes de distribution : ces DRH-là ont souvent menédes plans de réduction d'effectifs. Une compétence recherchée dans le monde du commerce. La DRH de la Fnac ne vient-elle pas de Nestlé ? L'une de ses premières actions sera d'appliquer un Plan de sauvegarde de l'emploi...

NATHALIE DROUET, DRH DE CELIO (3 500 SALARIÉS)

« Un DRH n'a de légitimité que s'il contribue au résultat de l'entreprise »

  • LSA - En quoi le métier de DRH a-t-il changé ?

Nathalie Drouet - Ce n'est plus un métier d'expert. Un DRH n'a de légitimité que s'il contribue au résultat de son entreprise. Il peut être très orienté relations sociales, développement RH ou administration du personnel mais il doit avant tout comprendre l'activité économique et sociale de son entreprise. Ainsi, dans le retail, nous sommes passés d'une époque où la mission principale des ressources humaines était de répondre aux besoins massifs de recrutement à une époque où il s'agit d'attirer et de fidéliser les meilleurs talents ! Mais il y a autant de type de DRH que d'entreprises. Le facteur principal étant de savoir quelle est l'importance donnée aux RH.

  • LSA - Comment cette importance se concrétise-t-elle ?

N. D. - La fonction doit être présente au comité de direction. Cela est nécessaire mais pas suffisant pour positionner son rôle. Elle doit démontrer sa légitimé en faisant des ressources humaines un levier de performance pour l'activité. Si une enseigne n'est pas capable d'avoir les bonnes personnes aux bons endroits et au bon moment, cela aura, de facto, des conséquences sur le chiffre d'affaires. De même, une fonction RH qui ne peut analyser et piloter les composantes de la masse salariale perdra en légitimité.

 

Il faut du courage pour exercer ce métier. C'est une fonction plus risquée et plus exposée qu'avant. Il est absolument nécessaire que le DRH soit membre du comité exécutif pour être associé en amont aux décisions stratégiques.

Jean-Christophe Scriberras, président de l'Association nationale des DRH (ANDRH)

 

SES MISSIONS

ADAPTER rapidement l'organisation interne aux transformations dans un contexte social mouvant.

AMÉLIORER le potentiel de recrutement de l'entreprise.

ANIMER le comité de direction dont il est le plus souvent membre. Le DRH défend les valeurs de l'entreprise et fait le lien entre les différentes fonctions.

NÉGOCIER les accords avec les partenaires sociaux.

 

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Article extrait
du magazine N° 2217

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