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EDITORIALIndustriels et distributeurs sur le banc des accusés

Edito_Yves_puget

Tout ça pour ça ! Pourquoi le Premier ministre, François Fillon, a-t-il réagi aussi vertement à l'enquête de « 60 millions de consommateurs » ? Pourquoi a-t-il décidé d'envoyer les enquêteurs de la DGCCRF dans les hypers et supermarchés après la publication d'une enquête sur les hausses de prix... des cybermarchands ?

« Opération coup de poing », « plan de bataille », « liste noire », distributeurs et industriels sont mis sur le banc des accusés, voire au ban de la société. L'association de défense des consommateurs n'est pourtant pas en cause. Elle joue pleinement son rôle. Non, l'étrange est ailleurs. Il est dans le manque de recul, dans l'absence d'analyse de ladite enquête.

Le commerce électronique alimentaire totalise, au mieux, l'équivalent du chiffre d'affaires du 10e hypermarché français. Il n'est en rien représentatif. De plus, ses comptes d'exploitation dépendent plus que d'autres formats de vente du coût du gazole, la concurrence y est moins rude, les promotions plus rares.

Pour toutes ces raisons, et bien d'autres encore, l'enquête de « 60 millions de consommateurs » ne peut être généralisée à l'ensemble de l'alimentaire. Bien sûr, il n'est pas question de nier l'évidence. LSA relate la hausse du coût des matières premières depuis mai 2007 et le retour de l'inflation depuis octobre.

En revanche, il convient de modérer les effets d'annonces et les surenchères médiatiques. Car, si les consommateurs ont parfaitement retenu les 40 % de hausse annoncés par «60 millions de consommateurs» (sur quelques références et sur le Net), ils ne se retrouvent toujours pas dans les indicateurs officiels, ceux qui annoncent une inflation moyenne de 2 à 3 %.

Le mal est fait, le doute est là. Certes, le gouvernement se doit d'assurer la stricte application de la loi. Ce qu'il fait en poursuivant les ententes. Il lui incombe aussi de réviser les textes et d'en proposer de nouveaux. C'est pourquoi, dans les prochaines semaines, il pourrait accorder la négociabilité des tarifs, réformer la loi Raffarin ou créer une Haute Autorité de la concurrence.

Mais il ne peut se substituer à l'économie de marché. Il ne lui revient ni d'imposer les prix de vente consommateurs ni de fixer les marges des industriels et des distributeurs. Encore moins d'affoler les Français. Même à quelques jours d'une élection municipale qui paraît bien mal engagée pour la majorité présidentielle...

Yves Puget, rédacteur en chef
ypuget@lsa.fr
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