Drôle de paiement

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©Bernard Martinez
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L'annonce est tombée il y a quelques semaines. La Commission nationale de l'informatique et des libertés a autorisé Banque Accord, filiale d'Auchan, à tester pendant six mois un dispositif de paiement avec authentification biométrique utilisant le réseau veineux du doigt ! Cette décision - lire pp. 10 à 13 - n'a rien d'anecdotique. Elle confirme que les moyens de paiement amorcent leur révolution. Au Japon, le téléphone portable devient monnaie courante. Dans quelques magasins Edeka en Allemagne, les empreintes digitales ont remplacé les cartes bancaires. On passe de la science-fiction à la réalité, on quitte les laboratoires et les magasins pilotes pour entrer de plain-pied dans le monde réel.

"Auchan va tester un dispositif de paiement utilisant le réseau veineux du doigt

Mais la partie n'est pas gagnée d'avance. Les puces ne vont pas terrasser pièces et billets en quelques mois. Tous les sondages le montrent, les consommateurs apprécient les petites coupures, et rien ne dit qu'ils voudront s'en passer. Quant au passé, il atteste que le chèque n'a pas tué les pièces, et que les cartes bancaires n'ont pas évincé les chèques. À chaque fois qu'une nouvelle solution est apparue, elle s'est additionnée aux autres. En revanche, des idées annoncées comme miraculeuses disparaissent aussi vite qu'elles sont venues, et d'autres, tel le porte-monnaie électronique, peinent à s'imposer.

Finalement, ceux qui veulent tout chambouler ne doivent pas oublier qu'il revient aux distributeurs d'investir ou non, et aux consommateurs d'accepter ces nouvelles pratiques ou de les rejeter. Les commerçants, par exemple, perçoivent que le paiement biométrique ne fait pas simplement gagner quelques précieuses secondes en caisses. Il permet aussi de réduire les paiements en espèces - très coûteux en gestion -, de diminuer les commissions interbancaires, encore trop lourdes, de fidéliser ses clients et d'en recruter de nouveaux. Dans ces conditions, il est possible de parler de retour sur investissement. Dans la grande distribution, les nouvelles technologies ne peuvent s'imposer que si elles sont rentables. Les comptes d'exploitation d'un magasin ne laissent pas de place à la moindre « fantaisie ». Et la rentabilité se cache parfois là où elle n'était pas attendue. Celle du scanning ne provient pas uniquement de l'accélération du passage en caisses, et celle des étiquettes électroniques de gondoles de la seule suppression du papier.

Ensuite, il faut que les clients soient convaincus. Pendant des années, ils n'ont pas compris pourquoi des enseignes ont tenté de remplacer les vendeurs par des bornes. La technologie n'était pas prête, les Français non plus. Aujourd'hui, les avantages du paiement sur mobile ou les gains de systèmes sans contact sont évidents. Si les offres sont sécurisées, simples, et apportent de réels services, les consommateurs deviennent des technophiles. Pour les magasins précurseurs, les gains sont autant financiers que commerciaux. Mais, dans le cas contraire, si les premières tentatives des clients s'apparentent à un parcours du combattant, ils se braquent et se transforment en technophobes. Au risque, pour les commerçants, d'investir en pure perte et, au pire, de perdre leur clientèle. YPUGET@LSA.FR

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Article extrait
du magazine N° 2138

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