Drôles de jeux [édito de la semaine]

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EDITORIAL La négociation commerciale n’est pas un jeu. Elle ne prête ni à rire ni à amusements ou autres moments de distraction.

YVES PUGET EDITO

Pourtant, les multiples déclarations de ces derniers – l’Ania qui demande une audience au Premier ministre, l’Ilec qui envoie une lettre ouverte à Emmanuel Macron… – laissent à penser que chacun joue un rôle, affirme sa posture. Sur son blog, Michel Édouard Leclerc va jusqu’à parler d’acteurs, de mise en scène et d’un feuilleton annuel joué et même surjoué. Il est vrai qu’en se renvoyant ainsi les arguments par tribunes, lettres ou médias interposés, les professionnels donnent un bien triste spectacle et offrent une déplorable image de leur secteur.

D’un côté, le consommateur trouve des affichettes dans les rayons justifiant une rupture par le refus d’une grande marque de baisser ses prix ; une fois chez lui, ce même consommateur, devenu téléspectateur, entend au journal de 20heures que les distributeurs « étranglent » leurs fournisseurs. Que doit-il penser ? Qui doit-il croire ? Doit-il raisonner comme un salarié (et donc se mettre du côté des industriels), ou penser comme un acheteur (et donc se rallier à la cause des distributeurs) ? Généralement, il ne se pose même pas la question !

Car même si les arguments des uns et des autres sont souvent justes et les inquiétudes réelles, il n’en demeure pas moins que le grand public ne comprend pas grand-chose de ces drôles de jeux – voire jeux de rôle – diffusés en prime time et pourtant destinés à quelques initiés. C’est un peu comme si, dans notre univers, les articles de la presse professionnelle étaient rédigés par les voix off des Z’amours ou d’Une famille en or.

Désolé de cette facilité éditoriale, mais les commentaires négatifs sur les négociations commerciales, en cours ou à venir, sont probablement plus anciens que la création Des chiffres et des lettres à la télévision. Bien sûr, pour certains, la négociation commerciale s’apparente au Bigdil ou à Qui veut gagner des millions. D’autres, qui n’demande[nt] qu’à en rire, s’estiment Au pied du mur ou en Zone rouge. Pour eux, c’est À prendre ou à laisser. Ils ne veulent pas être le Maillon faible. L’objectif étant toujours de trouver le Juste Prix.

Finalement, la «négo» tient plus de Money drop. Au départ, tout le monde rêve de gagner le pactole; au fur et à mesure, l’argent passe à la trappe, et bien peu de joueurs repartent avec quelques euros en poches. Il n’en est pas autrement avec la guerre de prix qui sévit actuellement puisque les marges, présentes au premier rendez-vous dans les box d’achat, finissent pas disparaître dans une valse des étiquettes dévastatrice. Mais ici, même si La France a un incroyable talent, on arrête de jouer. Chez les industriels comme chez les distributeurs, il est question d’entreprises et donc d’emplois. Il est grand temps d’avancer sans fard ni artifice. Il faut descendre des plateaux télé et des studios radio pour trouver des solutions, renouer le dialogue et ouvrir des chantiers constructifs. Car, après le temps des invectives et du lobbying, une fois la loi Macron votée, viendra forcément le temps de la construction de l’assortiment et de l’animation des magasins. Tout en respectant les règles… du jeu.

En se renvoyant les arguments par tribunes, lettres ou médias interposés, les professionnels donnent un bien triste spectacle.

 

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Article extrait
du magazine N° 2365

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