Du répit pour Lars Olofsson

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Après la scission de Dia, entérinée par l'assemblée générale des actionnaires, Lars Olofsson a été nommé PDG. Une « promotion » en forme de pression supplémentaire : c'est à lui de remettre Carrefour d'aplomb.

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Lars Oloffson se dit serein et certain d’avoir fait les bons choix, et ce malgré l’inquiétude des salariés.

Petite bouffée d'air pour Lars Olofsson ?

Peut-être même pas. Certes la scission de Dia a été approuvée à 77% par l'assemblée générale des actionnaires, qui s'est tenue la semaine dernière à Paris, mais le cours de Bourse de Carrefour reste, lui, toujours désespérément bas, aux alentours de 27 €. De quoi satisfaire ni Colony Capital, ni Bernard Arnault, les deux principaux actionnaires du groupe, entrés au capital en 2007, quand l'action pointait à... 53 €. Et que dire de sa nomination au titre de PDG de Carrefour et non plus de simple directeur général, la principale surprise du chef, annoncée dans la foulée de l'AG ? « C'est une fausse promotion, réagit un analyste. Cela ne change rien à ses attributions, mais c'est une manière de l'exposer bien davantage. Plus que jamais, il est le dernier des fusibles, si jamais l'aventure tourne mal, car c'est Sébastien Bazin, de Colony, qui prend la vice-présidence. La pression risque d'être maximale, sans plus avoir Amaury de Sèze, qui était jusqu'alors président du conseil d'administration, pour faire tampon entre l'opérationnel et l'actionnaire. »

Pour autant, Amaury de Sèze, avant de quitter la présidence, - mais il reste toutefois administrateur - s'est échiné à déminer le terrain devant Lars Olofsson. Sur l'air du « il faut donner du temps au temps », il n'a eu de cesse, au pupitre de l'assemblée générale, de répéter que Carrefour s'était lancé, en 2009, dans un vaste plan de transformation courant jusqu'en 2012. En clair, le groupe est au milieu du gué, et il ne serait pas très malin de tout vouloir changer maintenant. En apparence, le cap de la cession de Dia franchi (voir encadré), Lars Olofsson vient de grappiller un peu de répit, avec des actionnaires pour un temps calmés.

Un plan de transformation en marche

- Réduction des coûts. 1,3 milliard d'euros d'économies réalisés sur les 1,5 milliard budgetés pour la période 2009-2012.

- « Réinvention » de l'hyper. 40 Planet en France à la fin 2011, 92 en Europe, pour un objectif final à 241 magasins fin 2013.

- Renouvellement de l'offre. Refonte de 5 000 produits MDD ainsi que 1 500 lancements en 2011, avec pour objectif, sans fixer d'échéance, de porter la part des MDD de 25 à 40%.

Économies et sérénité

Reste donc les questions commerciales à régler. Pas le plus simple, on s'en doute. Ainsi, si les aspects économiques ont l'air en bonne voie, via les plans d'économie sur les coûts, les stocks et les achats, il convient encore de prouver sa capacité à réinventer l'hyper, mais aussi à restaurer un climat de sérénité en interne. Deux tâches ardues. Concernant Carrefour Planet, Lars Olofsson avance un chiffre d'affaires moyen en hausse de 10,9% pour les premiers magasins pilotes, à fin mai, et des débits en croissance de 10,2%. Plutôt de bons résultats, donc, mais qui doivent être confirmés dans des mesures à plus grande échelle avant de s'enthousiasmer réellement.

Quant à la sérénité... « La confiance a disparu à l'intérieur de l'entreprise, a ainsi réagi un représentant FO, lors de l'assemblée générale. Les projets ne fonctionnent pas et perturbent les équipes. » Des propos durs, suivis d'autres qui le sont davantage encore, et soulignent le gouffre d'incompréhension qui semble s'être creusé chez Carrefour : « Le conseil d'administration et le directeur général Olofsson ont échoué, il est temps qu'on les remplace. » Un sentiment de défiance renforcé par l'importance de la manifestation, à l'extérieur de la salle où se déroulait l'assemblée générale.

Chiffres

+10,9% La croissance moyenne des ventes des Carrefour Planet pilote, à fin mai 2011.

+10,2% La croissance moyenne des débits observés dans les premiers Carrefour Planet, à fin mai 2011.

40% L'objectif de part de marché des MDD Carrefour, en valeur, contre 25% aujourd'hui. Sans que l'échéance soit pour autant fixée.

Source : Carrefour

La colère des salariés

Plusieurs centaines de salariés du groupe ont fait le déplacement pour faire valoir leur colère. « Aujourd'hui, c'est Dia, demain, c'est quoi ? se demande ainsi une salariée du magasin Carrefour de Mondeville. Je ne reconnais plus mon entreprise. Il y a en permanence des nouveaux projets (NDLR : nouvelle organisation des équipes, systèmes informatiques). On n'a pas le temps d'en finir un qu'un autre arrive. Les départs ne sont plus remplacés, le turnover est très important. » Même son de cloche désabusé chez les cadres. « Carrefour a tout fait d'un coup, changer l'informatique et les conditions de travail. Le manager ne commande plus, il subit ce qu'il reçoit. »

En substance, Lars Olofsson explique que tout changement implique forcément de genre de réactions. Mais il affirme être serein, car certain d'avoir fait les bons choix. « Le cap est fixé, la barre est tenue, avance-t-il d'une envolée lyrique pourtant rare chez lui. Il y a encore des étapes à franchir, sans doute encore du vent contraire, voire des tempêtes à affronter, mais vous pouvez compter sur ma détermination, mon énergie et mon ambition. » Autant de qualités qui ne seront pas de trop pour remettre Carrefour d'aplomb.

 

Dia Espagne

L'INTRODUCTION DE DIA EN BOURSE S'ANNONCE BIEN

« Nos estimations situent la valeur de Dia à 3,2 milliards d'euros, soit 6,8 fois l'Ebitda, un ratio en ligne avec la moyenne du secteur », explique Marta Diaz de la Cuerda, analyste de BancSabadell à Madrid. Selon elle, postérieurement à l'opération du 5 juillet et moyennant le respect d'autres critères (freefloat, transactions quotidiennes), la chaîne de discount ne devrait pas avoir de problème pour intégrer l'Ibex35, principal indice boursier madrilène, en 25e position. Malgré les mauvais résultats enregistrés en Espagne (où les ventes 2010 ont été inférieures à celles de 2008), Marta Diaz de la Cuerda est optimiste et considère que « le poids Edes pays émergents dans l'activité évoluera selon les prévisions de la compagnie ». Ces quatre pays, Brésil, Argentine, Chine et Turquie, représentaient l'an dernier 22% des ventes mais, et c'est l'un des principaux arguments du directeur général de l'enseigne, Ricardo Currás, pour « vendre » la sortie en bourse à ses compatriotes, leur poids atteindra 30% en 2013. Avec, à la clé, une rentabilité plus élevée qu'en Espagne ou au Portugal.

ARMAND CHAUVEL

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Article extrait
du magazine N° 2189

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