Marchés

DVD : enfin le démarrage !

L'heure du Digital Versatil Disc a enfin sonné. Editeurs et fabricants de matériel vidéo ont fini par s'entendre sur un standard qui sera à la vidéo ce que le CD fut au 33 tours. A condition de donner du temps au temps.

Ils sont venus, ils sont - presque - tous là : aucun fabricant ou éditeur de matériel vidéo n'a manqué à l'appel du Digital Versatil Disc, autrement dit le DVD, qui, depuis deux ans, commençait à prendre des allures d'Arlésienne, gênée aux entournures par des problèmes de standard de compression numérique (et accessoirement de royalties). Entre le codage sonore MPEG 2, défendu par Philips, et le codage dolby AC3, le choix pour l'Europe s'est finalement porté sur le premier sachant que la majorité des lecteurs aujourd'hui disponibles jouent la compatibilité avec les deux systèmes. Si l'on y ajoute une offre en soft chaque mois un peu plus étoffée, éditeurs et constructeurs peuvent afficher leur optimisme, ce qui ne s'était pas produit depuis quinze ans et l'apparition du Compact Disc.

Des atouts pour redynamiser le marché

Révolution technologique comparable à celle constituée par le CD par rapport au disque vinyle, le DVD devrait marquer, si le public suit, l'avènement du home cinema. Un son entièrement numérique, une qualité d'image bien meilleure que celle de la cassette vidéo (500 lignes horizontales contre 250), une capacité de stockage sur une ou deux faces allant jusqu'à sept heures de programme, des menus multilingues - et sous peu interactifs avec choix de scénarios, jeux... -, un format de 12 cm identique à celui du CD audio, et des prix raisonnables (à moins de 5 000 F pour l'entrée de gamme des constructeurs, et aux alentours de 200 F pour les disques)... Bref, ce support présente tous les atouts susceptibles de redynamiser le marché de la vidéo.

Les quatre premiers mois de l'année ont vu la majorité des constructeurs présenter leurs lecteurs : Philips, ses DVD 930 et 730 ; Pioneer, son DLV 909 ; Toshiba, son SD 3107 R ; Thomson, son DTH 2000 ; Sony, ses modèles DVP S715 et S315 ; Panasonic, sa gamme A 350, A 150 et DVD L10 ; Samsung, son DVD 505 ; Sharp, son DVD 560 S. Sans oublier Denon (DVD 3000), Grundig (GDV 100 D) et autres Yamaha (DVD S 700). D'aucuns prétendent que l'apparition du DVD entraînera la mort du magnétoscope et de la cassette VHS. Sauf que, pour l'heure, le DVD n'est pas enregistrable et avant qu'il puisse l'être, il faudra au moins cinq ans. Voire plus, si l'on se réfère à la version enregistrable du CD audio, le CDR, disponible seulement depuis peu dans sa version grand public.

« La VHS a encore un bel avenir devant elle, reconnaît Jean-Paul Commin, délégué général du Syndicat de l'édition vidéo. La France compte 17 millions de magnétoscopes et il s'en vend chaque année plus d'un million. Pour la seule année 1997, 60 millions de cassettes vidéo ont été écoulés, ce qui fait de la France le second marché en Europe derrière le Royaume-Uni. Mais s'il est vrai que dans un premier temps les trois marchés que sont la cassette vidéo, le Laser Disc et le DVD s'additionneront, on assistera sans doute par la suite à un glissement progressif vers le DVD. »

En fait, à moyen terme, seul le Laser Disc (LD) devrait pâtir de la technologie DVD. D'ailleurs, Pioneer, le seul fabricant à proposer aujourd'hui encore une offre LD, ne s'y est pas trompé et a conçu son DLV 909 comme un trois-en-un, pouvant lire aussi bien les DVD que les CD audio et les LD. Mais, outre de garantir aux possesseurs de lecteurs de LD qu'ils ne seront pas obligés de remiser leurs disques au grenier (l'an passé il s'est tout de même vendu environ un million de LD), Pioneer inscrit le DVD dans la continuité du Laser Disc, et considère de fait les possesseurs de ce type d'appareil comme des early buyers (autrement dit des fans de technologie se précipitant sur toutes les nouveautés) qui permettront au marché de prendre ses marques. Toutes les prévisions font état de 50 000 lecteurs de DVD vendus d'ici à la fin de l'année. Pour autant, si ce chiffre ne devait pas être atteint, il ne faudrait pas en tirer de conclusions définitives, pense Victor Jachimovitz, directeur des études et perspectives à la Fnac (cf. encadré). Plus optimiste, Thierry Rogister, directeur général de Gaumont Columbia Tristar Home Video (GCTHV), filiale de Sony, parle de 80 à 100 000 pièces, prévoyant de plus une forte proportion de clients qui s'équiperont de formats 16/9e pour la Coupe du monde et chercheront à optimiser les qualités de leur téléviseur via l'acquisition d'un DVD. Et de rappeler qu'aux Etats-Unis le DVD a mis moins de temps à démarrer que le CD audio.

Le catalogue se remplit

Mais le principal frein au décollage du DVD est ailleurs. En effet, à fin avril, on ne recensait qu'une quarantaine de films au catalogue des éditeurs, un chiffre qui devrait être porté à 250 au 31 décembre Warner a annoncé dix titres au mois d'avril, dont Batman et Robin, Mars Attacks ou Bodyguard ; GCTHV prévoit un rythme de quatre ou cinq titres par mois, parmi lesquels Jumanji et le Cinquième Elément. De son côté, Polygram annonce la sortie de Fargo ou encore Usual Suspect. Et Film Office, distributeur des Editions Montparnasse, programme une liste d'une vingtaine de titres, composée aussi bien de nouveautés (les Virtuoses) que de grands classiques (la Grande Vadrouille).

Mais, plus généralement, s'il est logique que les grands groupes jouent la synergie entre leurs pôles construction et édition (Sony/Columbia, Philips/Polygram), il s'agit plus de stratégie structurelle que de stratégie de marque, d'un impact faible dans le domaine du film. Ce qui explique que des éditeurs comme Buena Vista ou la Fox attendent de voir les premiers résultats du DVD avant d'alimenter à leur tour le marché.

Pourtant, la distribution ne cache pas son intérêt pour le DVD. L'écueil à éviter pour les enseignes étant de surévaluer le potentiel de ventes au départ. D'autant que les sorties simultanées de titres en VHS et en DVD ne devraient pas se faire avant l'année prochaine. Le travail de mise en place dans un premier temps sera donc déterminant. La crainte fut, un moment, comme l'explique un responsable d'Auchan, d'avoir des emballages d'une taille identique à celle des CD audio, ce qui aurait semé la confusion dans l'esprit du consommateur. Mais malgré le manque de concertation déploré par Film Office, il semble acquis que l'ensemble des éditeurs adoptera à peu de chose près un format un peu inférieur à celui de la cassette vidéo et bien moins épais. D'un point de vue plus global, qu'ils s'appellent Warner, Columbia ou encore Philips, chacun entend s'adapter aux spécificités de chaque type de revendeur, afin de proposer une présentation optimale de ses produits. Le but étant notamment d'établir un lien entre les rayons du hard et du soft par l'entremise de box et de PLV informatives dans les linéaires réservés au matériel. Dans ces conditions, on voit mal comment le consommateur pourrait résister longtemps aux sirènes du tout numérique et du home cinema, sauf à rester enfermé chez lui. Et encore...

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