E-courses au bureau : les tabous tombent

De plus en plus de salariés passent des commandes de leur lieu de travail. Certaines entreprises craignent une dérive, d'autres y voient, bien au contraire, un gain de temps.

L'innovation ne touche plus le seul domaine de la technologie. En matière sociale, certaines firmes commencent, enfin, à faire preuve d'imagination. À l'instar de quelques entreprises anglo-saxonnes telles Andersen Consulting ou PriceWaterhouseCoopers ou encore British Airways. Soucieux de fidéliser leurs salariés, ils développent des services de pressing ou de courses à domicile qui soulagent des corvées familiales. L'idée étant de leur épargner la course au supermarché bondé afin qu'ils puissent mieux se consacrer à leur mission dans le cadre de l'entreprise.

L'exemple le plus étonnant, en la matière, revient au cabinet de PriceWaterhouseCoopers. Sous la houlette de Pierre Schneider, associé en charge des relations humaines pour la firme, un programme a été mis sur pied afin de faciliter la vie de ces jeunes consultants toujours pressés et sous pression. Parmi les prestations offertes, ces derniers peuvent envoyer leur liste de courses par e-mail au service maison « 24*24 » qui s'empressera de leur livrer les marchandises dans le coffre de la voiture ou, tout simplement, à domicile.

Plus modestement, Microsoft France a créé, sur son intranet, un lien direct avec le supermarché Ooshop.com. Ce dernier a ouvert trois « points services », à Rungis, aux Ulis et à Vélizy, qui sont ouverts entre 16 heures et 20 h 30. Horaires qui permettent aux salariés d'aller rechercher leurs paquets après les heures de bureau. À moins qu'ils ne préfèrent se les faire livrer à domicile, moyennant, cette fois, le prix de la livraison.

Des pratiques encore souterraines

C'est d'ailleurs le choix que fait Cyril, web-designer chez Renault, qui préfère payer 79 F (12,04 EUR) par livraison, plutôt que d'avoir à grimper ses escaliers avec des packs d'eau. Ce jeune homme débourse pour chacun de ses chariots environ 500 F (76,22 EUR). « Je fais mes courses sur Ooshop.com une à deux fois par mois. Les prix ne sont pas moins chers qu'ailleurs. En revanche, je maîtrise mieux mon budget et ne passe plus mon samedi dans les supermarchés », confie-t-il. Seule ombre au tableau, il doit faire montre de discrétion lorsqu'il fait ses courses au bureau, à l'heure du déjeuner, car l'usage d'internet à titre personnel y est interdit. Comme dans bon nombre d'entreprises qui, à l'instar de Franfinances (filiale de la Société Générale) ou de 9 Telecom, font passer des circulaires pour rappeler à l'ordre leurs employés.

Cette réticence repose sur le fait que certaines directions financières ont vu auparavant leur facture télécom s'envoler en raison de quelques salariés indélicats, qui consacraient leurs heures de bureau à jouer sur internet ou à surfer sur des sites « roses ». Dans bien des cas, ces individus pris la main sur le clavier finissent par être licenciés au motif de « faute grave », avec la bénédiction des tribunaux.

« Libérer, enfin, les samedis après-midi »

Ce type de comportement est, de toute évidence, marginal. Et lorsque les internautes profitent de la pause déjeuner pour surfer, c'est bien souvent pour se libérer des soucis de la vie quotidienne. Comme cet attaché commercial de Franfinances, qui a pris le parti de surfer, en douce, durant le déjeuner ou après les heures de travail pour acheter ses CD sur le site de Amazon.com. En revanche, il prend soin de les faire livrer chez lui. À la différence de bien d'autres internautes qui profitent d'une commande à effectuer pour leur entreprise afin de se faire livrer discrètement leurs livres et disques au bureau.

Élise M. ne s'y risquerait pas. Même si son employeur tolère tout à fait qu'elle et ses collègues utilisent internet à des fins personnelles : « Nous surfons mais jamais durant les heures de travail. » Elle est passée maître dans l'art de dénicher les bons plans pour faire des économies. « Chaque semaine, je consulte le site Ecoliste. En partenariat avec les supermarchés Match, il propose des listes de courses promotionnelles. J'imprime la liste où j'ai sélectionné les produits dont j'ai besoin (confiserie, produits d'entretien, surgelés... ) et lorsque je passe à la caisse, je reçois des bons de réduction qui seront valables sur mes prochaines courses. Sinon, pour les grosses courses, je commande, une fois par mois, les produits les plus lourds sur le site de Ooshop.com. »

Sensible au fait que internet peut soulager la vie de ses employés, le fabricant de drapeau Doublet fait montre de philosophie. « Nous comptons ouvrir à chaque étage un poste sur lequel nos salariés pourront surfer pendant la pause du repas et faire leurs emplettes comme bon leur semblera », annonce Éric Delerue, responsable des relations humaines.

Une attitude que les entreprises auraient intérêt à suivre. « De toute manière, les mentalités évoluent, estime Christian Marchandise, directeur général de Télémarket. Sur l'ensemble des clients qui font leurs courses sur notre site internet, on peut estimer que 22 % d'entre eux passent leurs commandes depuis leur bureau et 19 % indifféremment soit de leur bureau soit de leur domicile. » À l'instar de cette jeune femme qui hésite désormais à surfer au bureau, sachant que sur le site intranet de son entreprise une note spécifie que l'usage d'internet doit rester strictement professionnel. « Pourtant, faire mes courses ne me prend que vingt minutes. Mes derniers achats sont enregistrés. Je n'ai plus qu'à rappeler ma liste en y ajoutant mes modifications. Quarante-huit heures après, Houra.fr me les livre dans le créneau horaire que j'ai choisi. » À chacune de ses commandes, cette maman dépense entre 800 et 1 000 F (121,96 et 152,45 EUR) par chariot. « J'achète tous les articles dont j'ai besoin au quotidien, en dehors des produits frais qui ne sont pas disponibles sur le site. Comme chaque produit est accompagné d'une photo et d'un commentaire, j'ai pu y acheter mon siège-bébé. Ce qui m'a épargné d'avoir à passer mon samedi après-midi dans les embouteillages. »

Favoriser la bonne ambiance de l'entreprise

Les chefs d'entreprise ne sont pas tous de bois face aux facilités que peut apporter internet dans la vie de leurs employés. Sachant que, lorsque les mères de familles ont la chance d'effectuer librement leurs emplettes, elles acceptent, en général, de finir un peu plus tard pour terminer un travail. En fait, c'est surtout dans le secteur des télécoms et de l'informatique que les patrons acceptent de fermer les yeux sur la manière avec laquelle leurs salariés utilisent internet. Pourvu qu'ils n'en abusent pas. « L'usage d'internet pour des raisons personnelles est officiellement interdit. Mais la direction aura tendance à se montrer plus souple dès lors que, pour des raisons pratiques en rapport avec leurs obligations professionnelles, certains de nos salariés éprouvent le besoin de faire leurs courses au bureau », explique Christophe Lechère, directeur marketing du site de recrutement Stepstone.

La direction de Virgin Cola France fait montre de beaucoup plus de tolérance. « Chez nous, l'ambiance est assez décontractée. Nous avons un accès illimité à internet mais nous prenons soin de ne pas en abuser », souligne Claire Brugano. Cette Parisienne travaille au service financier du groupe à Boulogne-Billancourt. « Les supermarchés de proximité y sont chers et je n'ai pas de voiture pour aller dans les grandes surfaces. Du coup, j'apprécie d'avoir accès au site de Cmescourses.com, qui me livre dans les six heures. » La jeune femme consacre, au moins une fois par mois, un budget d'environ 600 F (91,47 EUR) à l'achat de ses produits du quotidien mais également des cassettes vidéo. « Pour moi, c'est vraiment un gain de temps et d'argent. » Une tendance qui pourrait rapidement se confirmer. En Grande-Bretagne, de plus en plus d'entreprises installent déjà des locaux de réception pour les commandes de leurs cybersalariés. Y compris Marks & Spencer

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Article extrait
du magazine N° 1691

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