E.Leclerc lance son propre étiquetage nutritionnel mais seulement “on line”

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E.Leclerc entre dans le débat de l’étiquetage nutritionnel, basé sur des produits “étoilés”, pour ses marques de distributeurs. Un système en concurrence avec celui de Marisol Touraine et de la FCD…

Frédéric Gheeraert, directeur général de la Scamark, chargé de la mise en oeuvre de Nutri Mark, et Michel Edouard Leclerc, président du groupe éponyme, le 18 mai 2016, à Ivry en région parisienne
Frédéric Gheeraert, directeur général de la Scamark, chargé de la mise en oeuvre de Nutri Mark, et Michel Edouard Leclerc, président du groupe éponyme, le 18 mai 2016, à Ivry en région parisienne© Sylvain Aubril

Conférence de presse surprise, avec un thème vague, “agroalimentaire”, hier, de Michel-Edouard Leclerc, au siège du Galec à Ivry, dans la région parisienne. Et sans la presse nationale, uniquement la presse “pro”. Cession, rachat d’usines ? Non, il s’agissait de nutrition - ce qui assurément ne déplace pas spontanément les foules médiatiques. E.Leclerc voulait présenter son tout nouvel étiquetage nutritionnel. Il entend jouer les troubles fêtes face aux codes couleurs du vert au rouge souhaités par le Pr Hercberg - l’homme qui imposa le Programme national Nutrition Santé (PNNS), et la ministre de la Santé Marisol Touraine. Et face également au système moins “stigmatisant” de la FCD, avec un étiquetage basé sur quatre indicateurs, sans le rouge qui ferait fuir le consommateur, mais E.Leclerc n’est pas un adhérent de la FCD...

“Nous voulons nous inscrire dans le débat sur l’étiquetage nutritionnel, quelques soient les aléas politiques, a précisé Michel-Edouard Leclerc. Au sein même du gouvernement, il y a des divergences. La ministre de la Santé, Marisol Touraine est inflexible, Stéphane Le Foll est contre l’étiquetage choisi, Bercy n’est guère enthousiaste à l’idée de “stigmatiser l’industrie”, la FCD a proposé un système alternatif, l’Ilec ou l’Ania ont leurs propres idées. Nous avons choisi un autre modèle, qui ne soit pas stigmatisant pour les industriels, et que les consommateurs peuvent comprendre facilement”.

Un système baptisé Nutri Mark

L’étiquetage choisi par E.Leclerc existe déjà, il est en vigueur en Australie et en Nouvelle-Zélande. En fonction des valeurs nutritionnelles, il attribue un certain nombre d’étoiles. L’aliment le plus équilibré en obtient cinq, le moins équilibré n’en a qu’une. Chaque étoile comporte elle-même deux notes - 1 ou 1,5, 2 ou 2,5, etc. Le calcul savant est réalisé en fonction de la composition du produit - sucre, gras, sel, protéines, etc. Le tout en gris, sans code couleur et donc sans la fameuse couleur rouge que refusent obstinément les industriels et les enseignes pour leurs marques de distributeurs. E.Leclerc l’a baptisé “Nutri Mark”.

Assurément, le système est compréhensible par le consommateur. On laissera aux scientifiques le soin de juger de sa pertinence sur l’échelle des notes, mais le résultat pour chaque produit ne serait pas très différent de l’échelle des codes couleurs souhaitée par le ministère de la Santé. Et il semble plus précis et plus facilement compréhensible que l’étiquetage de la FCD. E.Leclerc va le tester sur ses propres marques, Repères et Eco+, sur 3 000 produits proposés dans 100 drives dans un premier temps, afin de pouvoir établir des comparaisons sur les effets de cette information sur les ventes et surtout la réaction des consommateurs, qui sera rendue publique.

Eviter le coût d’étiquetage des produits tout en informant en ligne

Il s’agit d’un système pertinent, scientifiquement solide, simple à comprendre, pas culpabilisant, bien visible et pédagogique”, soutient le directeur général de la Scamark, Frédéric Gheerarert, à la manoeuvre pour soutenir la nouvelle idée du groupement. Mais pourquoi uniquement en drive et surtout sans étiqueter les produits eux-mêmes, mais seulement via une information sur chaque produit à la vente en ligne ? Le choix est économique. Le simple test du stickage des produits en codes couleurs “Hercberg” ou FCD, qui aura lieu à partir de septembre dans les supermarchés, va coûter 1,5 millions d’euros. Si l’un des deux était adopté et rendu obligatoire, il faudra étiqueter chaque emballage, ce qui représentera pour toute l’industrie des sommes conséquentes. En ne donnant que l’information lors de la vente en ligne, le coût est quasi-nul. “De toute façon, la vente en ligne, c’est la tendance”, assure Michel-Edouard Leclerc, qui pense qu’à terme, la plupart des consommateurs y viendront…

Au-delà des MDD de E.Leclerc, il voudrait aussi convaincre les industriels d’adopter ce modèle. Il se pose même en défenseur des marques. “On ne peut pas accepter qu’une marque soit décrédibilisée par un étiquetage stigmatisant, alors qu’il faut tant de temps à la construire. L’agroalimentaire n’a pas besoin qu’on le mette en difficulté, au contraire, il a besoin de se moderniser”. Ce n’est pas faux. Reste à savoir qui voudra bien être “étoilé” par E.Leclerc. Pour la pâte à tartiner, c’est seulement une étoile et 0,5 pour la note. Pour le beurre, idem. Les glaces, de 0,5 à 1,5 et une étoile. “Oui, mais chacun sait bien que s’il mange une barre Mars, ce n’est pas équilibré !  On sait que le consommateur veut plus d’informations, et il a transféré l’obligation de l’informer à l’industrie et à la distribution. Si l’industrie n’y vient pas, elle se tire une balle dans le pied

La santé dont aucune entreprise ne peut s’affranchir

Il pense même que l’opération de stickage des codes nutritionnels de septembre est à risque, l’opération sera faite à la main et pourrait être source de beaucoup d’erreurs. Alors que l’information en ligne avec Nutri Mark est bien plus sûre. La marque a évidemment été déposée, mais E.Leclerc la met à disposition et n’a pas évoqué de conditions d’utilisation, à date. Mais le sujet de la nutrition - et derrière la question de la formulation des produits, de l’obésité qui peut en résulter, de son coût individuel et collectif, sont assurément des domaines dont aucune grande entreprise s’adressant aux consommateurs ne peut s’affranchir. Et la santé, E.Leclerc s’y intéresse de près, le lancement récent de son site de vente de parapharmacie en ligne ou son combat de longue date pour la vente de médicaments en atteste.

 

L'information nutritionnelle vue par E.Leclerc 

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