[Edito] Amazon et le drôle de boycott...

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Yves Puget

L’appel au boycott d’Amazon par quelques députés et artistes ne me fait même pas sourire tant il paraît anachronique. Je passe sur les délires contre le « méchant capital » et toutes les remarques acerbes faites à l’encontre du site américain. La question n’est pas là. Ces personnes me font surtout penser au député Georges Berry. Un jour, celui-ci déclara qu’« une nouvelle forme de commerce allait tuer les petits commerçants et allait à l’encontre des intérêts des consommateurs ». C’était le 20 mars 1913 et l’ennemi en question n’était autre que le commerce succursaliste. L’histoire n’est qu’un éternel recommencement et bien des élus ont la fâcheuse habitude de ne rien retenir du passé.

L’idée n’est pas de défendre aveuglément Amazon. Dans ces temps difficiles, il est impératif de soutenir le commerce traditionnel, qu’il soit en centre-ville ou en périphérie. Cette diversité de l’offre et des formats est indispensable pour l’intérêt des consommateurs mais aussi pour celui des fournisseurs, qui ne peuvent dépendre d’un client omnipotent. Ceci étant dit, arrêtons de faire d’Amazon le bouc émissaire de tous les maux. Cessons, par exemple, de dire que ce site domine le commerce français. L’e-commerce ne pèse que 10 % des ventes et Amazon ne détient que 20 % de part de marché de cette activité. Dit plus crûment, le chiffre d’affaires d’Amazon – aux alentours de 6 milliards d’euros – est quasiment équivalent à celui de Leroy Merlin. Ce qui est remarquable en si peu de temps, mais ce qui n’en fait pas un leader du commerce français (sauf sur quelques catégories, il faut bien le reconnaître). De plus, s’il est légitime de demander à Amazon de s’acquitter de tous ses impôts, il est faux d’affirmer qu’il n’en paye pas. Sa contribution fiscale est de 420 millions d’euros en 2019, contre 250 en 2018. Quant à l’idée de créer un impôt uniquement destiné à Amazon, elle risque d’être retoquée par Bruxelles pour distorsion de concurrence. Il faudrait alors taxer tous les e-commerçants et donc… des groupes français à qui l’on demande d’investir afin de lutter contre l’américain ! Avec le risque d’avoir Veepee ou Cdiscount en dommage collatéral de la vindicte anti-Amazon!

Car l’enjeu est bel et bien là. Les signataires de cette pétition doivent comprendre qu’ils ne réussiront pas à arrêter la marche en avant d’Amazon, comme leurs « anciens » n’ont pas pu stopper les magasins à succursales, puis les hyper­marchés ou le hard-discount. Il convient donc d’aider les commerçants français à répliquer. Or nos gouvernements successifs n’ont, par exemple, cessé d’augmenter la Tascom, la taxe sur la surface commerciale (+ 600 % en dix ans). Soit plus d’un milliard d’euros prélevés sur les comptes d’exploitation. Cette somme serait tellement plus utile dans la modernisation de l’appareil commercial! 

Car les seuls qui ont un réel pouvoir sont les concurrents d’Amazon, s’ils obtiennent une même qualité opérationnelle ou proposent une offre réellement différenciante. Les consommateurs ont, eux aussi, leur mot à dire. Il leur revient, et non pas à quelques pétitionnaires en goguette, en mal de notoriété et en surdose de combats idéologiques, de décider quel commerce ils veulent. Sous réserve (très stricte) du respect des lois, du paiement des impôts et d'une concurrence loyale, il s’agit tout simplement de la primauté de l’offre et de la demande sur le corporatisme et le protectionnisme. Et de la limite des boycotts. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2629

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