[Édito] Appel à la modération

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Yves Puget

A l’heure des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu, excès et jugements hâtifs sont bien souvent à l’ordre du jour. Ici, une chroniqueuse radio veut remplacer les tracteurs par des chevaux. Puisque, selon elle, à Cuba, « le transport de nourriture se fait à cheval, ce qui est bon pour notre environnement et les liens sociaux ». Une perspective qui doit faire sourire bon nombre d’agriculteurs français… Là, une pétition est lancée pour ne plus fréquenter les hypermarchés afin d’obtenir le retrait… de la réforme des retraites. Une idée qui a fait pschitt mais qui a dû faire grincer des dents à bien des salariés qui pensent à leur emploi, à leurs primes et à leur retraite. Sans oublier la déferlante à l’encontre de la PME Le Slip français parce que deux membres de son personnel ont eu des comportements douteux dans le cadre de leur vie privée. Il revient aux dirigeants, et non à Twitter, de décider de la nature de la future collaboration avec eux. Mais que dire de cette association qui, visiblement, se contrefout de mettre des emplois en péril et qui appelle à boycotter la marque ?

Passons sur ce concours de l’idée la plus simpliste, saugrenue ou dangereuse. Par méconnaissance, bêtise ou prosélytisme, certains en font un véritable jeu, voire un fonds de commerce. Et ce, bien évidemment, sans en mesurer les conséquences humaines et économiques. Cette bien-pensance et ce tribunal des réseaux sociaux illustrent une incapacité collective à maîtriser les effets collatéraux de la fulgurance de l’info.

Voilà pourquoi, et à contre-courant, je fais un appel à la modération, qui n’écorne pas forcément l’indispensable liberté d’expression et ne signifie pas qu’il ne faut toucher à rien et ne rien dire. Selon le dictionnaire, il s’agit d’un comportement éloigné de tout excès. Que l’on soit responsable politique, dirigeant d’entreprise, syndicaliste, religieux ou agnostique, simple salarié ou consommateur, carnivore invétéré ou végan, lobbyiste ou militant associatif, il est urgent de ne pas tomber dans l’agitation perpétuelle et de ne pas suivre inconséquemment toutes les idées dans le vent. L’excès dévalorise bien souvent la cause défendue et ceux qui veulent être à la mode risquent rapidement d’être démodés tant tout s’accélère à un rythme ­effréné. On adore conspuer aujour­d’hui ce que l’on a adulé hier.

C’est pourquoi il revient aux dirigeants du commerce et de l’industrie de séparer le bon grain de l’ivraie. De différencier ce qui relève de la tendance de fond de ce qui n’est qu’écume médiatique. De ne pas céder aux sirènes de l’air du temps tout en comprenant que les marques ne peuvent se satisfaire de l’immobilisme. Elles se doivent de répondre aux tendances du jour mais aussi et surtout aux transformations profondes de la société. Pour y parvenir, il convient d’avoir une ligne directrice et de s’y tenir, autant que possible avec conviction. Il est donc important de ne pas tomber tête baissée dans le piège tendu par la surenchère permanente. Gare à l’éparpillement : une marque ne peut pas tout faire et tout assumer. Elle se doit en priorité de travailler sa « mission » et donc sa promesse. ­Voilà pourquoi je préfère largement, dans les actes comme dans les paroles, la modération – ou la raison – à la précipitation et à son contraire, l’immobilisme.

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2586

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