[Edito] Argent... pas cher

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yves puget

«Argent, trop cher » chantait le groupe Téléphone dans les années 80. Ce refrain n’est plus à la mode. En effet, il ne se passe pas une semaine ou presque sans l’annonce d’une levée de fonds d’une des nombreuses start-up françaises ! Tout le monde se souvient de Mirakl qui a débusqué en septembre 555 millions de dollars. La semaine dernière, Exotec, spécialiste de la robotique, a raflé 335 millions, avec une valorisation désormais à 2 milliards de dollars. Et que dire de Back Market, qui a obtenu 450 millions d’euros, portant sa capitalisation à 5,1 milliards d’euros ? Soit nettement plus que celle de Casino !

On peut regretter que la vieille économie ne soit plus aussi séduisante que jadis, mais on peut aussi se réjouir du pari remporté par la France. Celui de compter 25 licornes, ces start-up non affiliées à un grand groupe, spécialisées dans les nouvelles technologies et valorisées à plus de 1 milliard de dollars. Dans cette liste, on retrouve aussi Deezer (industrie du divertissement), OVHcloud (marché du cloud) ou Vestiaire Collective (produits de luxe de seconde main)… Cette dynamique de la French tech, qui compte près de 20 000 start-up (+ 20 % par an), s’explique notamment par l’abondance de liquidités, alimentée par les taux bas de ces derniers mois et par les performances du capital-risque comparées à celles des autres placements financiers. Ce qui a favorisé l’effervescence des business angels et des fonds d’investissement, avec notamment l’arrivée de mastodontes internationaux, tels Blackrock (États-Unis) ou Temasek (Singapour). Certes, on peut noter que, parmi ces licornes, quelques entreprises ne sont plus si jeunes que cela (comme Veepee). On peut trouver cet afflux d’argent « indécent », avec parfois une plus grande maîtrise du buzz que du business model et s’interroger sur la durée de ce phénomène. Sur des marchés, les acteurs sont trop nombreux et certains disparaîtront par manque de cash-flow. Et il reste à confirmer la capacité de la French tech à introduire ses jeunes pousses en Bourse, ou à les faire racheter par un grand groupe… si possible français.

Malgré ces critiques maintes fois entendues et la morosité actuelle, il n’est pas interdit de trouver cette « ambiance » enthousiasmante et même euphorisante. Elle démontre que la France n’est pas en panne d’idées et d’entrepreneurs. Car si des start-up misent avant tout sur la course à la taille critique avec des solutions très aisément ­copiables, d’autres apportent des nouveaux modèles de vente et même de la disruption ou des solutions dites structurantes. Ce qui prouve que, pour les industriels comme pour les distributeurs, la digitalisation est en marche. La ­vigueur des investissements dans la retail tech en 2021 (e-commerce, logistique, food tech…) répond à cette demande forte (des entreprises) et à ces attentes réelles (des consommateurs).

Selon une indexation réalisée par LSA (lire pages 6 à 9), plus de 3,3 milliards d’euros y ont été investis en capital-risque l’an dernier, soit un gros quart des 11,6 milliards levés par tout l’écosystème start-up. Et, plus globalement, la France a battu un nouveau record historique avec près de 1 million de sociétés créées en 2021. Bravo aux entrepreneurs ! « Car, ça, c’est vraiment toi », chantait aussi Téléphone… 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2684

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