Edito : C’est "gratuit" ou c’est "offert" ?

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Avec la loi Alimentation, le mot «gratuit» est banni des prospectus. Et cela se voit sur ceux publiés en ce début 2019. Certains s’en offusquent. Pas moi.

yves puget

Le calendrier d’application a été précipité. L’impact économique sera limité. Un simple coup d’épée dans l’eau, affirment certains. Et pourtant, je suis favorable à la disparition du mot «gratuit» pour la promotion des produits alimentaires (et pas que pour eux…). Certes, ce n’est que de la sémantique ou de la rhétorique, mais les mots ont un sens (surtout lorsque tout le monde parle de cette impérieuse nécessité de la «valorisation»).

La gratuité implique que le produit n’a pas de valeur, qu’il faut s’en débarrasser, que tout le monde peut se servir. Une notion difficile à digérer pour ces producteurs ou agriculteurs qui travaillent durement et peinent à boucler leur fin de mois. Qu’ils soient choqués de voir leur lait ou leur fromage avec un sticker «gratuit» collé sur l’emballage me parait logique.

A l’inverse, le mot «offert» induit que le produit a un prix et qu’un acteur - l‘industriel ou le distributeur - a décidé de faire un effort: il l'offre. L’article concerné est ainsi moins dévalorisé. A Noël, on «offre» des cadeaux, on ne donne pas des produits «gratuits».  

Bien évidemment, j’entends bien ceux qui pestent contre la disparition de ce mot magique, ce mot qui doperait immanquablement les ventes. Un outil de moins dans l'arsenal des marques et des distributeurs pour attirer des consommateurs de plus en plus inquiets pour leur pouvoir d'achat et de plus en plus chasseurs de promos. Mais les mêmes, ces spécialistes du marketing, ne cessent de dire et d’écrire que le consommateur est de plus eh plus intelligent, qu'il voit tout, compare tout et qu'il est devenu un «expert». Alors cet nouvel expert serait-il dans l’incapacité de comprendre que dans les deux cas - offert ou gratuit - il ne va rien payer? J’en doute.

Voilà pourquoi, même si l'effet économique à court terme de cette interdiction de la gratuité sera bien faible, voire inexistant, il n'est jamais trop tard pour éduquer le consommateur, lui faire comprendre, comme pour les enfants, que sur internet ou dans les magasins, que pour des produits ou du crédit, tout acte de consommation a un sens et que rien n’est gratuit.  

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