[Edito] Cap difficile pour le commerce

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Yves Puget

Alinéa, André, Tie Rack, Pacific Pêche et 5àsec sont en redressement judiciaire. Les américains J. C. Penney, Neiman Marcus et J. Crew se sont mis en faillite. Malheureusement, cette liste d’enseignes en difficulté ne cesse de s’allonger. Et ce n’est probablement que le début, avec des chaînes entières dans la panade comme de nombreux points de vente en franchise, en coopératives ou indépendants.

Pour expliquer ce phénomène, le plus rapide consiste à se réfugier derrière l’argument du ­Covid-19. De clamer haut et fort que les deux mois de fermeture obligatoire ont précipité des distributeurs dans le gouffre et que, faute de chiffre d’affaires, la trésorerie n’a pas pu tenir. La vérité n’est pas aussi simple. N’en déplaise à certains dirigeants, et malgré le drame humain des salariés, il faut reconnaître que bien des problèmes existaient avant la pandémie, que ces chaînes étaient dans le rouge en 2019, et parfois depuis plus longtemps. Manque d’investissements, mauvais positionnement, collections inadaptées, réactivité ­quasi inexistante, stocks pléthoriques, ruptures coupables, services achats pas au niveau, mauvais emplacements, etc. : on peut ainsi égrener une longue liste des causes qui produisent souvent les mêmes effets sur les comptes d’exploitation. Bien sûr, les dirigeants assurent que le plan de relance était en cours, que l’enseigne serait sortie de l’ornière sans cette crise imprévisible. Ils ont peut-être raison… peut-être tort.

Il y a aussi des distributeurs dont la marque a encore des choses à dire. Mais pas assez pour résister à plusieurs phénomènes comme les blocages des « gilets jaunes » puis les manifestations contre la réforme des retraites. Dans le même temps, ils ne peuvent plus digérer des baux dont les montants deviennent astronomiques. Ensuite, ils courent après une concurrence, souvent étrangère, de plus en plus rapide, et un e-commerce, Amazon en tête, qui change les règles du jeu. Sans oublier que la France compte probablement trop de chaînes, trop de magasins et trop de surfaces de vente. Enfin, comment ne pas évoquer ceux qui sont trop petits pour résister à la concentration en marche dans bien des secteurs ? Faute de capitaux, ils ne peuvent suivre cette course de fond lancée par les concurrents et les nouvelles tendances. Dans les mois à venir, des petits acteurs locaux ou régionaux vont donc s’adosser à des groupes – donc se vendre – pour échapper à la faillite. Dans le non-alimentaire (meuble, électroménager…) ou l’alimentaire (bio…), mais aussi dans l’e-commerce, des opportunités se présenteront aux grands distributeurs. Il reste à savoir s’ils voudront ou pourront s’en saisir.

Bien sûr, une fois dressé ce constat, l’exercice est plus périlleux de désigner les enseignes qui s’en sortiront plus ou moins aisément, celles qui auront besoin d’un sérieux plan de convalescence et celles qui chuteront. Cela dépend des actionnaires, des aides de l’État et du travail des dirigeants et de leurs équipes. Mais il existe au moins une certitude. Pour reprendre l’expression déjà usée jusqu’à la corde, pour le commerce, le monde d’après ne sera pas le monde d’avant. Tout simplement parce que des magasins auront baissé le rideau et que l’offre commerciale dans les zones de chalandise ne sera plus la même… ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2605

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