[Edito] Convictions

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EDITORIAL « Xavier Beulin n’aura pas eu le temps d’accompagner la transition qu’il espérait tant. Mais espérons que ses idées perdurent. »

yves puget

Décédé le 19 février, Xavier Beulin, le patron de la FNSEA, a marqué tous ceux qui l’ont côtoyé. Par sa carrure, il appelait l’écoute et, par ses convictions, il imposait le respect. Dans un monde aseptisé, cet agriculteur du Loiret n’a jamais manqué une occasion de dire ce qu’il pensait. Pire, avec le temps, il a de moins en moins hésité à utiliser des mots tabous dans l’agriculture française, comme         « compétitivité » ou « OGM ». Déjà, lors de sa première élection à la tête de la FNSEA, il s’agissait d’un combat des céréaliers contre les éleveurs. Ensuite, il a été étiqueté comme un tenant de l’agrobusiness qui ferraillait contre les partisans d’une agriculture patrimoniale. Ses détracteurs considéraient que ses intérêts n’étaient pas toujours les mêmes que ceux de la base. Ils reprochaient à cet homme lancé dans l’agriculture à l’âge de 17 ans d’être une tête de pont de l’industrie agroalimentaire puisqu’il présidait le groupe Avril (7 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec des marques comme Lesieur ou Puget). Avec, pour point d’orgue, de virulentes manifestations d’éleveurs en juillet 2015 et une contestation de la « base ».

Ses contradictions, ce grand bosseur les assumait parfaitement tant il avait de solides convictions. Défenseur d’une agriculture à taille ­humaine, ce « profil atypique » n’en militait pas moins pour un regroupement des exploitations afin de rester performant face à nos voisins. Ce passionné fustigeait le « carcan » des normes, en particulier environnementales, qui pèsent, selon lui, sur la compétitivité des exploitations françaises. Il dénonçait également la disparité des normes sociales au sein de l’Europe, où la pression concurrentielle ne cesse de croître. Il n’a jamais cessé d’aider ces agriculteurs soumis à des injonctions contradictoires. Car, d’un côté, ils sont pressés de produire plus pour amortir leurs investissements et alimenter une industrie agroalimentaire de plus en plus gourmande et, de l’autre, ils sont sommés de produire mieux, avec moins d’engrais chimiques et une prise en compte du bien-être animal, pour répondre aux demandes des citadins et aux contingences climatiques.

Dans LSA, comme lors de nombreuses Conférences LSA, Xavier Beulin a toujours mené le combat qui était le sien, la défense de ce grand pays agricole qu’est la France. Sa disparition laisse un grand vide. Dans son livre, Notre agriculture est en danger, paru en janvier, il écrivait que « l’agriculture a un bel avenir devant elle. Mais à condition qu’elle puisse produire ». Il reviendra à son successeur de relever ce défi, tant auprès des agriculteurs que des industriels. Mais sans oublier les distributeurs, pour qu’ils deviennent des partenaires et non des ennemis ; les gouvernements, pour qu’ils accompagnent la nécessaire mutation de cette filière et non pour qu’ils accordent des rallonges budgétaires à la moindre crise ; et, bien évidemment, les Français, pour qu’ils changent leurs habitudes d’achats et de consommation, qu’ils respectent les saisons, qu’ils favorisent la production française, qu’ils préfèrent la qualité aux prix… Xavier Beulin n’aura pas eu le temps d’accompagner cette transition qu’il espérait tant. Mais espérons que ses idées perdurent.

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2449

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