[Edito - Coronavirus] Retour à la ferme

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Yves Puget

La pandémie de Covid-19 met clairement à l’honneur le circuit court, les fermes de producteurs et autres drives fermier. De plus en plus d’agriculteurs se lancent en effet dans la transformation de produits frais (ou non) et la vente directe avec parfois de la livraison à domicile. Éleveurs et maraîchers s’organisent pour accélérer la dynamique de ces magasins autogérés. Pour l'instant, personne ne peut sérieusement chiffrer ce marché et évaluer sa progression. Il est impossible de dire s’il va fortement «exploser» après la crise ou si les consommateurs reprendront plus ou moins rapidement leurs bonnes vieilles habitudes. Comme il s’avère compliqué d’estimer à qui ces nouveaux acteurs locaux prennent des parts de marché. Profitent-ils simplement de la fermeture des marchés de centre-ville, des restaurants et des cantines ? Prennent-ils des clients aux grandes surfaces et aux enseignes bio ? Ou grignotent-ils de la part d'estomac à tout le monde ? Dit autrement, s’agit-il de simples achats d’opportunité en temps de crise ou d’achats de conviction ?

Quelle que soit la réponse, que cette tendance soit durable ou temporaire, de niche ou de masse, elle ne peut pas et ne doit pas être passée sous silence. Certes, il est illusoire de penser que, à l’image de ces potagers urbains qui seront toujours  insuffisants pour approvisionner les grandes villes, les fermes à la campagne nourriront tous les Français, sans le moindre intermédiaire. Cette forme de vente sera, elle aussi, confrontée à des problèmes de massification, d’organisation, de compétence et d’investissement. Même si ces commençants d’un nouveau genre ont un sens du collectif exemplaire et s’ils ont le soutien des élus locaux et l'accompagnement des chambres d'agriculture, ils découvriront au fil du temps les arcanes de l’administration française avec sa fiscalité, ses contrôles des prix ou sanitaires, ses normes et taxes… Sans oublier que, sans surprise, des prestataires (plates-formes digitales, spécialistes de la supply chain…), tentent de s’immiscer entre les producteurs et les consommateurs…

Il n’en reste pas moins que la grande distribution tient déjà compte de ce phénomène (n’oublions pas qu’Auchan ambitionne d’acquérir de nombreux hectares de terres agricoles pour produire autour de ses hypers) et qu’elle devra très probablement accélérer dans les mois et années à venir. Bien sûr, cela passe par un grand travail sur l'offre, les filières et l'approvisionnement. Mais pas uniquement. Les distributeurs vont devoir décider s’ils considèrent ces «nouveaux commerçants» ou ces «producteurs commerçants» comme de simples fournisseurs, qu’ils mettent en valeur par croyance personnelle ou par opportunisme, ou des partenaires d’avenir qu’il faut soutenir, car indispensables pour notre économie, notre environnement et notre santé, mais aussi parce qu'ils génèrent du trafic en points de vente. L’occasion est belle de définir de nouveaux modèles économiques et donc d’élaborer des contrats collaboratifs solidaires, créateurs de valeur pour l’ensemble des parties prenantes. Ces accords commerciaux ne seront probablement pas basés uniquement sur un modèle classique d’achat et de vente, mais intégreront aussi des dimensions d’assistance, avec le partage de savoir-faire (techniques, logistiques, financiers), et de mise en avant, avec de l’animation et de la dégustation. Sur le digital ou sur le carrelage, la distribution peut devenir une sorte de marketplace à la disposition du monde agricole, avec une rémunération qui se ferait en pourcentage des ventes générées. Il s'agirait d’une nouvelle forme d'organisation et de partenariat. Elle reste à inventer et à bâtir.

 

 

 

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