[Edito] De l'actif aux compétences

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Yves Puget

Pendant des décennies, les distributeurs se sont focalisés sur la gestion de leurs actifs. C’était à celui qui compterait le plus de magasins et de mètres carrés ou qui détiendrait les meilleurs emplacements. Une guéguerre locale avec la zone de chalandise comme mètre étalon. Mais l’heure n’est plus à la croissance à tout-va. Comme l’évoque Bernard Demeure, partner du cabinet Oliver Wyman, le gagnant sera celui qui aura développé les compétences nécessaires aujourd’hui au sein de ses équipes. L’immatériel prend le pas sur le matériel, le savoir-faire détrône l’actif. Voilà pourquoi, pour affronter ces révolutions multiples, les enseignes doivent apprendre à gérer et à attirer les « meilleurs ». Fini ce temps où on ne recrutait dans le commerce que des anciens… commerçants. Terminé cette période où le responsable des « fleurs et plantes » prenait la tête de la logistique. Elles sont dernières nous, ces années où on commençait au bas de l’échelle pour finir à la tête du point de vente ou de l’enseigne. Quant aux « stages palettes » obligatoires, ils ne sont que les restes d’une époque antédiluvienne.

Aujourd’hui, les patrons doivent en permanence se demander s’ils ont dans leur organigramme le meilleur trafic manager, l’as des UX designers, la crème des data scientists, le gratin de l’intelligence artificielle. Sont-ils sûrs d’avoir dans leurs rangs ce spécialiste en cybersécurité, ce gourou de la supply chain, cet expert mondial des systèmes d’information ou ce mentor de la RSE ? Hier, le responsable du développement – celui qui arpentait les villes pour trouver les bons sites ou débaucher quelques concurrents – était un poste clé. Aujourd’hui, le responsable du recrutement est un rouage essentiel. Si tel n’est pas le cas, si la « marque employeur » affiche des lacunes, il revient au président de l’entreprise de s’impliquer et de recevoir ces « stars » pour les séduire… De leur prouver que le secteur est passionnant et le challenge palpitant. De leur montrer qu’il y a une vie professionnelle en dehors des start-up et des Gafa. Ce qui ne sera pas sans poser de problèmes sur l’enveloppe financière et sur la gestion de la grille des salaires. Des retailers prennent déjà ce sujet à bras-le-corps et ont commencé à élargir les profils qu’ils recrutent. Certains de manière très volontariste, d’autres maladroitement, mais ils s’engagent clairement sur cette voie.

Bien sûr, j’entends ceux qui clament que le commerce ne doit pas perdre son âme. Que l’expérience est irremplaçable ou que la distribution doit conserver son rôle d’ascenseur social. Encore une fois, ce serait une hérésie que de mettre à la porte tous les vieux briscards pour les remplacer par des jeunes loups aux dents longues. Âgés ou non, diplômés ou non, les uns ont besoin des autres, et l’entreprise tire profit de cette diversité. Il s’agit avant tout d’une question de dosage et d’assimilation. Il convient de savoir recruter ces personnes qui préparent l’avenir, tout en sachant conserver celles qui font le présent et le futur proche. Avec la grande difficulté de faire travailler ­ensemble – en symbiose et non en rivalité – des salariés tout aussi opposés que complémentaires. De la compétence à tous les étages…

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2544

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