Franchise Expo Paris 2016

[Édito de la semaine] Conquête

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Yves Puget

« Il a mis la tête là où beaucoup ne mettraient pas les mains ». Les amateurs de rugby reconnaîtront cet adage qui salue ces joueurs courageux prêts à donner de leur personne pour aller chercher un ballon au cœur du combat. La formule va comme un gant au monde de la franchise, souvent tête de pont des enseignes pour aller ferrailler sur des terres de conquête où les grandes signatures hésitent à s’installer, cette France des petites villes de provin­ce, les villages de montagne, les galeries ou les zones commerciales de certaines enseignes d’indépendants, comme Intermarché, Systè­me U, souvent semi-rurales. Celles des centres E. Leclerc aussi, mais elles sont déjà presque trop grandes. « Aujourd’hui, c’est simple, on ne s’installe plus que dans les galeries des Intermarché, U et autres Leclerc », confie ce dévelop­peur d’un grand réseau d’optique, soit une cinquantaine de projets par an tout de même.

Force est de constater que c’est sur ces terrains-là que la franchise s’exprime le plus et, peut-être, le mieux par rapport à des réseaux intégrés. « On réinvente le commerce de proximité dans des zones qui étaient désertifiées », constate Laurent Pfeiffer, président d’Emova Group (ex-Monceau Fleurs), l’un des dirigeants des 20 réseaux de franchise ayant participé aux tables rondes de LSA qui nourrissent ce numéro spécial franchise*. Et de prendre pour exemple les Paul, La Mie câline et autres Ange, ces boulangeries en réseaux, modernes, qui s’installent sur des ronds-points à l’entrée de petites villes, des bourgades parfois, recréant des emplois et, souvent, des mini-espaces commerciaux avec une laverie à proximité, un fleuriste, des services…

En fait, deux mouvements se juxtaposent pour expliquer cette appétence des franchises pour la province, les villes moyennes et la France des terroirs. D’un côté, on assiste à l’arrivée de grands réseaux intégrés, comme Darty et la Fnac, qui s’appuient sur la franchise pour accélérer leur développement et aller dans ces zones en s’essayant aussi à des formats spécifiques. Ils trouvent, grâce à la franchise, souplesse, performances, dynamisme et connaissance du terrain. De l’autre, on voit prospérer des franchiseurs « naturels », souvent nés en province, avec des concepts conçus et taillés pour ces petites villes. Beaumanoir y a assis son développement, avant de s’étendre aux grandes villes et même à la Chine. Des enseignes telle La Pataterie reprennent le flambeau. Née il y a vingt ans à Brive, elle compte aujourd’hui 211 restaurants et pas un à Paris, mais affiche une jolie croissance de 4,6% assise sur un réseau franchisé à 97%.

Un double mouvement qui se traduit in fine par très peu d’échecs. À peine un par an, indiquent la plupart des enseignes réunies par LSA. Sûre­ment plus en réalité, certains ratés étant passés sous silence, discrètement travestis en ­transmission, quand le fond n’est pas racheté sans bruit par le réseau. Néanmoins, selon les enquêtes du ­secteur, 83% des entreprises en franchise sont encore en ­activité cinq ans après leur création. Il faut croire que le courage paie.

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