[Édito de la semaine] Cri d'alarme

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yves puget

Après chaque manifestation, la préfecture de police fournit ses chiffres de participation, qui contredisent ceux des organisations syndicales. Il en va de même pour les négociations commerciales. Depuis un mois, distributeurs et industriels s’affrontent sur les tarifs proposés par les uns, négociés par les autres et, in fine, sur les prix payés par les consommateurs. La querelle est aussi sémantique. Si vous écoutez les acteurs, vous constaterez qu’ils n’ont pas la même version de ces fameuses joutes annuelles qui se sont achevées le 29 février 2016 à minuit. À croire qu’ils n’étaient pas dans les mêmes boxes !

Les distributeurs avancent qu’elles ont été difficiles. Avant de préciser « comme tous les ans ». Ils signalent que nombre de multinationales affichent des profits alléchants. Ils affirment que la baisse des prix répond à une demande des consommateurs, que s’ils n’entrent pas dans le jeu de concurrence, ils risquent de perdre des parts de marché face à leurs habituels concurrents mais aussi face aux nouveaux entrants. Ils craignent une nouvelle vague de concentrations au niveau européen. Ils ajoutent que la déflation est la preuve que, contrairement à quelques idées reçues, la concurrence tourne à plein régime. Ils observent que des cours de matières premières sont orientés à la baisse. Ils font valoir le travail mis en place pour mieux travailler avec les PME ou les coopératives. Signalent qu’ils sont les clients des industriels et non leurs adversaires. Ou que lorsqu’ils veulent se mettre autour d’une table pour défendre une filière, Bruxelles l’interdit. On y croit ou non, mais les arguments sont là.

Du côté des industriels, la perception diffère… Par l’entremise de leurs fédérations, ils poussent un cri d’alarme. Ils veulent que les discours soient suivis d’actes et que les engagements soient respectés. Ils réclament la fin de la guerre des prix et appréhendent une surenchère de promotions. Ils souhaitent parler « produits », on leur répond « tarifs ». Ils redoutent ces nouvelles alliances aux achats qui étendent leur territoire de négociation. Ils se demandent pourquoi les lois sont « bafouées ». Ils plaident pour de véritables plans d’affaire et des contreparties réelles. Ils maudissent ces pénalités hors de prix infligées pour de multiples causes et fulminent contre ces demandes de ristournes ou de compensations de marges qui apparaissent au gré de l’imagination des enseignes. Là aussi, les distributeurs ne sont pas dans l’obligation d’agréer ces arguments.

Pourtant, quelques faits méritent attention. Comment passer à côté de ces industriels de l’agroalimentaire qui mettent la clé sous la porte (un tous les jours ouvrés) ? Comment ne pas évoquer ces investissements qui se réduisent comme peau de chagrin et qui représentent les emplois de demain ? En ne modernisant pas leurs outils, les fabricants se mettent en danger d’incapacité de rebond lorsque la reprise économique reprendra. Sur ce point tout le monde est d’accord : les marchés qui n’innovent pas régressent ; les marques qui ne communiquent pas s’étiolent ; les magasins qui ne « vivent » pas se vident.

Quels que soient les professionnels concernés, tous peuvent au moins admettre que la loi se doit d’être respectée. Qu’ils doivent ensemble trouver un terrain d’entente et construire une autre relation. Sinon, il reviendra soit au gouvernement de changer les règles du jeu, et personne ne sait alors qui, de la police ou des manifestants, sortira gagnant de la guerre des chiffres ; soit le « marché » décidera « seul » du nombre d’acteurs. Et là, il est fort probable que tous les chiffres soient révisés à la baisse…

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Article extrait
du magazine N° 2407

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