[Edito de la semaine] Double lecture

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Yves Puget

Comme souvent, une même information génère plusieurs interprétations. Cet été, les ado­rateurs comme les détracteurs du web ont largement eu matière à discussion. Ceux en proie aux doutes ont pu se rassurer le 24 juillet. Ce jour-là, Unilever annonce en effet le rachat de Dollar Shave Club pour la coquette somme de un milliard de dollars ! En mettant la main sur le leader de la vente de rasoirs en ligne, Paul Polman, PDG d’Unilever, vient clairement piétiner les plates-bandes de Procter & Gamble. Deux jours plus tard, le 26 juillet, Take Eat Easy révèle sa mise en faillite. Lancée par un quatuor de jeunes entrepreneurs bruxellois en 2013, cette start-up se voulait un intermédiaire entre les restaurants et les gourmands grâce à ses coursiers à vélo au dossard d’un vert éclatant. Aujourd’hui, des centaines d’entre eux sont sur le carreau et de nombreux restaurateurs se retrouvent avec des impayés. Le 28 juillet, les mêmes sceptiques apprennent l’acquisition par Carrefour du site de produits bio Greenweez. Créé en 2008, il est le leader du bio sur internet avec un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros. Le 8 août, Walmart fait plus fort avec le rachat pour 3,3 milliards de dollars du site jet.com, start-up du e-commerce lancée en juillet 2015. Enfin, le 16 août, Essilor, numéro un mondial des verres ophtalmiques, conclut un accord pour racheter la société britannique spécialisée dans la vente en ligne de produits optiques MyOptique.

Voilà pourquoi certains concluent que les géants de la vieille économie terrasseront les jeunes pousses du web. Parce que, face à des modèles économiques encore aléatoires, les grands groupes affichent encore d’envieux profits et qu’ils ont, enfin, réellement envie de se lancer dans l’aventure.

Bien évidemment, cette analyse ne fait pas l’unanimité. Pour certains, ces rachats en cascade ne dévoilent en rien des convictions digitales mais plutôt des politiques défensives, voire des aveux de faiblesse, pour ne pas dire d’impuissance. Face à des groupes aux abois, ces thuriféraires du web se réjouissent par exemple des bons résultats d’Amazon. Le site de Jeff Bezoz a effet publié le 28 juillet un bénéfice net trimestriel de 773 millions d’euros. Soit le troisième trimestre consécutif de bénéfices. Et à ceux qui se gaussent de Take Eat Easy, ils répondent que Deliveroo, la start-up anglaise spécialisée dans la livraison de repas, a indiqué le 5 août avoir réalisé une levée de fonds de 275 millions de dollars !

Il s’agit finalement de deux lectures bien différentes de l’actualité. D’un côté, ceux qui pensent que de très nombreuses start-up de l’e-commerce ou de la food tech ne trouveront pas la rentabilité escomptée, qu’elles disparaîtront aussi vite qu’elles sont apparues ou se feront racheter pas plus gros qu’elles. De l’autre, ceux qui considèrent que les multinationales ne pourront pas résister aux coups de boutoir de ces jeunes qui réfléchissent et agissent autrement.

Il est permis de penser que les deux camps sont dans le vrai, que des start-up deviendront des multinationales et que des multinationales sauront prendre le virage digital. Mais, in fine, derrière les envolées lyriques, le constat est le même. Cet été, le digital en général et l’e-commerce en particulier ont fait l’actualité. Et même s’il y aura dans les mois et les années à venir des désillusions et des échecs retentissants, ce phénomène médiatique et ces bouleversements entrepreneuriaux ne sont pas près de s’estomper.

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Article extrait
du magazine N° 2423

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