[Edito de la semaine] et après?

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EDITORIAL « Il est possible de croire que les tensions autour des 'négos" se calmeront par crainte de lourdes amendes. »

Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA
Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA© Laëtita Duarte

Les négociations commerciales 2017 se sont achevées. Dans la douleur, témoignent des industriels. Mieux que l’an passé, répondent des distributeurs. Bien évidemment, il est toujours possible de se contenter d’écouter ceux qui crient au scandale. Ceux qui se plaignent de demandes systématiques de déflation, des surenchères promotionnelles ou de la non-répercussion des hausses des cours des produits agricoles bruts. Sans oublier des absences de contreparties concédées aux fournisseurs, des compensations de perte de marge, des pénalités logistiques disproportionnées, des budgets additionnels de dernières minutes, des retards de paiement, des plans d’affaires peu clairs et déconnectés des réalités économiques des entreprises… Sur le fond, cette litanie de récriminations est avérée et il revient « juste » à la DGCCRF de voir si ces pratiques respectent ou non la loi.

À l’inverse, il y a ceux qui disent que la distribution joue son rôle de défense du pouvoir d’achat des Français, que la date butoir de fin février ne fait qu’accentuer les tensions, que la loi Sapin 2 n’a rien arrangé et qu’il est dans le rôle des fédérations d’industriels de crier haro sur la grande distribution. Chacun choisit son camp et ce n’est pas cet éditorial qui fera basculer un lecteur d’un côté ou de l’autre, tant les avis sont divergents et les antagonismes profonds.

Il n’en reste pas moins que des acteurs notent une évolution dans les discours. Si les comportements dans les box d’achats n’ont guère changé, il se dit que cela ne peut plus durer. Que la guerre des prix a ses limites et que tous les acteurs ont besoin de se reconstituer des marges. Alors, que nous réserve l’avenir ? Il est possible de croire que rien ne changera. Il est possible aussi de croire qu’un éventuel retour de la croissance calmera tout, que les tensions sont simplement exacerbées par des ventes en berne. Il est possible de croire qu’un ministre finira par trouver le point d’équilibre si précaire entre la défense du pouvoir d’achat et celle de l’emploi industriel. Il est possible de croire que les acteurs finiront par comprendre qu’il est dans l’intérêt de l’ensemble de la filière de ne pas ferrailler uniquement sur la question du prix, mais aussi sur la différenciation ou la valorisation. Que la bataille commerciale, nécessaire à la vitalité d’un secteur, ne peut se résumer à des principes de droit et à des questions de tarifs. Que, demain, les enseignes qui gagneront l’affection des consommateurs seront celles qui sauront les rassurer sur la qualité des produits et sur la prise en compte de leur environnement. Qu’un changement de stratégie s’impose non seulement dans les campagnes de communication, mais aussi dans les linéaires et les box d’achats.

Nous n’en sommes pas là… En revanche, il est possible de croire, beaucoup plus rapidement, que les tensions autour des « négos » se calmeront par crainte de lourdes amendes de la part de Bruxelles, de l’Autorité de la concurrence ou de la DGCCRF… L’assignation de Casino par Bercy pour pratiques commerciales illicites renforce cette thèse. Certains s’en réjouissent, d’autres contestent et parlent de judiciarisation du commerce. Reste qu’il faut espérer que si les relations commerciales s’apaisent à l’avenir, ce sera plus par souci d’inventer un autre modèle que par simple peur du « gendarme »… 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2450

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