[Edito de la semaine] L'avènement des surtraitants

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EDITORIAL "Les géants de l’e-commerce, devenus des donneurs d’ordres incontournables, orientent et organisent les marchés."

YVES PUGET, directeur de la rédaction de LSA
YVES PUGET, directeur de la rédaction de LSA

Le terme n’est pas encore très connu et ne manque pas d’intriguer. Il faut pourtant en être convaincu : après le temps des sous-traitants est venu celui des surtraitants. La nuance est de taille, puisqu’il n’est plus question de prestataires de services, ces entreprises que l’on rémunère pour tel ou tel travail de façon ponctuelle ou avec des engagements plus ou moins longs. Non, avec l’essor du Big data, ce pétrole du XXIe siècle, la surtraitance devient un rouage essentiel de notre économie. De quoi s’agit-il ? Des Google, Facebook, Amazon et autres, qui se basent sur l’analyse des données et captent ainsi une grande partie de la valeur ajoutée. Mais aussi de booking.com, règnant sur la réservation en ligne des chambres d’hôtel en Europe, ou des Expedia, TripAdvisor et Airbnb…

Adulés à juste titre pour leur imagination et leur réactivité, ces géants sont devenus des donneurs d’ordres incontournables. En véritables chefs d’orchestre, ils orientent et organisent des marchés. Volontairement ou non, certains les ont laissé exercer leur forte créativité avec les ressources… des autres. Et demain, il n’en sera peut-être pas autrement avec les market places. Les plus grandes ne seront-elles pas elles-mêmes des surtraitantes ? Les distributeurs ne seront-ils pas dans l’obligation de transiter par elles pour accéder aux consommateurs ? Et que dire du paiement en ligne ? Si, demain, seulement quelques solutions l’emportent, – PayPal (eBay), Wallet (Google) ou Apple Pay –, le risque est réel pour les distributeurs de passer sous les fourches caudines de ces nouveaux surtraitants. Autrement dit, ces géants fixeront à leur guise les fameux taux de commission. Et l’addition pourrait s’avérer plus salée que celle émise par le GIE des cartes bancaires. Et surtout, ces petits nouveaux maîtriseront toutes les informations sur les habitudes d’achats. Se focalisant ainsi sur les données et la valorisation, et laissant l’opérationnel à d’autres…

Pour les acteurs français, il est urgent de répliquer à ces mastodontes qui s’installent confortablement au-dessus de leur tête. Ces « maîtres du monde » ne sont pas toujours les partenaires que l’on croit, ni les prestataires que l’on recherche. De la surtraitance au monopole, il n’y a qu’un pas que certains rêvent de franchir…

On peut dire et penser qu’il revient à l’État (Bercy, DGCCRF…) et à la Commission européenne de veiller au bon fonctionnement de la concurrence. Ces instances se doivent d’éviter que des pans entiers de notre économie dépendent de quelques acteurs. Mais, comme d’habitude, il est vain et illusoire de tout attendre d’une administration, tant le droit ne sait pas toujours discerner ou réguler ces nouveaux monopoles. Il revient d’abord aux acteurs économiques de se prendre en main... pour ne pas se retrouver pieds et mains liés. Les entreprises, petites et grandes, doivent attirer les compétences dont elles auront besoin pour relever le défi de la révolution numérique. Voilà pourquoi il est impératif de basculer dans de nouveaux modes d’organisation pour assurer l’indispensable création de valeur gage de rentabilité, et pourquoi il est urgent de tout mettre en place pour favoriser l’éclosion des start-up. Car, dans le cas contraire, les géants d’aujourd’hui ne seront, demain, que des… sous-traitants.

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Article extrait
du magazine N° 2370

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