[Edito de la semaine] Le grand échiquier

|
yves puget

La Fnac qui lance une offre sur Darty. Conforama qui fait une contre-proposition. Vivendi qui prend 15% du capital de La Fnac… L’actualité ne manque pas du côté des enseignes d’électroménager et de biens culturels, et de multiples rebondissements sont à prévoir. Cette époque rappelle ce qu’a vécu la distribution alimentaire dans les années 90. Ce temps où Euromarché avait failli tomber dans l’escarcelle du Printemps pour rejoindre le giron de Carrefour ; où Promodès tenta de mettre la main sur Casino, pour finalement se marier avec Carrefour. La vie des affaires est faite de rebondissements, dus bien souvent aux conjonctures, aux stratégies des entreprises et, parfois, aux ambitions personnelles et querelles d’ego.

Mais la petite histoire du commerce alimentaire ne doit pas simplement servir à comprendre qu’une partie n’est jamais terminée avant le coup de sifflet final. Il ne faut surtout pas oublier de penser à l’« après ». L’histoire démontre en effet que les prédateurs qui ratent leurs cibles deviennent souvent… des proies. Il faut donc toujours trouver une solution de repli en cas d’échec.

On peut alors se demander ce que vient faire Vivendi à La Fnac… S’agit-il d’un simple « placement » pour Vincent Bolloré et qui sera aisément valorisé avec l’éventuel rachat de Darty ? Est-il question pour La Fnac de préparer le coup d’après en cas de refus de Darty ? De prouver au « marché » que ce nouveau partenaire jouera un rôle majeur dans la croissance future ? Est-ce la revanche du « contenu » sur le « mortar » avec un Vivendi qui viserait beaucoup plus haut ? Le succès maintes fois annoncé de la « convergence ».

Ensuite, n’oublions pas que si de nombreux rapprochements ont prouvé leur intérêt, d’autres ont démontré qu’ils génèrent quelques lourdeurs. Que la greffe ne prend pas toujours et que des tierces gagnent des parts de marché. À l’instar de Leclerc, qui profita de la fusion Carrefour-Promodès.

Voilà pourquoi, alors que tout le monde se focalise sur Darty, Conforama et La Fnac, il faut s’interroger sur les stratégies des Boulanger et autres But. Ils pourraient, pour commencer, récupérer des magasins que l’Autorité de la concurrence obligera probablement à vendre. Ils pourraient, eux aussi, réaliser quelques emplettes, comme le fit Boulanger en 2011 en reprenant les 34 magasins français de son concurrent allemand Saturn... Dans les interrogations, ne négligeons pas But, qui est à vendre. Le futur propriétaire sera-t-il un nouveau fonds d’investissement, un concurrent français, un groupe étranger ? Comment réagira Steinhoff s’il se fait doubler sur l’affaire Darty après avoir renoncé au rachat de Home Retail en Grande-Bretagne ? Il ne devrait pas rester les bras croisés avec ses liquidités en poche…

On le voit, après des années d’améliorations opérationnelles, de points de vente revus de fond en comble et de développement cross canal, ce secteur amorce un nouveau virage, celui de sa recomposition. La redistribution des cartes ne fait que commencer avec un éclatement des « bons vieux modèles ». Pour ceux qui en doutent encore, le pure player chinois Alibaba serait devenu « le plus grand distributeur au monde », selon le China Daily, en dépassant les 482,1 Mrds $ de revenus du géant américain Walmart ! Ces chiffres sont bien évidemment sujets à caution puisqu’il s’agit de volumes d’affaires et non de chiffre d’affaires. Cela laisse pourtant songeur et confirme que tout le monde s’agite sur le grand échiquier du non-alimentaire. 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2409

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous