[Édito de la semaine] Parlons qualité

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Et si on parlait d’autre chose ? Et si les industriels et les distributeurs arrêtaient de se focaliser sur les négociations commerciales, les plans d’affaires et autres coopérations ? Et si on cessait de débattre sur la guerre des prix ou de glorifier la bataille des linéaires ? Et si les professionnels de la consommation se focalisaient enfin sur la qualité ? L’étude réalisée par L’Obsoco, soutenue par l’Ania, la FCD et Intermarché, dévoile en effet que lorsque les consommateurs décident de réduire leurs dépenses, ils ne rognent pas en priorité sur ce point. Ils évitent d’abord les grandes marques, privilégient des aliments peu chers (riz, pâtes…), achètent en moindre quantité ou fréquentent des magasins plus abordables. Mais seulement après, ils commencent à moins se soucier de cette sacro-sainte qualité.

Non, les Français ne rêvent pas que de bas prix, de premiers prix et autres low-cost. Si tel était le cas, le hard-discount aurait poursuivi sa marche en avant et les marques économiques ne seraient pas tombées à 2,4% de part de marché. Le bio ne connaîtrait pas une telle explosion de ses ventes, les produits régionaux ne rencontreraient pas un tel succès, les PME n’auraient pas un tel impact sur les panels, et les Français ne raffoleraient pas autant des nouveautés.

Il est grand temps de s’intéresser de nouveau au rapport qualité/prix. Une notion qui s’est estompée au fil du temps et des crises successives. Dans les années 60, il fallait produire pour fournir. Puis, les deux chocs pétroliers ont imposé d’adapter ses moyens et ses coûts, et c’est l’arrivée des « produits libres » de Carrefour. Les années 80 ont été celles de l’innovation et de l’analyse de la « valeur produit » avec le souhait de baisser les prix… à qualité constante. La décennie suivante fut celle du ralentissement de la croissance du marché. Les débats ont alors porté sur la réduction des coûts à qualité acceptable perçue. À partir de 2000, le marché est devenu atone. Les acteurs ont analysé la valeur… de l’organisation. Depuis 2010 – et pour encore combien de temps ? –, on parle de décroissance.

Face à cette grande première et à ce défi qui inquiète, les industriels et les distributeurs se penchent davantage sur la ­qualité, la nutrition, la santé, les saveurs… Cette mission ne passe pas – et même surtout pas – par une nouvelle loi. Il s’agit d’un travail par filière, qui débute par la réalisation d’un véritable audit pour comprendre avantages et lacunes des dites filières. Avec, à la clé, des propositions pour travailler autrement à l’amont comme à l’aval. En s’interrogeant sur l’étiquetage (informatif et non stigmatisant), mais aussi en se demandant pourquoi, par exemple, les professionnels importent beaucoup de porc bio, la demande en France étant forte, mais la production trop faible. Une telle situation est aberrante !

Alors, au-delà des excès médiatiques de certains pseudo-spécialistes et du passage en boucle de quelques émissions TV à charge, il est urgent de régler ces problèmes et cela se fera sur le long terme. Industriels et distributeurs ne pourront pas en faire l’économie. Mais aussi les consommateurs, qui vont devoir réapprendre à payer le « prix juste ». Et l’étude de l’Obsoco laisse sous-entendre qu’ils y sont prêts. Voilà pourquoi elle est encourageante et qu’elle mérite qu’on en parle.

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Article extrait
du magazine N° 2417

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