[Édito de la semaine] Remarques agricoles

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DossierEDITORIAL « La crise actuelle est aussi le résultat des choix des Français, de leurs habitudes de consommation. »

Colère des agriculteurs, convocation par un ministre. Le scénario, connu, appelle à commen­taires.

Les gouvernements successifs doivent comprendre qu’il ne sert à rien de venir à la rescousse du monde agricole à la moindre crise. C’est lorsqu’il ne se passe rien qu’ils doivent agir. Par exemple en comprenant que l’agroalimentaire est la première industrie française. Les ministres, toujours enclins à saluer la commande d’un ­Airbus ou d’un Rafale, semblent peu diserts sur l’impact de l’embargo russe sur la viande de porc. Comme si un secteur était plus noble ou médiatique que l’autre.

Le monde agricole devra choisir. Veut-il aller vers la solution allemande, avec de grandes exploitations (dont certaines héritées de l’ex-Allemagne de l’Est et de sa politique collecti­viste) ou ­s’orienter vers un modèle espagnol avec des agriculteurs souvent salariés de groupes agro­alimentaires (intégra­tion de la filière) avec une stratégie davantage orien­tée vers la qualité que vers la productivité ? Ou croit-il possible d’inventer une troisième voie ? Notamment sans rupture des charges et multiplication des centres de profits. Dans ce cas, il est urgent de l’annoncer et de s’y engager fermement.

Les marchés agricoles sont mondiaux. C’est ­ainsi que la fin des quotas a eu une incidence sur le prix du lait. Les cours dépendent de la production de tel ou tel pays, et de la ­consommation de tel ou tel autre. S’en prendre au parking d’une grande surface d’une petite ville française n’y changera rien.

L’avenir de l’agriculture française, nourrie à la subvention depuis des années, passe inexorable­ment par Bruxelles. Il ne sert à rien d’être « contre ». Il faut juste être suffisamment « pour », afin de faire entendre la voix de la France. Le seul moyen d’obte­nir moins de réglementations et de normes et plus de justice fiscale et sociale. Mais aussi de faire de l’Europe la première puissance agricole mondiale.

L’idée de contrats tripartites, entre producteurs, industriels et distributeurs, fait son chemin. Mais là aussi, les distributeurs n’ont pas attendu, presque toutes les enseignes s’y sont essayées. Il faut plu­tôt voir comment multiplier – et non ­généraliser – ce type de contrats et se méfier de l’idée d’une éventuelle réforme de la LME. Comme la question d’un fonds de soutien abondé par les distributeurs via une taxe sur les ventes de viande ne doit être envi­sagée sans l’accord de Bruxelles et de l’Autorité de la concurrence.

Les médias ne peuvent un jour afficher leur empa­thie pour les exploitants et, le lendemain, pourfen­dre l’agroalimentaire française en criant haro sur la malbouffe. Un peu de recul et d’analyse ne nuisent pas à la compréhension des enjeux de demain.

D’un côté, les distributeurs disent faire beaucoup pour défendre le monde agricole et, de l’autre, les agriculteurs affirment être les victimes de la guerre des prix. Les deux camps ont tort et raison. Les agriculteurs doivent reconnaître que la GMS n’est pas responsable de tous leurs maux. En revanche, il faut bien admettre que la déflation dans les rayons est réelle. Et là, les distri­buteurs ne peuvent pas se dédouaner de toute responsabilité.

Rien ne justifie la violence, qu’elle soit physique ou morale. En bloquant des magasins ou des entrepôts, les agriculteurs ne font pas qu’une démonstra­tion de force. Parfois, ils se transforment en casseurs et effraient des clients et des salariés. Une attitude inexcusable qui ne fait que nuire à leur cause.

In fine, le pouvoir appartient aux consommateurs. La crise actuelle est aussi le résultat de leurs choix, arbitrages et, tout bonnement, de leurs habitudes de consommation. S’ils ne veulent pas en changer, rien ne changera. Un véritable défi culturel.

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Article extrait
du magazine N° 2400

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