[Édito de la semaine] Une question de mentalité ...

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« Une loi a été votée il y a quelques années. Elle doit être revue. » Pour le prési­dent de la République, il paraît nécessaire de ré­former la LME. Ce texte, promulgué en 2008 sous le ­quinquennat de Nicolas Sarkozy, devait notamment améliorer le pouvoir d’achat des Français. Le gouvernement annonçait jusqu’à 1 000 € d’économies par an et par ménage ! D’abord en relançant la concurrence entre enseignes, puisqu’il est alors devenu possible d’ouvrir un magasin de 1 000 m² sans autorisa­tion administrative préalable. Ensuite, en mettant un terme à la fausse coopération commerciale, provoquant une hausse des tarifs et, de fait, une inflation des prix de revente aux consommateurs.

Cet objectif passait par l’introduction de la ­liberté tarifaire entre les fournisseurs et les distributeurs. À l’époque, le gouvernement souhaitait faire chuter l’inflation de 4% à 2% dans les six mois ! Force est de reconnaître que l’objectif est atteint. Les marges arrière ont quasi disparu. Et l’inflation des PGC a été remplacée par de la déflation.

Reste que, pour les industriels et les producteurs, la guerre des prix est dévastatrice. Voilà ­pourquoi ils sont nombreux à réclamer une réforme législa­tive. Les mêmes ont pesté contre la loi Galland (1996), dédaigné les nouvelles régulations économi­ques (2001), snobé les lois Dutreil (2004 et 2005), peu apprécié la loi Chatel (2008) et rejettent la LME. Pêle-mêle, ils réclament le renforcement de la DGCCRF, une hausse des sanctions pour abus de position dominante, une jurisprudence plus rapide. Mais attention de ne pas ouvrir la boîte de ­Pandore.

Il existe en effet un risque de voir quelques ­députés glisser des amendements à la va-vite qui s’avére­ront plus nuisibles pour l’ensemble de la filière qu’opportuns pour un maillon de la chaîne. Par exemple en imposant le retour de contraintes administratives sur les prix ou ordonnant un double étiquetage (prix à l’achat aux producteurs et de vente aux consommateurs) qui, comme les accords sur la filière laitière de l’été 2015, peut être retoqué par Bruxelles. De plus, la LME a déjà évolué : depuis 2008, il y a eu deux lois supplé­men­taires sur l’encadre­ment de la relation ­commerciale, les lois Hamon en 2013 et Macron en 2015. Le Président a-t-il oublié qu’elles ont été conduites par ses ministres ? A-t-il perçu qu’elles ne riment pas avec simpli­fi­cation et que les juristes s’en donnent à cœur joie dans la gestion d’un véritable mille-feuille ?

Finalement, la question n’est pas de savoir s’il faut plus ou moins de lois et des marchés plus ou moins régulés. Quels que soient les textes en vigueur, les relations entre industriels et distributeurs ont toujours été tendues. Car, plus qu’une question de lois, il s’agit de la fin d’un modèle, d’une croissance perdue et, in fine, d’un état d’esprit qui perdure. Où les gains ne peuvent se faire qu’au détriment d’un acteur et non en faveur d’un partenariat. Certes, il existe ici et là des accords entre des fédérations ainsi que de très bons exemples de contractualisation à trois (distributeur, transformateur et producteur). Mais ils sont encore rares. Et si la solution est de les encourager, il paraît risqué de les imposer. Car jusqu’ici, ni les lois, ni les amen­des, ni les faillites de fabricants comme de commer­çants, ni les nouvelles générations de dirigeants, n’ont pu faire bouger les lignes et changer les mentalités. Cela demande du temps, de l’abnégation, pour ne pas dire du courage. Mais le changement, c’est maintenant, pourrait dire celui qui veut réformer la LME.

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