[Edito] La France ne se redressera de cette pandémie que si tout le monde se retrousse les manches "en même temps"

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Yves Puget

S’ils sont nombreux à penser que la crise économique sera violente et à pester contre cette cascade de redressements judiciaires, d’autres s’accrochent à quelques signaux positifs pour ne pas sombrer dans la déprime. Et même si les prochaines semaines me donnent tort (je ne suis ni économiste ni virologue), je fais partie de la catégorie des optimistes, de ceux qui pensent que l’action est préférable à la résignation. Voilà pourquoi, face à un chômage qui monte, à un pouvoir d’achat qui baisse et à des entreprises qui affrontent de fortes difficultés, je pense que les dirigeants se doivent plus que jamais d’inventer, financer et motiver. ­Voilà pourquoi, selon moi, les salariés sont, eux aussi, concernés, puisque sans une implication plus forte que jamais, l’appel à la croissance ne sera qu’une incantation. Et voilà pourquoi, j’en suis convaincu, ce n’est vraiment pas le moment de bloquer de nouveau la France pour telle ou telle revendication.

Mais ce bel optimisme sera vain si le président de la République ne saisit pas cette occasion. Il lui revient de relancer la consommation, ce pilier historique de notre économie. À court terme, il faut inciter les Français à dépenser une partie de leur épargne constituée pendant la crise. On évoque alors des chèques-vacances, des titres-restaurant et autres éco-chèques. Mais à moyen terme, il est urgent, notamment grâce à des baisses d’impôts, de redonner confiance, car, sans regain de la fameuse courbe du moral des ménages, aucun rebond n’est possible. En même temps, le gouvernement se doit de soutenir les entreprises. D’abord financièrement, afin d’éviter des faillites en série. Ensuite en favorisant l’investissement pour doper la compétitivité. Pour redresser les trésoreries mises à mal, il est nécessaire d’alléger les charges. Par exemple en réduisant ou supprimant les impôts de production comme la contribution sociale de solidarité des sociétés, la C3S. Cette taxe sur le chiffre d’affaires pèse trop lourd sur les comptes de l’industrie et du commerce. Toujours en même temps, il est urgent de revoir la fiscalité locale sur le commerce, notamment la tristement célèbre Tascom. Sans oublier de donner de la souplesse dans le nombre d’heures travaillées, de soutenir l’emploi des jeunes, de doper l’apprentissage, d’intensifier la transformation numérique et d’accompagner la transition écologique.

Bien évidemment, il faudra trouver les moyens de financer une telle politique. On peut toujours dire – ce qui a été maintes fois prouvé – que la croissance génère elle-même des moyens supplémentaires pour l’État. Mais comme aujourd’hui nous n’en sommes pas là, d’autres revenus seront nécessaires. En taxant, par exemple, à leur juste valeur les Gafa (impôt sur les sociétés, paiement de la TVA par certains vendeurs transfrontaliers…). Et après, il faudra savoir comment dépenser mieux. Revaloriser les bas salaires de la fonction publique, tout en acceptant de revoir les méthodes de travail pour éviter la gabegie actuelle. Si tout le monde s’y met, il est permis de croire que 2020 ne sera pas 1929. Ce que nous espérons tous. Mais pour y parvenir, jamais l’expression d’Emmanuel Macron, que l’on soit pour ou contre lui, n’aura été aussi juste. La France ne se redressera de cette pandémie que si tout le monde se retrousse les manches « en même temps ». 

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Article extrait
du magazine N° 2607

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