[Édito] Idées reçues

Yves Puget

Elles sont partout. Dans les discours, sur les réseaux sociaux, dans les médias, à la machine à café ou au bistrot d’à côté. Il s’agit bien évidemment des idées reçues et autres stéréotypes, qui s’imposent comme une vérité car tout le monde les dit, les répète et donc les pense. Cette forme de pensée unique ne peut être contestée sous peine d’être traité de ringard. Ces derniers jours, au-delà du sempiternel débat sur la fin de l’hypermarché, l’actualité autorise pourtant un soupçon d’ironie face à ces scénarios prétendument écrits d’avance.

Pour commencer, on peut évoquer ces clichés sur le vieux monde qui, forcément, s’écroule. Il en est ­ainsi, par exemple, des centres commerciaux, survivants de cette société de consommation que tout le monde rejette. L’arrêt du projet EuropaCity en étant la criante démonstration. Ce ­mégacomplexe de plus de 500 000 m² ne verra pas le jour, parce qu’il n’est plus « dans l’air du temps ». Ceux qui l’affirment parlent des difficultés réelles des centres commerciaux, mais se refusent à voir les remises en cause de ce secteur. Ils pointent du doigt EuropaCity, mais détournent le regard des 16 centres qui seront créés cette année et des 15 autres qui vont s’agrandir ou être rénovés.

L’autre idée reçue se trouve fréquemment du côté de l’e-commerce. Il est tellement facile de dire que les magasins n’ont plus d’avenir et d’oublier qu’Auchan n’a pas redressé GrosBill, que Système U s’est cassé les dents avec Telemarket et que Carrefour vend Rue du Commerce. Le commerce dit virtuel est, lui aussi, rattrapé par la réalité économique. Avec plusieurs actionnaires successifs, des investissements insuffisants, un positionnement en rien différenciant et une marque devenue non stratégique chez Carrefour, le site est dans une impasse. Fermez le ban ou plutôt vendez-le… Même dans l’e-commerce le jackpot n’est pas garanti.

Le dernier exemple de lieu commun vient du circuit court. Tout le monde encense cette forme de distribution parce qu’elle respecte notre environnement. Mais attention à ne pas aller trop vite en besogne et croire que ces magasins ont un boulevard devant eux. La preuve ? O’Tera vient de fermer trois points de vente. Peut-être parce que les questions du modèle économique et de la taille du marché se posent là aussi. Comme pour les autres magasins, il convient de parler de l’emplacement, du pricing, de l’approvisionnement…

Finalement, que l’on soit in ou has been, ces exemples démontrent que les échecs n’épargnent personne et que les réussites sont possibles sur bien des marchés. Il faut certes aller de plus en plus vite, mais aussi savoir prendre du recul. Les dénominateurs communs de ceux qui s’en sortent restent l’investissement et le savoir-faire, et donc l’excellence. La plus grande des idées reçues est de croire qu’il suffit d’être sur un secteur porteur pour emporter la mise. Ou celle qui consiste à penser que l’ancien monde est en passe de disparaître d’un coup de baguette magique, sans imaginer un potentiel rebond. Finalement, la réalité économique s’avère beaucoup plus complexe et imaginative qu’une opinion, même très partagée.

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2580

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