[Edito] Inflation et pouvoir d'achat: la difficile gestion des contradictions

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yves puget

Trois quarts des Français déplorent une perte de leur pouvoir d’achat. Pourtant, selon l’Insee, il devrait augmenter de 1,9 % en 2021. Comment expliquer un tel décalage ? N’en déplaise à certains, l’Insee ne « ment » pas. Le dynamisme de l’emploi salarié compense en effet, pour l’instant, la hausse des prix à la consommation. Mais, de leur côté, les Français ne raisonnent pas « en moyenne ». Ils pensent et agissent selon leur perception personnelle.

Et même si les Français ont fortement épargné depuis deux ans, la peur du déclassement social est réelle. On reparle alors de cette classique opposition entre le « pouvoir d’achat », qui désigne ce qui « donne » la capacité à acheter ce qui est nécessaire pour vivre dignement, et le « vouloir d’achat », qui définit ce que l’on souhaite acquérir, plus par envie que par nécessité. Ce débat nous ramène aussi aux enjeux des dépenses contraintes (essence, abonnements téléphoniques, etc.), qui explosent. L’alimentaire – 15 % environ des dépenses des ménages – ne devant pas servir de seul bouc émissaire.

Alors que faire ? Pour commencer, il convient de reconnaître que cette poussée inflationniste n’est pas une première et que le phénomène s’essouffle souvent rapidement (comme entre 2010 et 2012). Ensuite, il faut admettre que des hausses de prix s’expliquent par de nombreux facteurs. On peut évoquer la reprise économique mondiale, de mauvaises récoltes, des pénuries de matières premières ou agricoles, une météo capricieuse, une parité euro/dollar qui n’est pas toujours favorable, un coût du transport qui explose… Sans oublier les politiques de soutien au pouvoir d’achat des ménages qui créent une demande supérieure à l’offre pour les biens durables. Difficile donc, encore une fois, de désigner un coupable unique. Ensuite, arrêtons de diaboliser l’inflation. Si elle est raisonnable et bien maîtrisée, elle peut offrir à bien des entreprises à bout de souffle une ­entrée de cash supplémentaire.

Reste que l’état devra prendre sa part de responsabilité, en baissant les impôts tant pour les entreprises que pour les Français. Malgré des marges déjà écrasées, les futurs remboursements des prêts garantis par l’état, des besoins massifs d’investissement, des demandes fortes d’augmentations salariales et une loi Egalim 2 qui favorise l’inflation, les industriels et les distributeurs doivent tout mettre en œuvre pour servir d’amortisseurs. Pour que la note soit la moins douloureuse possible pour les consommateurs, ils peuvent faire des arbitrages sur l’assortiment, multiplier les promotions et trouver des gains de productivité… Une réflexion d’autant plus urgente que nombre de consommateurs pourraient jouer la carte du discount au détriment des enseignes classiques et mettre la question du prix comme unique clé d’entrée dans un magasin.

Preuve, s’il en est besoin, que cette gestion des contradictions – ou la concomitance du débat – entre l’inflation et le pouvoir d’achat n’est en rien anodine pour les consommateurs et qu’elle peut redistribuer les cartes entre les acteurs de la consommation. Et à ce petit jeu, il y a aura forcément des gagnants… et des perdants. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2674

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