[Édito] La bataille des robots

Yves Puget

Alors qu’Amazon vient d’inaugurer à Brétigny-sur-Orge (91) l’un de ses plus grands entrepôts robotisés et que, en 2020, Ocado ­ouvrira le sien à Fleury-Mérogis (91) pour livrer les clients de Monoprix, tous les dirigeants ont les yeux rivés sur ces machines. Dans les entrepôts ou les magasins, c’est à celui qui annoncera le plus grand dispositif. Il est vrai que ces descendants des illustres R2D2 et C3PO sont prêts à tout. Picking, inventaire, livraison à domicile, information clients : ils rendent une multitude de services. Au-delà des entrepôts automatisés, des robots se déplacent jusqu’au domicile du client et franchissent les obstacles avec un système à trois roues. D’autres scannent les étagères des gondoles plusieurs fois par jour et fournissent des mises à jour des stocks et des alertes sur les ruptures en rayons. La technologie est au point, les coûts de fabrication sont mieux maîtrisés et les possibilités paraissent sans limites.

Ce qui ne sera pas sans conséquences sociales. Près de 70 % des emplois dans les pays développés seraient concernés par la robotisation et, aux États-Unis, l’implantation d’un robot pour 1 000 salariés fait disparaître cinq à six postes de travail. Les robots vont faire ce que l’humain ne sait pas faire, ce qu’hommes et femmes ne veulent plus assurer ou réalisent à des coûts devenus prohibitifs. Ceux qui craignent ces machines ne doivent pas oublier que cette révolution ne diffère pas des précédentes. La disparition de certains emplois et la création d’autres sont inhérentes à la vie économique.

Voilà pourquoi il apparaît dangereux de taxer les robots. D’abord, il faudra définir ce qu’est un robot… Doit-on inclure les ordinateurs et les logiciels, voire toutes les machines ? Et quid de l’intelligence artificielle ? Ensuite, un tel matraquage fiscal reviendrait à pénaliser les entreprises . L’imagination débordante du percepteur risquerait de retarder la modernisation des usines, entrepôts et magasins. Et de toucher notre compétitivité face à la concurrence internationale. L’arché­type de la mauvaise idée ou de l’idée archaïque. Car, certes, il est toujours possible de se lancer dans une vaste estimation des postes supprimés. Mais il faut aussi évoquer l’éventuelle baisse de prix générée et, donc, le gain de pouvoir d’achat. Sans oublier de comptabiliser le nombre d’entreprises et d’emplois sauvés grâce aux robots.

Dans le commerce, sous réserve de l’ampleur de l’investissement et de la décision de ces dirigeants qui préféreront toujours leur vision sociale à la rentabilité financière, la robotisation gagnera du terrain. Les enseignes à la pointe sur ces questions préserveront leurs marges grâce aux gains de productivité. Ce qui, peut-être, permettra de moins mettre la pression lors des négociations avec les fournisseurs, et donc le monde agricole. Et seules l’optimisation et la suppression des tâches répétitives sans valeur ajoutée permettront d’investir dans les métiers de bouche ou les stands à service. Des impératifs qui demandent de revoir les business models. Et une obligation qui nécessite de vastes plans pour accompagner la fin d’anciens métiers et l’éclosion des postes de demain. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2577

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